Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

Savoir faire est-ce suffisant pour être compétent ? ….

Dans l’entreprise, une fois les fonctions définies, réparties et affectées, l’essentiel de l’organisation est réglé. Non ? Enfin, presque, sauf à identifier les interdépendances entre elles, c’est-à-dire, ordonnancer les contributions respectives à la valeur ajoutée de chacune. Quoi encore ? Ah, sauf encore, à savoir si le titulaire de la fonction est « suffisamment » compétent ? Bien évidemment, me connaissant vous n’imaginez pas me contenter du « suffisamment » ne sachant pas où mettre le thermomètre pour savoir où elle commence et où elle finit, la compétence. D'autant que l’on parle de savoir-faire ! De Quoi ?...

Avant de proposer une lecture contributive à la réflexion, je voudrais pouvoir le poser à un niveau générique de façon à ne pas s’emmêler les crayons dans les boucles sournoises des spécificités. J’en appelle à l’artisan comme à l’opérateur enchaîné, du préparateur de commande au mécanicien, à l’assistante de direction comme à l’acheteur, au designer comme à l’avocat, au chef d’entreprise comme au consultant, voire au commandant de bord du Titanic ou au conducteur de la pelle qui dévale malgré lui un talus en s’appuyant sur son godet ! (voir partage LinkedIn). Qu’y a-t-il de commun entre toutes ces fonctions, du point de vue de leur savoir-faire et/ou de leur compétence s’il est besoin de faire une distinction proposée par l’emploi de mots différents ?
La première réponse qui s’impose à la question, c’est que ce savoir-faire et/ou cette compétence est associée à un résultat : le « fruit » d’une tâche à réaliser. Les spécificités pourraient donc être associées à la tâche, qui qualifie le métier auquel la rattacher. Ce qui nous emmène tout naturellement vers l’association savoir-faire/métier/compétence.

Une association de mots mais pas que

D’aucun ne se rappellera sans doute que pour définir la responsabilité, la trilogie du savoir/pouvoir/ vouloir -SPV- permettait de visualiser concrètement le sens opérationnel de ce mot si conceptuel. Et l’image de l’accident de voiture par inattention ou détournement du regard pour regarder le vent jouer avec la jupe d’une passante, en est une démonstration explicite.
Si le concept de trilogie peut aider à proposer une réponse à la question, la première composante du savoir-faire serait son premier mot : le savoir. De fait, il serait donc vain de chercher à l’expliciter d’avantage que pour le « savoir » inclus dans la définition de la responsabilité : il ne peut qu’être le même par souci de cohérence et d’universalité du sens des mots et donc il a le même contenu. C’est-à-dire, la connaissance et la représentation théorique des codes ainsi que leur signification, des outils et moyens utilisés pour exécuter la tâche, des méthodes et enchaînements des gestes techniques ainsi que des conséquences en cas de défaillance de ces gestes. Pour exemple, pour conduire quelques-uns suffisent : tourner, embrayer, freiner, accélérer, changer de file, avancer, reculer, faire un créneau. Faut-il rajouter, l’expérimentation, c’est à dire, les essais pratiques de tous ces gestes en utilisant les moyens définis, en mettant en œuvre les règles assujetties et en éprouvant leurs limites et leurs défaillances pour être complet ? Tout comme dans la préparation au permis de conduire, un examen atteste, au travers d’un certain nombre de points de contrôles, d’un savoir théorique et pratique nécessaire et suffisant pour conduire une voiture en toute sécurité pour soi et les autres. Il s’agit bien d’une composante de base : savoir.

Evidemment, la seconde composante est donc le faire dans lequel on comprend la réalisation de la tâche : celle-là même que l’on définissait dans le savoir « pratique » de l’examen du savoir, mais avec la notion de « répétition », voire de « tout le temps ». C’est là que se faufile l’influence du « milieu » dans lequel je réalise la tâche que je connais. Soit il influence ma position de travail (sol/échelle), soit le recours à un outillage différent (électrique/manuel), soit son influence sur la matière (gel/chaleur), soit sur le résultat (conforme/non conforme). Quelque part on peut illustrer ce « faire » avec les virages que l’on passe avec sa voiture : non seulement je sais les prendre quand je les connais, mais je sais aussi passer tous ceux que je ne connais pas, parce que j’ai intégré la pratique induite par l’accumulation des exigences différentes de chacun d’eux, voire selon les conditions météorologiques pour illustrer ce « milieu ». De là, à parler d’expérience il n’y aurait qu’un pas que je ne franchis pas tout de suite car elle me semble exiger une dimension supplémentaire à la répétition des gestes qui entraîne une habileté, mais pas nécessairement une expérience si on la définit comme une accumulation de la diversité des cas de mise en œuvre associée à la diversité des échecs et/ou défaillances rencontrées pendant ces mises en œuvre. Ce n’est pas la durée d’une pratique unique sans écueil et sans diversité qui peut la justifier. Avec la pratique, un tireur à l’arc sur une cible fixe va aiguiser son habileté, un chasseur à l’arc va accumuler de l’expérience en fonction de la diversité et de la mobilité de ces cibles comme de la diversité des situations d’exercice de ses gestes techniques.

Il y a dans cet ajustement entre le faire et l’expérience, la dimension utile à associer au savoir-faire. Au demeurant, l’association des deux mots pour en constituer un troisième expliqué par leur combinaison y suffit. Le graphique ci-dessous est explicite. Oserions-nous résumer comme le dictionnaire en disant que le savoir-faire signifie : être capable de….

La trilogie à la rescousse

Mais alors qu’y a-t-il dans le concept d’expérience et sa diversité à associer au savoir-faire pour constituer donc une ou la compétence si on suit le raisonnement ? C’est vrai que je peux être capable d’embrayer ma marche arrière sans être capable de diriger ma voiture en surveillant ma direction avec mes rétroviseurs. Alors que je sais très bien le faire en marche avant. De mon point de vue, c’est de discernement dont il s’agit. Dans discernement, j’entends la capacité d’identifier l’écart entre ce qui devrait et ce qui est, entre l’attendu et l’obtenu. Pourquoi cette distinction, justement, parce qu’entre l’obtenu et l’attendu c’est le résultat que je compare et souvent, cet écart est un « échec » à partir duquel j’apprends : un accident de fabrication, un accident de travail, un accident de satisfaction. J’ai raté mon virage ! Pour cela, le faire me suffit pour constater la différence dans le résultat.
Mais pour passer avec succès tous les virages, même ceux que je ne connais pas, je mets en exercice la capacité de distinction entre ce qui devrait et ce qui est, juste avant de faire. Ce n’est pas la conduite, l’embrayage, le freinage, l’accélération que je suis capable de mettre en œuvre qui vont m’aider à passer le virage avec succès, mais la capacité d’anticipation de mise en œuvre de toutes ces capacités à la situation qui va arriver pour qu’elles soient adaptées aux circonstances pendant que je la passe. De ce point de vue, le discernement, serait cette disposition, induite par la répétition des situations diversifiées, à faire le tri dans les facteurs sachant influer le résultat et d’y faire le choix du faire adapté aux circonstances. Pour le virage, et la trajectoire et la vitesse adaptées en y entrant. Après, pour tout ajustement : c’est trop tard !

Il est donc un dernier aspect qui fait les gorges chaudes des vieux briscards expérimentés quand ils observent un jeune arrivant, mort de faim d’apprendre et aiguisé comme un couteau de boucher pour comprendre avec discernement ce qu’il vient d’apprendre, mais sans le vécu. Il sous pèse et envisage, il spécule. C’est-à-dire qu’il réfléchit avec ce qu’il connait et pas nécessairement de méthodes pour éviter de passer du temps à expérimenter et faire sourire les… De ce point de vue, mon conducteur de pelle dans le talus ne le serait pas, compétent ! Bien qu’il soit capable, oh combien, de conduire son engin.

Vous connaissez l’histoire des baies rouges de Mac Luhan pour illustrer cette loi de l’apprentissage détournée en loi de la communication : deux naufragés explorent l’île sur laquelle ils viennent d’échouer. Chacun par un côté de la plage, rendez-vous de l’autre côté. Malheur, l’un des deux découvre son compagnon mort sous l’arbre de baies rouges qu’il a dans sa bouche. Le survivant en déduit à ses dépens qu’elles ont mortelles. Et survit en les évitant, et pour cause !
Débarquent, quelques temps plus tard, deux superbes naufragées. Que leur dit-il en premier ? Non, coquins… Il leur dit : « Ne mangez pas de baies rouges ! »
Sans savoir vraiment, il a spéculé -avec discernement- et a appris -aussi- et transmis… Pour enrichir le savoir ! C’est globalement pour ça que nous sommes encore vivants aux dépens de ceux qui ont testés…

– La Vérité est-elle exacte , Maître ?
– Ta question est une impasse absolue, Disciple !
– Mais alors sur quoi repose la réalité, Maître ?
– Tu n’as pas besoin de croire pour l’eau, la boire te suffit, Disciple !

Gérard Leidinger

Posté le 4 novembre 2017
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