Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

Aide à mourir : pourquoi l’irrationnel ?

Au risque, une fois encore, de ne pas être au diapason des pour ou des contre qui se disputent la légitimité de la pensée morale juste, je ne peux m’empêcher de vous proposer un cheminement de traverse qui cherche à s’affranchir des sentiers déjà battus. Prenons un exemple pour être concrets : s’il suffit de cinquante bombes atomiques pour anéantir l’ennemi et sans doute quelques amis par dommages collatéraux, pourquoi en avons-nous contrut quinze mille de par le monde en attendant mieux ? Il n’y a pas de réponse rationnelle, même la logique de guerre la plus cynique ne sait justifier un tel gaspillage inutile ! En 1955, Albert Einstein et Bertrand Russel ont rédigé un appel au désarmement signé par des prix Nobel : "Nous vous demandons, si vous le pouvez, de mettre de côté vos opinions et de raisonner simplement comme les membres d'une espèce biologique en danger d'extinction". Le mot le plus audacieux, le plus utopique de leur appel est l'emploi du verbe "raisonner". Je ne pense pas que ce soit à notre portée vu l’état des pensées qui traversent le monde et de ce qu’elles en font.
Tragique dans son irraisonnable rationalité, pathétique dans son "irrésolvable" émotion.


Libre-arbitre, vaste illusion de plus
Observer l’Évolution du Vivant jusqu’à nos jours et plus particulièrement celle de Sapiens, met en perspective de façon aussi brutale que concrète, les péripéties qui nous conduisent à comprendre et peut-être résoudre le tragique et l’irrésolvable de nos pensées indisciplinées. A en croire Darwin, c’est l’Évolution du singe qui a généré le Bipède et lui qui a fait émerger cette fonctionnalité qui n’existait pas préalablement et nulle part ailleurs dans le vivant : la capacité d’imaginer des abstractions. Certes la subjectivité de la douleur, de la faim ou du plaisir, il la partageait avec les autre animaux, mais la capacité de croire en des notions intersubjectives comme le pays, la propriété ou Dieu, lui est devenue propre. Avec dieu, justement, il s’est donné une explication à tout ou presque sur ce qu’il ne comprenait pas, jusqu’à s’y enfermer se référant à un mythe castrateur le privant de liberté de penser par lui-même. Déçu, il s’osa affranchi et se constata, avec satisfaction, capable de résoudre plus efficacement que Dieu ses problèmes existentialistes, comme la famine, la maladie ou la guerre partout où l’appétit et la perversité individuels avait été annihilés de l’ambition libérale qui s’était éclose alors.

Jusqu’aux progrès récents qui ont suivi, à l’appui des sciences cognitives qui réfutent le concept de libre-arbitre qui avait remplacé Dieu et donné (enfin) le rôle principal au « je » de la vie que je mène et sur lequel repose encore nos attitudes, pour le livrer à un mécanisme physico-biologique algorithmique en cours de déploiement. En quelques mots pour m’expliquer, par pour vous convaincre mais pour cheminer, l’entité charnelle du « je », entendez-y le « moi » que l’on circonscrit comme étant notre corps, depuis le premier jour de notre naissance, apprend des circonstances de rencontre à se repérer d’abord, à exister ensuite, à comprendre après, à évoluer sans cesse, à réaliser plus tard. En réalité, il y a des choses que le corps fait tout seul, sans le « moi » comme respirer, marcher, avoir mal ou me mettre en humeur selon mon héritage génétique. Ces circonstances lui font éprouver des expériences douloureuses ou plaisantes que le corps ressent et que le cerveau reconnait ou découvre pour en comprendre et déduire s’il faut s’en prémunir ou chercher à y revenir. L’école, l’éducation la collectivité complètent cette expérimentation et dès lors que l’on est en mesure de lui allouer un sens, s’opère un tri d’utilité et/ou d’opportunité dont on tire ou pas une ligne de conduite. Comme dans un shaker dans lequel vous versez plusieurs boissons en quantités proportionnées ou non pour obtenir un cocktail, le cerveau assemble et brasse seulement les informations marquantes cueillies et les trie pour alimenter l’histoire qui se raccroche à celle qu’il vous écrit avec ce que vous avez vécu jusqu’ici. Rarement, il s’engouffre dans les ruptures provoquées par les changements de paradigmes qui s’imposent parfois pour pouvoir les raccrocher quand même avec sérénité mais pas scrupuleuse. Ce sont les émotions qui viennent dissoudre de leurs intensité et de leurs conséquences conscientes ou intuitives, les scènes de l’histoire susceptibles de bouleverser la cohérence, la crédibilité et la fierté du récit de « je ». Par émotion, il me semble que l’on doive entendre enthousiasme, comme étant l’intensité avec laquelle on se conduit (tricher ou simuler n’en sont pas), utilité comme étant sa contribution opérative à la pérennité du Vivant (nécessaire et suffisant pour les équilibres), sens comme étant l’investissement nécessaire à l’acquisition de la compétence requise pour la contribution (ignorance et négligence pour les échecs). Toutes les autres en deviennent des parasites qui nous détournent de la sincérité. Non pas de sa bonne foi, mais du déséquilibre potentiel en privilégiant un aspect de par son intensité ou notre inclination à celui-ci.

La structure du raisonnement
Dès lors que le « moi » est admis comme un assemblage complexe d’au-moins ces trois matrices de traitement de l’information, il est acceptable de penser que sans le recours à un raisonnement méthodologique, il est fort à parier que le mécanisme de la détermination ne soit pas, comme aujourd’hui, un choix, mais une préférence, alors, aléatoire puisque tributaire d’un facteur potentiellement décorrélé des critères objectifs sur lesquels l’opérer. J’en veux pour preuve que chaque fois que la détermination (le choix) nous engage « lourdement » (mariage, prêt immobilier, …) un mécanisme de réflexion s’impose avec plus ou moins d’outils pour chercher de l’assurance dans la décision. En l’absence de ces critères, pas de repères pour répondre à la question : Est-ce la bonne ? Quand l’IA saura tout sur vous, elle saura décider, et « mieux » que vous suffira déjà sans avoir besoin d’un « à coup sûr », puisqu’il n’y aura pas de tri des plus marquants et pas beaucoup de place à l’émotion parasite qui aura était traitée (diluée) dans tous les résultats qui auront été les vôtres jusque-là. Faut-il s’en réjouir ou s’en offusquer ? C’est de l’avoir rendu possible qu’il faut blâmer puisque dès lors, l’injustice sa manifestera entre ceux qui y auront accès et les autres.

L’étape suivante, donc, consistera à consolider les statistiques individuelles issues des mêmes algorithmes. On finira par combiner les inclinations des cinq types de personnalités déjà bien repérées : les dépêche-toi, les fais plaisir, les sois parfait, les fais des efforts, les sois fort.
Ces inclinations sont, elles-mêmes, des assemblages de « moi » dont les algorithmes se nourrissent. Merci qui ? Nous.

Alors, pour ce qui concerne la raisonnement de l’aide à mourir, et avant de devoir déléguer à l’IA mon point de vue sur la question, on pourrait s’appuyer « simplement » sur ces aspects contributifs à la détermination et raisonner quand même avec :
1. Mes connaissances (scientifiques) :
Maladie incurable avant la mort probable (médecine).
Ma croyance en Dieu ne répond pas à ma demande d’explication de ma rencontre avec cette « circonstance », ce qui me fait douter d’un après meilleur pour avoir eu besoin d’un ici aléatoire pour moi et quelques-uns mais pas pour tous ? Donc, hasard et non plan divin !
2. Mes expériences (quotidiennes) :
a) Souffrance :
douleurs aiguës et lancinantes soulagées par les soins palliatifs, mais handicapantes par la dépendance et les difficultés de concentrations ou d’efforts physiques exigés.
b) Plaisir : peu de moments de satisfactions ni de fenêtres de soulagement prévisibles à court ou moyen terme, donc pas de projection pour un rééquilibrage décent.
3. Mes émotions (impacts directs et entourage) :
a) enthousiasme :
anéanti par l’incompréhension de la condamnation par la maladie et dévoré par la fatalité de la mort de toutes les manières qui rapproche l’échéance.
Fort de ce qui a pu animer ma vie, comment en garder la dynamique autrement qu’en gardant le souvenir intact ?
b) Utilité :
Ce qui s’impose, c’est l’horreur de la réponse à la question : mais à quoi sert la souffrance puisque l’alerte est donnée, qui plus est sa montée en douleur ? Point de faute à expier ou de punition à exécuter, juste de la souffrance, cynique.
Ce qu’on en déduit alors, c’est l’abomination de la réponse à la conséquence de la souffrance : mais alors, comment assurer ma contribution au Vivant puisque handicapé ? A quoi sert mon inutilité, pire, ma dépendance? C’est ça mon indignité.
c) Sens :
Dans ce processus d’auto-détermination reste cette dernière question sur le sens à donner de l’apprentissage que l’on peut en tirer : qu’y a-t-il à apprendre de cette situation que je ne sache déjà et pour en faire quoi puisque ma contribution en soi est déjà hypothéquée. Non pas que je veuille faire mon Proudhon dont l’homme qui a fini d’apprendre est déjà mort, mais je suis en si bonne voie que l‘effort me semble si dérisoire face à la peine que je croise dans le regard de mes proches.

Allez, rideau !

Raisonner, quoi, sans tragique ni pathétique détresse, cette sournoise compassion. Dès lors qu’il est admis que la Vie n’est que de la biochimie enrichie d’humanité, tout est plus simple et sensé.
Raisonnable aide à nourrir la détermination.

A consommer sans modération par Poutine, Netanyahou, le Hamas et les autres pour leurs aides spécifiques à mourir et l’ensemble des peuples pour celle de la transition écologique.
What else ?

Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre Bien

Posté le 22 mai 2025
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