Billets d'Humeur
Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse
L’Antidote à l’Extrême, marchepied de la Violence
Au temps des extrêmes droite et gauche, il ne manquait plus qu’elle : « Cherchant à transcender les clivages gauche/droite, le parti Renaissance (Ex En Marche) se présente comme un parti centriste, socio-libéral, qui se veut un mouvement politique, incarnant une forme d’extrême centre avec une forte orientation européenne et écologique ». Voilà en substance ce que QWANT (IA française) dit du parti. Est-il « intelligent » et de bon ton de se marquer d’un extrême centre, même si l’on ne sait pas y mélanger la géographie de l’hémicycle avec celle de la rue, tant cette dernière est irréfléchie que l’autre irrésolue et les trois irrévérentes. Bien sûr, à supposer pouvoir visualiser ce que cela couvre à défaut de pouvoir cerner là où ça se situe puisqu’il n’y a pas de bords au centre ! Mais par principe, déjà, « extrêmes » de tout poil est par trop excessif et sectaire pour prétendre à un consensus, et devient donc ce marchepied direct à la violence pour qui veut imposer sa vérité ou la faire entendre (Ex. les écolos !).
« Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est mais tel que nous sommes »
En remerciant Alain Collomb d’avoir partagé sa consultation de QWANT, je ne peux pas m’empêcher de faire le lien avec le propos de KANT, sur la vision du monde. A la fois pour en déduire que l’Intelligence Artificielle, nourrie au lait de la culture humaine, a donc bien intégré la diversité qui la constitue jusqu’à pouvoir restituer ce qu’il en est des prismes au travers desquels elle le regarde et, à la fois, pour illustrer les dérives spécieuses dans lesquelles les notions et les concepts se virtualisent. Où donc peut se nicher un extrême centre autre part que sur un point ? Elles et les autres ne signifient plus qu’un amas sectaire aussi indigeste que complexe quand il n’est pas inutile, puisque infondé ou plus exactement fondé que sur sa seule perception, donc sa personnalité émotionnelle dominante comme dit le philosophe, virtuelle donc.
Surprenant, quand même, de penser que l’on puisse penser que tout sera réglé quand on aura pris aux riches pour donner aux pauvres selon le dogme indéboulonnable de l’extrême-gauche en prenant bien soin d’annihiler toute ouverture pouvant inopinément contredire l’option.
Surprenant quand même, de penser que l’on puisse penser que tout sera réglé quand on aura renvoyé chez eux tous les immigrés pour redonner aux Français selon le dogme indéboulonnable de l’extrême-droite, en prenant bien soin d’annihiler toute ouverture pouvant inopinément remettre en cause l’option.
Surprenant quand même, de penser que l’on puisse penser que tout sera réglé quand on aura neutralisé toutes les options extrêmes des deux bouts pour installer le ni-ni indéfini selon le dogme indéboulonnable de l’extrême-centre en prenant bien soin ni de ne contrarier ni de ne privilégier personne de peur inopinément d’être remis en cause soi-même.
Surprenante politique qui s’embourbe à vouloir prétendre rassembler sur une aile alors même que si tout le monde s’y installe, l’avion va tourner en rond, alors que s’il s’agglutine sur l’extrême centre, il ne pourra y accueillir tout le monde sauf à mordre délibérément sur l’ensemble de la carlingue. Ce qui, en soi, dépasse l’esprit des partis pour servir le peuple, à condition, de dépasser ce que nous sommes pour ce que nous voulons. Mais qui y travaille ?
« Le droit est l’ensemble des conditions qui permettent à la liberté de chacun de s’accorder à la liberté de tous »
Il est donc implicite de poursuivre avec KANT et faire nôtre cette indicible réalité pour nombreux d’entre nous d’en comprendre et accepter la nécessité. Si donc, la République ne sait plus faire en sorte que cette nécessité puisse imposer le respect qu’elle contient en règle comportementale au point de glisser dans la violence, dites-moi comment il est pensable de concevoir ce que nous voulons collectivement, autrement que de lui livrer ce monde pour y refaire sa Loi. Penser « extrême » est un marchepied qui y conduit inévitablement puisque viscéralement convaincu d’avoir raison, unilatéralement et sans critère de jugement communs, non pas suite à un raisonnement mais à l’expression de ce que l’on est devenu : désespérément acculé à son irréversible et impuissante insignifiance.
En cherchant d’où vient ce sentiment d’insignifiance, comme quand on veut expliquer la colère ou la tristesse on se réfère à la peur sans solution pour l’une et avec pour l’autre, on peut considérer la violence comme une colère révoltée. A en croire le CAIRN, « Aujourd’hui, les tentatives d’explication à l’explosion des actes violents, guerre au Proche-Orient, attentats suicides, dégradations en tout genre, féminicides et coups de couteaux, etc. viennent plutôt de la sociologie. La violence serait une réaction à l’humiliation, à l’exclusion, aux difficultés d’intégration, aux questions géopolitiques. Et c’est sans doute une des parties du problème. Mais il me semble qu’on ne prend pas assez en compte dans ces explications ce qui est de l’histoire psychique de chacun. Tout enfant, dans son développement, rencontre des moments de rage, de violence et d’impuissance. Certains, peu à peu, font un travail de mentalisation et de maturation qui leur permet de grandir et de gérer l’agressivité qui existe en chacun de nous. Mais d’autres, peu ou mal accompagnés, gardent en eux ces affects de violence, qui peuvent éclater lorsqu’ils sont confrontés à des situations élastiques de leur enfance. » Faut-il y rajouter autre chose pour démontrer qu’aucune des options politiques extrêmes ne résorbera le problème puisqu’elles ne font qu’utiliser, voire exacerber, les clivages des ressentis initiaux, tant sociologiques que psychologiques.
“L’homme obtus manque d’esprit, le sot d’entendement.”
Si l’on fait siennes les investigations du CAIRN sur les causes profondes de la violence, il n’est donc pas beaucoup d’alternatives à sa résolution que répondre à l’affirmation de KANT : les obtus et les sots, soit l’ouverture d’esprit par la culture et la capacité de raisonnement par l’éducation. Où avez-vous vu aux extrêmes de tous poils, une proposition de programme y menant ?
Bien sûr, le plan n’est pas compatible avec le temps électoral hormis l’obtention d’un consensus dépassant les clivages « obtus ». Ce qui induit deux étapes ou au moins deux populations pour un traitement « administré » l’un sous perfusion pour les adultes et l’autre en leçon pour la nouvelle génération. Et en creusant un peu, les pistes sont plus que tracées puisque structurellement définies en :
– Mentalisation : il s’agit d’acquérir la maturité affective que de nombreuses familles, pour des raisons diverses ne savent pas outiller leurs enfants. La mentalisation est ce chemin d’apprentissage émotionnel pour grandir. Comprendre et exprimer ses émotions est la façon de gérer ce qui nous heurte. Ce n’est sans doute pas dans les réseaux sociaux que la jeunesse va y trouver ses réponses !
Certes, c’est compliqué et absolument pas intégré dans le discours « conventionnel », mais autant l’éducation scolaire a globalement et considérablement réduit le nombre de sots, elle n’avait pas vocation à compenser la part émotionnelle familiale des obtus. Le Danemark a mis à son programme éducatif des cours d’empathie obligatoires. Voilà une contribution politique consensuelle potentielle !
– Revanche plutôt que vengeance : l’amertume du comte de Monte Christo, puisqu’à la fin du roman il n’est pas plus heureux sa vengeance accomplie, doit se comprendre que, si elle lui a permis d’organiser sa vie, elle ne lui a pas laissé de place pour lui donner un sens. Vengé, il se retrouve sans but ! La revanche à l’inverse permet de se créer un objectif au bout duquel on est fier de soi : à la fois d’avoir dépassé la frustration qui a fait mal et mais aussi, d’avoir donné un sens à sa présence et à son utilité dans le monde. La réussite après l‘humiliation de l’échec scolaire, comédienne adulée alors que gamine rousse trop grande moquée, intégré socialement et respecté alors que fils d’immigré rejeté. La sortie par le bas de la vengeance transcendée avec la sortie par le haut de la revanche. Churchill délaissé par son père politicien mondain qui, à en croire les biographes et sa propre expression épistolaire, a pris sa revanche pour lui montrer qu’il ferait mieux que lui ! En quoi l’IA et les autres outils de progrès matériels vont-ils distiller cette carence structurelle de notre mode de vie ? Condamnation sans équivoque à l’extrême de tout poil et balisage sans doute d’une refonte de l’éducation !
– Redonner un idéal : construire un cathédrale est une illustration palpable de besoin d’idéal de l’Homme, permanente quête dressée avec emphase en monuments au travers des siècles de son histoire. Qu’avons-nous à proposer aujourd’hui comme but « élevé » en dehors de la réussite matérielle, de la culture de l’égo ? Certes donner un idéal ne se décrète pas comme cela. Il y a bien les religions qui semblent être les seules à en proposer mais basée sur un fondamentalisme obtus qui corrompt la notion même d’idéal et impose une culture extrémiste de détestation de l’autre. Ce en quoi elles ne sont pas une réponse crédible alors même que basées sur la foi.
Dans la vague de l’Évolution, et au travers de ces derniers siècles dit des Lumières, l’Homme s’est donné les moyens de se prendre en main avant même de savoir se donner un entendement de rechange à Dieu décevant après tant de « sacrifices » vains ! Fort de son expérience de vie au travers de ses expérimentations sociales et civilisationnelles diverses aux résultats mitigés puisque toutes finissantes en quenouille, il semblerait qu’une forme d’idéal ne soit pas la concentration de l’optimum des cultures en une mondiale universelle, mais l’optimum des conjonctions de leurs potentiels pour la mise en commun des outils techniques et émotionnels servant le Vivre Bien des Communautés et de chacun ;
– la possibilité de subvenir à ses besoins raisonnables et décents,
– la possibilité disposer des mêmes chances de survie quelles que soit où sur la planète,
– la possibilité de préserver le cadre de vie propice à la pérennité de la biodiversité,
– la possibilité d’acquérir l’ouverture d’esprit et la culture nécessaires à ma contribution au Vivre Bien de la Planète,
– la possibilité de bénéficier d’un cadre de vie où la sociabilité est une doctrine mondiale active de chaque terrien.
Si l’on y intègre l’enthousiasme de s’y entreprendre, on pourrait prétendre au Bonheur comme étant la densité d’investissement personnelle consentie à construire sur la satiété, l’équité et la sérénité gérée dans le Vivre Bien collectif.
Idéal, est un chemin, donc un itinéraire, mais pas pour enfants gâtés.
Comme pour les Christophe Collomb et autres aventuriers, les politiques et les savants de tous poils d’aujourd’hui, mais aussi tout citoyen qui se veut du Monde, a le devoir d’activité pour « découvrir » le Nouveau Monde Idéal. De quoi sera-t-il fait ? De ce que nous déciderons si nous voulons le choisir ou de ce que nous continuerons de subir si nous nous fions au hasard comme depuis la nuit des temps. Il n’y a jamais eu de pilote dans le cockpit de l’Évolution ni de but défini pour en choisir les marches. Si nous sommes vraiment intelligents, il est temps de prendre les commandes en main, nous disposons du recul nécessaire avec la station orbitale et les connaissances structurelles de notre passé pour nous recentrer sur le paradis qui est définitivement ici-bas, le temps que nous lui laissions les clés d’entretenir et développer sa biodiversité et d’y habiter respectueusement et non plus en sagouin veule et destructeur que nous sommes devenus depuis octobre 1492 ! Nous avons su être cueilleurs et chasseurs respectueux, puis agriculteurs avisés et raisonnables, puis industriels prétentieux, voraces et insatiables avec les heurs et malheurs qui ont en découlé. Pourquoi ne pas devenir heureux de ce que nous sommes plutôt que de persister dans cette quête insoluble d’insatisfaits récurrents de ce que nous n’avons pas encore en prenant les leçons de Vivre Bien ? Nous pourrions convenir ensemble de ce qu’il sera demain avec un Bipède assagi et raisonnablement contenté ?
Je n’attends pas des politiques une réponse à la question, mais le courage de nous mettre sur le chemin, l’extrême n’y menant assurément pas.
Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre Bien