Billets d'Humeur
Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse
La Science dira comment ne pas mourir, personne pourquoi ?
Comme pour tous les progrès avérés, nés entre inventions, découvertes, hasards et autres recherches, la science a toujours dit comment, jamais pourquoi ? La question même du concept de progrès est sensible autant que complexe. On se contentera, ici de constater ce que sapiens a gardé dans son Évolution pour le considérer comme tel et ce qui n’a pas pris, rejeté ou supplanté par un rebond ou une alternative plus seyante. Pour alimenter la réflexion j’y attelle l’IA que la science « se » donne pour booster sa propre capacité, en même temps que d’appauvrir ce qui en fait son génie. Pourquoi l’IA ? Mais, plus dommageable encore du point de vue du Vivant, cette obsession séculaire de l’immortalité, qui hante les Hommes jusqu’à s’être doté de récits et de croyances que sa capacité de se forger des entités subjectives lui ont permis de se souffler l’éternité comme remède à la mort ! Et, aujourd'hui, la science nous la rend vraisemblable, à l'entendre.
La question qui se pose à nous est, alors, pourquoi est-ce si grave de finir son temps pour la plupart des individus de notre espèce, alors que nous ne sommes que chaque individu n'est que l’un de ces cycles, complet ou tronqué, d’ailleurs, conscients de « nous », seulement quand on mord dans sa main et que l’on se dit : « aïe, mais c’est à moi ça ? ».
Alors ne pas mourir pour quoi faire ?
Naître ne nous assigne aucune mission à porter
A nous gargariser de la vie des grands Hommes célèbres et historiques, force est d’admettre que quelque part dans notre inconscient collectif se niche sans doute cette aspiration à une destinée glorieuse, épique ou déterminante, avec la mémoire comme trace et la gloire comme problème. Je ne crois pas avoir appris qu’à sa naissance, Alexandre le Grand ait été adoubé pour conquérir le monde et le pacifier par voie de guerre ! Pas plus que les dynasties égyptiennes, étrusques ou romaines pour ne citer que les plus populaires, pas même notre Napoléon conqu’errant à nous ou notre « Grand » Charles refuge politique glorieux ! Il y a bien eu une tentative qui pourrait laisser croire à une telle prédestination, mais elle est seule et repose sur ces récits qui n’ont pas trouver racines bien qu’avoir proliféré. Une crucifixion pour sauver les péchés du monde alors qu’il ne s’agit que de l’une des bases de la vie : le plaisir instauré par la nature pour être sûre que l’on y revienne pour assurer la reproduction ! Tu parles d’une croyance de dupe ! Le pire, c’est de s’y engouffrer, sans aucun doute, ce qui montre bien notre inconsistance !
D’ailleurs quand bien même ce le serait, la place est prise : Fils de Dieu, ça signifierait quoi, une deuxième fois ?
Si vous avez besoin de vous raccrocher à une utilité pour donner du sens à votre naissance, il me semble que nous puissions la combiner avec trois contributions opératives plus pragmatiques et universelles, plus modestes certes mais tellement plus immédiates et palpables :
– 1. Entretenir les équilibres de la Nature pour assurer la subsistance du Vivant.
– 2. Procréer pour assurer la continuité des cycles de l’Espèce dans les équilibres du Vivant,
– 3. Apprendre de ses échecs pour ajuster les équilibres en assurant les transmissions bonifiées.
Tout ce qui s’oppose à cette utilité élémentaire n’est pas du Vivant, donc sans intérêt.
Naître ne nous assigne aucun objectif à vivre
Le cycle du vivant est aussi implacable qu’utile, pour assumer justement qu’il en est un. Il n’y a donc aucune signification à vouloir chercher l’immortalité puisqu’elle n’a pas de sens en soi ni surtout d’utilité, puisque l’accumulation ne fait pas partie des mécanismes contributifs aux équilibres naturels. Et si elle l’est, elle n’est, dans tous les cas, que provisoire, le temps d’un déséquilibre, assujettie à la désintégration dans le cycle.
Cette notion de cycle désagrège toute conception d’objectif ou de but à atteindre par notre naissance, comme toute idée d’accumulation, inutile au regard du cycle ! Il n’y a pas de panneau indicateur définissant « vous êtes arrivés », ni même d’épée de Damoclès qui ordonne la sentence « vous avez réussi ou échoué », moins encore votre conscience de vous que « vous n’avez pas fini » au bout du chemin de votre Vie, voire en cours si un chauffard vous écrase avec vos croissants sur le passage à niveau un dimanche matin ! Le film ne s’arrête pas avec la mort du héros.
A force de courir après nos envies toujours nouvelles dès que satisfaites ou de chercher à éviter nos souffrances toujours nouvelles dès que déjouées, on noie notre discernement de faire avec les circonstances ce que l’on veut qu’il advienne de nous. Personne ne nous fixe un objectif et en particulier pas la Vie à notre naissance. C’est nous qui choisissons notre devenir au fil de l’eau qui coule et avec elle. Ce que la vie m’a appris, c’est que si ce choix est en phase avec les circonstances dans lesquelles on se trouve, avec les efforts que l’on a consentis pour exercer notre discernement et l’enthousiasme que l’on met à contribuer aux équilibres autour de nous, alors, la densité de notre vie donne du sens au Vivant que l’on traverse. Il y aurait dans cet esprit une connotation avec l’indéfinissable bonheur auquel on aspire tous mais qui, au nom même de l’équilibre, ne peut pas être un état figé de contemplation, suspendue dans le mouvement du cycle. Einstein le formulait sur son vélo.
Le Vivant n’a pas d’objectif, mais nécessite une intensité, de notre part, pour le vivre pleinement et en être heureux.
Dites-moi alors, en quoi la science décide-t-elle de ne pas mourir. Mais surtout pourquoi ? Qui va décider et évaluer toutes les conséquences d’un tel massacre du vivant ? Avec sa bombe atomique n’a-t-il pas assez fait de dégâts ? Avec le changement climatique, pas assez de bipèderies ?
Naître ne nous assigne aucun dû à espérer
Il est une autre notion bien troublante dans la compréhension du Vivant qui vient télescoper nos convictions forgées progressivement dans le processus d’Évolution qui oriente notre regard sur le chemin parcouru de l’Humanité. La structure même du regard est déjà un choix orienté dont personne ne sait justifier sa prééminence qu’au travers de la connaissance personnelle accumulée sur les mécanismes du savoir que l’on acquière des équilibres globaux. Mais qu’il s’agisse du confort matériel, de la sérénité de la vie collective ou de la capacité d’abstraction, il y a tant à dire que le mécanisme même de l’Évolution apparait finalement, aussi sectaire qu’incomplet, puisque toujours remis en question par l’incertitude d’une liberté qui ne nous appartient pas.
Rien ne nous conduit à définir ce qui est raisonnable et décent au regard des équilibres, tant il nous reste d’humilité à mettre sur la table de notre entendement pour pouvoir y prétendre. Tout ce que nous devrions mais que nous n’avons jamais su faire. Chaque découverte comme la toute récente sur la capacité des éléphants de communiquer à un individu précis du troupeau, démontre que nous sommes loin de notre prétention qui, au demeurant, devrait nous obliger au lieu de nous imposer et, donc, au nom de cette arrogance, arrêter de considérer que tout nous est dû.
Comme personne ne nous assigne une mission ni ne nous fixe un objectif à notre naissance, personne ne nous doit quelque chose en contrepartie. Notre capacité d’abstraction nous maintient dans une illusion dévastatrice de notre capacité d’exister utilement, et nous fourvoie dans cette ambition illégitime et vaine que la vie nous est due. Et avec l’IA, il semblerait que l’on se donne sournoisement les moyens de démultiplier encore notre capacité d’angoisse et de désillusion. Pourquoi ne pas apprendre des éléphants ?
Rien ne nous est dû puisque ce n’est pas nous qui la décidons.
Il y aurait bien sûr beaucoup de choses à dire encore, mais en intégrant déjà ces quelques regards sur sa façon de conduire sa vie, il m’apparait comme plus simple d’en jouir pleinement et de ne pas souffrir de cette banale issue vécue comme atroce et injuste de se trouver définitivement privé de la conscience de soi. Mais, puisqu’on s’emmène et que ça ne sert à rien d’espérer un si vain privilège, pourquoi se tourmenter ?
Mourir, en définitive, n’est donc bel et bien pas grave puisque personne d’autre ne sera nous. Et combien même puisque nés de circonstances indépendantes de nous, comme finir quand elles changent ! Dans l’intervalle, ce n’est pas de liberté dont il est question mais de choix . Ce n’est pas le pouvoir qui est en quête, mais la contribution aux équilibres. Ce n’est pas de possession dont elle est gourmande, mais de bonification du Vivant. Simple, dès lors que l’on se sait banal, moins avec l’illusion de son importance.
Preuve de l’illusion ? Le film continue sans vous… comme si vous n’aviez jamais existé ou presque !
Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre bien