Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

Vous avez peur, Lycéens, moi aussi, mais pas que !

Après le spectacle affligeant des députés dans l’hémicycle qui n’ont pas su dépasser leurs querelles de pouvoir pour se hisser au niveau des enjeux de la Nation, voilà celui tout aussi affligeant d’une partie limitée des lycéens qui, faute de considération des mêmes et personne pour les écouter, déballent dans la rue avec pertes et fracas comme on leur a donné l’exemple, leur mal être pour rester mesuré, alors qu’on devrait l’entendre comme leur désespérance de ne pas pouvoir se projeter sereinement dans demain. Et comment s’en étonner puisqu’avec l’accumulation des incertitudes qui menacent l’Humanité même, au point de programmer des ruptures si brutales et si prochaines, elle ne donne ni aux adultes empâtés ni aux politiques englués, la capacité de se repenser et de proposer une ligne de conduite ou une projection collective, raisonnable et décente. Ils n’ont même pas vu, obnubilés par leurs nombrils respectifs à enrichir, le monde se crisper et l’Évolution s’éparpiller au point de se désagréger. Alors, les coutures de nos architectures lâchent avec les rustines bâclées sur nos systèmes obsolètes et les certitudes fondent avec les calottes glaciaires profanées par tant de profusions. Les avenirs connus s’effilochent avec des humanoïdes inconscients mais envahissants et même nos cerveaux jaloux nous menacent de rébellion devant nos désertions pour une IA tentaculaire et imprévisible. Nos fraternités charnelles dépérissent de manque de contacts mêmes desséchés, délaissées pour des connexions matricielles intoxiquées au silicium prétendu social, mais froid. Et tout cela, pendant que deux ou trois abrutis pissent sur les équilibres précaires du Monde, leurs bombes et leurs drones pour satisfaire leur folie de puissance éphémère.
Vous avez peur, lycéens, moi aussi. Mais moi j’ai honte, de vous transmettre ça !


On n’a rien vu venir !
Vous choisissez bien votre moment, tant il y a de prétendants à vouloir faire mieux que ce qu’ils ont contribué à faire, à un moment ou à un autre pour nous conduire jusque-là, et si, personne ne leur dit fermement : « arrêtez de nous prendre pour des billes indécises ! », qu’est ce qui devrait les empêcher d’espérer pouvoir continuer à nous torcher des salades ? « On a toujours fait comme ça ! » nous rassurent-ils, donc le résultat est toujours le même et compte tenu du contexte qui se met, lui en plus, à changer la donne, les voilà démunis parce qu’irréfléchis dans leurs certitudes. Aucun d’eux, regardez bien jeunes gens, aucun, et vous aussi les moins, aucun n’a de méthode nouvelle adaptée à nous proposer : ils sont tous, tous, à nous réchauffer leurs plats obsolètes, qui en se repliant sur nous-mêmes, qui en fustigeant les riches, qui en renonçant à nos aises, qui en prolongeant la lutte des classes, qui en jurant que la morale financière va finir par ruisseler sur le monde, qui, encore, qu’il faille tout casser pour se recommencer en mieux sans savoir du tout de quoi il est fait !
La preuve la plus tangible à leur inconsistance, ce n’est qu’aucun d’eux n’a vu venir le désastre, ou plutôt, qu’ils se sont tous, comme un seul homme, mis la tête dans le sable en serrant les fesses pensant avec conviction et probablement parce qu’ils n’avaient rien d’autre à nous mettre sous la dent, que ça aller passer comme tout ce que nous avons traversé depuis le choc pétrolier de 1974 en se disant : c’est une crise ! Décrétée comme telle, elle est nécessairement passagère comme l’est une crise de foie. Donc, il suffit de serrer les coudes (ou les fesses) selon sa situation (voire les deux en cas grave) et tout va revenir dans l’ordre. Sauf que :
– Régulièrement le peuple est dans la rue pour les mêmes désillusions,
– Immanquablement les réformes en appellent une autre,
– Inexorablement, sans canal de recueil, les inquiétudes s’accumulent et rongent la société.
– Inlassablement les déséquilibres et les déficits se creusent,
– Systématiquement les pouvoirs élus se désagrègent et récoltent leur lâche inconsistance,
– Cyniquement les Marchés détournent l’Évolution de l’Humanité vers celle de leurs profits,
– Lâchement l’individualisation de la société appauvrit la pensée et nourrit la violence,
– Indiscutablement le désœuvrement social corrompt le respect et l’exigence de l’effort,
– Insidieusement, le refus idiot des limites inhérentes à la liberté détruit notre responsabilité,
– Nécessairement, aux mêmes méthodes, les mêmes résultats. Donc.

Non, personne ne peut dire qu’il n’a rien vu venir. Nous avons tous été aveuglés par nos obsessions de conforts, les uns pour en jouir, les autres pour y accéder et d’autres pour les envier. Le drame, c’est que depuis quelques temps, même y accéder ou pire les envier est fortement impensable. CQFD.

La vérité : on n’a pas eu le courage !
Non pas que la violence des plus ulcérés d’entre vous soit acceptable, jamais une colère n’a été autre chose qu’un débordement de peur sans solution, surtout, jamais une bonne conseillère : toujours une usine à regrets, souvent amers. Regardez, celles des adultes !
Comme toujours, sortis des chaînes de cette usine, ils masquent mal les lâchetés et les arrogances de ceux qui n’ont pas osé et de ceux qui n’ont pas voulu admettre leurs faillites, ces derniers préférant se draper dans un inacceptable « vous n’avez rien compris », les autres se cacher derrière un « ce n’est pas moi qui décide ! ». Autant de couardise, de manque de courage, de mépris de soi dans une fuite absurde puisqu’on les emmène avec soi.
Le vrai problème, encore une fois, c’est cette convergence des poltronneries qui sont devenues si coutumières qu’elles sont un prêt à porter sectaire des postures publiques et des irrespects intimes de toute une population à l’image de celle de ses élites.

Ce dont il est besoin, à la lumière de ces nausées lycéennes partielles, c’est que le peuple se prenne en main en dépassant, lui d’abord, les clivages stériles et nauséabonds pour la démocratie, quand ils ne savent plus dépasser leurs intérêts claniques en éructant haut et fort, souvent violemment par dépit, d’avoir raison pour la bonne et seule raison de pouvoir l’affirmer sans contrainte ni preuve. Et la « meute » crédule et molle, séduite par fainéantise plus que par conviction, se laisse bercer par leurs sirènes respectives, faute de discernement, sans les renvoyer dos à dos pour chants sélectifs et insuffisance de garanties, requises pour un simple prêt, mais pas pour un engagement générationnel ! Qui paye en cas de désastre, Messieurs les ministres de l’Éducation, et consœurs ?

Bon sens et priorités
Pour nous sortir de cet effondrement, comme de toutes les catastrophes subies, il faut essayer de sauver ce qui peut l’être pendant et attendre qu’elle se soit calmée pour constater les dégâts et en déduire les causes qui l’ont déclenchée. Ici, de toutes les manières, la faire durer ou promettre tout pour la régler sont pareillement une posture stupide et suicidaire, l’une parce que l’élargissement n’apportera que de la confusion et des amalgames inextricables et les emplâtres improvisés que des placebos provisoires et des maquillages trompeurs à retardement sur des jambes de bois.
Comme pour les nombreuses désillusions qualifiées de « crises », les causes racines sont, de mon point de vue décanté par les récurrences, au nombre de trois :
1. La dérive de la convergence naturelle du bon sens collectif est alimentée et exploitée par une offre politique sectaire exacerbant les différences en clans qui s’opposent contrairement à l’enrichissement spontané latent qui consolide une vision. Elle nuit à cette aspiration et donc à l’installation des priorités raisonnables et consensuelles.
Exemple : quand l’immigration devient une priorité, il y a nécessairement une carence de fraternité.
2. La négligence et l’irresponsabilité avec lesquelles les postures politiques sont conduites et engagées sur un mille-feuille aussi complexe qu’illisible, dans lequel plus personne ne sait comment une décision peut concrètement atteindre son objectif ou pas, masquent honteusement l’incapacité de maîtrise des processus de transformation prétendus administrés mais jamais construits, encore moins, mesurés.
Exemple : on a modifié les Régions avec comme objectif affiché 14 Mds d’économie.La Cour des comptes dénonce, cinq ans plus tard, un surcoût de 54 milliards ! Qui paye ?
3. Lestée de ces deux scléroses structurelles qui le sont devenues par abus de ponctions compensatoires et abondance de privilèges considérés comme des dus, la démocratie à la française paye douloureusement ses rigidités doctrinales et ses héritages monarchiques pour ne pas avoir pris la peine de s’accepter impermanente : rien dans la nature ne l’est, mais elle s’y est crue, donc pas de gestion de l’amélioration continue ! Alors si nous étions aussi raisonnables que géniaux de nous avoir façonné ce collectif devenu improbable, nous ferions de suite des choix collectifs pour nous dessiner un avenir ajusté à ce dont il est collectivement enviable pour donner une place à chacun pour y contribuer avec enthousiasme et y vivre décemment, n’est ce pas lycéens ?
Exemple : la liberté de choisir un métier et sa contribution, sont-elles mises en perspective avec cet avenir projeté. Est-ce que ce monde est sérieux ?
C’est dire la profondeur et l’étendue de la rupture à accepter, incompatible avec nos méthodes politiques actuelles comme avec le temps dont il est besoin aux changements pour s’installer, comme dans l’absence de mesures d’efficacité entre promesse et vécu et celle de sanctions en cas d’écarts responsables dans la trajectoire promise élue.

Merci, lycéens, pour votre alerte supplémentaire sur l’absence de perspective, mais ne réclamez pas les rustines que le système sait improviser pour subsister en l’état, car c’est lui qu’il faut faire évoluer sans qu’il ne soit nécessaire de renverser la constitution ou les murs pas plus que de tout casser pour reconstruire du neuf dont on n’a pas les moyens de redessiner les fondements. Faire évoluer, c’est simplement, et j’insiste sur le simplement, comme dans l’entreprise quand elle se met en culture d’amélioration continue, de corriger les résultats non conformes à l’attendu, parce qu’ils ne sont le fruit que d’une carence dans l’un ou plusieurs des cinq facteurs qui composent une méthode, les 5 M. L’un d’eux est l’environnement et s’il change, l’un des quatre autres au moins doit se modifier. L’État n’a même pas défini quel résultat est attendu à chacune ! Et vous, vous savez, Lycéens ? Objectif BAC (diplôme sec) ou CAB (certificat d’aptitude au bonheur ?)

« On a toujours fait comme ça » est incompatible avec le monde qui est, à fortiori avec celui qui vient et si nous ne le choisissons pas, il ne sera jamais celui que l’on aurait voulu. Et pour faire ce choix, c’est votre utopie vierge de toute désillusion dont il est besoin pour ne pas se priver d’oser l’inclure comme j’ai honte, maintenant retraité, de ne pas avoir osé le faire en me fiant au hasard comme depuis la nuit des temps.
C’est le hasard qui a longtemps piloté notre évolution, bridé quelques temps par Dieu qui s’est finalement pris les pieds dans le tapis, jusqu’à ce que le Marché vienne lui disputer le manche sans concession depuis la mondialisation et notre prétention sans régulation dynamite depuis peu, ses appétits irraisonnés. Il est temps de nous ramener à chercher à être heureux au lieu de continuer à courir après avoir ce que, morts, nous n’emportons pas !
Ce n’est pas la moindre de nos erreurs que j’ai honte d’avoir commise aussi, lycéens !
Réfléchissez… mais autrement que « on a toujours fait comme ça ! »…

Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre bien

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