Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

l’improbable « Moi, Député, je comprends que tu puisses m’en vouloir ! «

Si tu doutes de ma sincérité, si tu es de mauvaise humeur de ne rien voir venir de concret derrière mes mots, si tu n’as plus confiance dans mes promesses et si tu es en colère de voir mes postures oublier ton quotidien et ce qu’il devient, saches que je te comprends. Je te comprends si bien que je n’invoque aucune excuse, en me disant même, comment ne le serais-tu pas après les spectacles affligeants de nos irrésolutions et le constat inacceptable de nos décalages, entre nous-mêmes, députés, entre toi et moi, entre ce à quoi j’aspire et ce que toi tu espères. Tu traverses ta vie non pas comme ce long fleuve tranquille dans lequel tu fais la planche, porté par le courant, mais comme une expédition sournoise et implacable dans laquelle tu rames dans les flots agacés à lutter contre contrariétés et déceptions, désillusions et frustrations et quelques maigres satisfactions qui exacerbent les décalages entre nous-mêmes, députés, entre toi et moi, entre ce à quoi j’aspire et ce que toi tu espères. Si tel est bien ton discrédit, je te demande pardon. Je comprends ta lassitude. J’entends ton rejet. Tu peux m’en vouloir !


Moi député LFI, tu peux me repousser un instant.
Peut-être aurais-tu aimé que je me taise ou au moins que je sois moins définitif dans mes jugements et mes vociférations qui, je m’en rends bien compte, ne font que mettre de l’huile sur le feu de nos décalages qui brûle mes convictions profondes et me font cracher haut et fort mon écœurement sur la tournure du Monde pour certains. C’est l’impuissance de ma révolte et l’Himalaya des ruptures à conduire dans le système creusant son effroyable fossé entre les riches et les pauvres qui t’expliquent mon comportement insoumis à ma souffrance devant ce sentiment d’injustice que je juge intolérable. Tu peux me repousser un instant pour mon extrémisme, et sans doute pour mon incapacité à proposer une alternative crédible au système sachant la rééquilibrer, puisque tout système est un choix perfectible et non pas un dogme : prendre pour redistribuer est arbitraire et tout aussi injuste en soi, certes, même si devant l’urgence, je soutiens indûment que la fin justifie les moyens. Et c’est vrai que l’injustice ne touche pas tout le monde, Dieu merci, donc un peu simpliste comme posture puisque pas reproductible, d’autant que nous ne sommes pas seuls, nous Français, puisque le système est tellement interdépendant avec les autres pays que nous poster en marge nous exposerait à un désenchantement plus dramatique et rapide encore que le déclassement que nous connaissons faute de consensus, de courage et de vision.
D’ailleurs, si une majorité de toi n’adhère pas à mon discours, c’est qu’il y a un décalage entre ce en quoi je crois sur cette injustice, sur la façon d’y aller pour la résorber et le sentiment global de crédit que tu m’accordes pour réajuster les grands équilibres.
Tu peux donc me repousser un instant, tu peux ne pas m’approuver. Car, et c’est là l’un des décalages qui nous dessert, toi et moi, la démocratie et la liberté de penser ne se suffisent pas d’un « j’ai raison » sans preuve, unilatéral, voire auto-proclamé ! Et j’en conviens !

Moi député PS, tu peux me repousser un instant.
Je comprends ton agacement envers moi et ton sentiment d’abandon ressenti après les si nombreuses années pendant lesquelles je t’avais fait rêver qu’avec ma promesse du rapport moral reconstitué entre le social et l’argent, il y avait un chemin évident pour que le ruissèlement ne finisse pas systématiquement là où il rapporte le plus mais vienne s’appuyer sur la gravité qui le fait marcher. Je comprends ton agacement au point de me rejeter, trahi comme tu le vis, par le démembrement des bastions industriels de « travailleurs » qui nous prêtaient légitimité, liés dans la confrontation stupide et caricaturale de la lutte des classes que j’entretiens encore artificiellement par nostalgie. Tu as le droit d’être rudement démuni de conviction puisque la lucidité, la cohérence et la vision que je t’avais fait miroiter au travers d’une assistance sociale collective sachant rééquilibrer le sentiment d’injustice sec, n’a pas su porter ses liquidités comme le laissaient entendre mes mots. Je sais que derrière ta mauvaise humeur, il y a la peur, derrière ta lassitude et ton désenchantement, la fatigue de te voir devoir ramer encore. C’est vrai que nos guéguerres d’égos n’augurent rien qui vaille dans un discours toujours aussi irrésolu sur l’image d’une assistance sociale collective indécise puisque artificielle.
D’ailleurs, si une majorité de toi n’adhère pas à mon discours, c’est qu’il y a un décalage entre ce en quoi je crois sur cette assistance sociale, sur la façon d’y aller pour l’installer et le sentiment global de crédit que tu m’accordes pour ajuster les grands équilibres.
Tu peux donc me repousser un instant, tu peux ne pas m’approuver. Car, et c’est là l’un des décalages qui nous dessert, toi et moi, la démocratie et la liberté de penser ne se suffisent pas d’un « j’ai raison », mais requièrent des satisfactions ! Et j’en conviens !

Moi député Écologie, tu peux me repousser un instant.
Bien sûr que le changement te fasse peur, d’autant que personne ne sait vraiment de quoi il sera fait concrètement, moi non plus. Bien sûr que renoncer au confort est un drame sociologique après des siècles d’efforts et de génie pour s’en doter. Bien sûr, que le désir est plus fort que la raison jusqu’à ce qu’elle prenne les rennes par la force des choses ou plutôt leur empêchement. Tu as le droit d’être contrarié par mes alertes et mes contraintes formelles à installer. Tu as le droit de considérer comme injuste les renoncements auxquels je m’accroche pour changer de mode de vie puisque tu n’as pas choisi celui que l’on s’est donné, ni mesuré toi-même, pour l’instant, ses conséquences dramatiques sur l’environnement qu’il a produit. En réalité, je ne t’agresse pas si, peut-être, qu’avec ma posture tu peux considérer la cause comme propriétaire du camp dont je me réclame et t’indisposer comme si les autres n’étaient pas concernés ou, eux seuls, les vandales. En réalité, je ne t’en veux pas de m’en vouloir, puisque je viens brutalement, à contre-temps, j’en conviens, te dire qu’il va falloir se priver sans pouvoir te proposer quelque chose de plaisant au moins pour le remplacer. D’ailleurs, quelque chose de mieux serait préférable compte tenu des habitudes prises pour te donner envie au lieu de t’effrayer ! Et pour ne rien te cacher, je sais ton scepticisme normal devant tant de renonciations à sacrifier, si ce n’était autant d’irrésolutions de trajectoires divergentes à considérer pour un objectif que personne ou si peu, consensuellement, essaye de configurer.
D’ailleurs, si une majorité de toi n’adhère pas à mon discours, c’est qu’il y a un décalage entre ce en quoi je crois sur cette préservation de la biodiversité, sur la façon d’y aller pour la conduire et le sentiment global de crédit que tu m’accordes pour restituer les grands équilibres.
Tu peux donc me repousser un instant, tu peux ne pas m’approuver. Car, et c’est là l’un des décalages qui nous dessert, toi et moi, la démocratie et la liberté de penser ne se suffisent pas d’un « j’ai raison » ici, puisque désuet ou presque, sans le reste de la planète ! Et j’en conviens !

Moi député « majorité présidentielle », tu peux me repousser un instant.
On serait à moins dépité, voire, hargneux, de devoir constater une telle désillusion au bout du compte, après avoir suscité tant d‘espérance de rupture avec une lassante et stérile guerre de Cent Ans larvée entre droite et gauche, même mixée ! Constater ton sentiment profond de rancœur et de trahison, une fois encore, puisqu’au-delà des immorales satisfactions de prétendre et de persister d‘avoir fait ce qu’il fallait qui sourd encore de mes mots, me vaut un rejet quasi unanime jusqu’à haineux pour certains les plus déclassé. C’est dire la profondeur de la déception, c’est dire le discrédit qui plombe les prétendants successeurs. C’est dire le sentiment de supercherie qui surnage sur l’écume de mes ratés et de mes manquements. Tu as le droit d’être rude dans tes ressentis. Tu as le droit d’être âpre dans tes sanctions. Tu as le droit d’être dépité. Par-delà les décennies de déceptions, gauches et droites, comme du en même temps insipide et verbeux, autant qu’indéfini entre nos égos du camp, il y a finalement ta fracture qui saigne encore au travers du pansement que je t’ai présenté comme ne devant plus être une rustine ni un placebo, mais une chirurgie solide devant savoir répondre à l‘attendu, celle-là même que je n’ai pas su consolider en me drapant lâchement d’un insupportable « tu n’as rien compris » ! Oui, derrière ta colère, il y a toujours ta fracture et maintenant, la peur de ce qu’il peut encore advenir faute de désagrégation !
D’ailleurs, si une majorité de toi n’adhère plus à mon discours, c’est qu’il y a un décalage entre ce en quoi je crois sur cette fracture sur la façon d’avoir prétendu enfin la soigner et le sentiment global de crédit que tu pourrais m’accorder pour redresser, malgré tout, les grands équilibres.
Tu peux donc me repousser un instant, tu peux ne pas m’approuver. Car, et c’est là l’un des décalages qui nous dessert, toi et moi, la démocratie et la liberté de penser ne se suffisent pas d’un « j’ai raison » : il y a les faits ! Et j’en conviens !

Moi député RN, tu peux me repousser un instant.
Peut-être aurais-tu aimé que je me taise moi aussi parce que mes mots nous ramènent à toi seulement et non plus aussi à ceux qui sont venus d’ailleurs profiter de notre art de vivre jusqu’à vouloir infléchir un peu de notre identité, ce qui m’insupporte. Je sais le propos sectaire et en rupture avec nos idéaux humanistes, au point de te faire reculer un peu à cause de ton héritage culturel. Je ne te demande pas de te renier et tu peux ne pas me répondre. Tu as le droit de douter puisqu’à force de rejeter systématiquement les options de réponses de tous bords, il ne doit plus rester que des morceaux de scotch pour rafistoler la toile qui doit servir de ciel de lit à notre futur indécis et, finalement, mal choisi puisque replié. Entre le sentiment d’injustice qui prend aux riches pour distribuer aux pauvres, celui de l’assistanat social collectif irrésolu, le renoncement aux progrès trop irrespectueux de notre environnement et le strapontin ni de gauche ni de droite qui nous a conduit au blocage idéologique du mieux espéré, tu as le droit de ne pas vouloir résumer mes postures d’un « on ne t’a pas encore essayé » qui ne me donne ni ta confiance, ni ton adhésion, malheureusement, peut-être, que ton dépit, et, de surcroît, par embarras, même pas par choix. Rien de quoi me satisfaire et de vanter mes mots, sauf à me rendre redevable d’un enjeu qui déborde déjà dans le décalage inextricable entre le ruissèlement espéré et les obligations structurelles contradictoires. Je comprends ta résignation mais elle hypothèque ta confidence qui nous renvoie, dos à dos, toi à ta fracture et tes rames, moi, à nos dettes et nos dus !
D’ailleurs, si une majorité de toi n’adhère pas à mon discours, c’est qu’il y a un décalage entre ce en quoi je crois de mon alternative, sur la façon de la « patriotiser » et le sentiment global de crédit résigné que tu m’accordes pour retrouver, malgré tout, les grands équilibres.
Tu peux donc me repousser un instant, tu peux ne pas m’approuver. Car, et c’est là l’un des décalages qui nous dessert, toi et moi, la démocratie et la liberté de penser ne se suffisent pas d’un « j’ai raison » par dépit ! Et j’en conviens !

Moi, citoyen, je peux te repousser un instant.
Si la démocratie et la liberté ne se suffisent effectivement plus d’un « j’ai raison » prétentieux sans souci des équilibres, permettez-moi, Députés forgés au même moule politique du « partisanisme » usé, de vous demander au nom de quoi avez-vous plus raison que vos collègues des autres camps pour revendiquer mon ralliement malgré les attentes que vous ne considérez pas ou si peu les vôtres puisque pas dans votre étal ?

Et, pour tout vous dire à mon tour, vous ne vous en sortirez pas, ni l‘un ni l’autre durablement, même élu en l’état au forceps ou par dépit, simplement parce que, aucun de vous, ne se soucie de quoi est fait ce « toi » commun, pas celui du communisme contre-nature, mais de ce qui est commun dans le corps social comme dans le corps humain composé strictement des mêmes éléments malgré les spécificités de chacun. Chaque député propose sa tarte aux agrégats des spécificités qu’il a choisi et personne celle aux communs, pire, ne le veut pas, pour pouvoir naviguer et compter aussi obstinément que bêtement sur les différences qui ne feront jamais le consensus rééduqué de la collectivité, car consensus est plus proche de commun qu’une majorité surtout étriquée qui ne fait que donner le sentiment à la minorité d’en être une presque aussi !
Comme votre démocratie consiste encore depuis les premiers moules de la République, à proposer votre tarte aux gens qui l’aime et non pas d’abord de demander au Peuple de quel gâteau les communs ont envie, vous démontrez, s’il en était encore besoin, que vous n’avez rien appris des années de désillusions résultantes des mêmes mécanismes qui ont servi aux mêmes tartes réchauffées à si mal satisfaire les appétits de privilèges. Et c’est là, l’un des décalage qui nous dessert, toi et moi, la démocratie et la liberté de penser ne se suffisent plus de ces postures obsolètes qui flattent ce qui nous sépare mais exigent, aujourd’hui, des considérations qui louent ce qui nous uni.
Alors, je vais vous repousser, tous, encore longtemps, du moins le temps nécessaire pour définir cet espéré commun quand on décidera de s’y employer s’il n’est pas déjà trop tard pour virer de bord et éviter l’iceberg si proche !

Député, moi je t’en veux de ne pas te repenser.

Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre bien

Posté le 5 octobre 2026
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Commentaires

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