Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

Pandémie : la Révélation !

Dans le florilège des explications et des commentaires, des expertises et des projections, des avertissements et des jugements, des constats et des abattements, des veuleries et des négligences, des misères et des dévouements, des admirables et des niaiseries, difficile de faire son idée sur ce tsunami social que nous impose la pandémie, si tant est qu’il est question de s’en faire une, ou si tant est qu’il est question ou besoin de pouvoir s’y déterminer :

Pouvoir s’y déterminer
Résister en attendant le retour à la situation d’avant, se résigner en laissant le temps faire son ouvrage de régulation, se projeter avec pour faire de la contrainte une opportunité ? Comme toujours, on a le choix. Mais quelle que soit son penchant, nul ne peut contester le rélévation de l’essentiel, l’arche perdue de vue.

Résistent ceux qui peuvent, parce qu’ils ont les moyens intellectuels et/ou matériels au moins pour déjouer les pièges et trier les cailloux pour ne pas trébucher, mais ils ne sont pas à l’abri d’une vague plus traître en marge des courants ou d’un pan du mur du refus, se disloquer rongé par les ressacs ! A les voir, ils semblent ramer à contre-courant en s’épuisant à espérer le remonter jusqu’à avant. Et malgré la sanction indiscutable des limites qu’on y avait touché, ils ont trop à y laisser pour ne pas pouvoir ne serait-ce qu’imaginer pouvoir penser autrement. Laissons-les s’y livrer, les dinosaures ont déjà essayé, c’est vrai, il y a longtemps.

Se résignent ceux qui ne peuvent pas, parce qu’ils n’ont pas les moyens de ceux qui résistent, mais surtout, parce qu’ils n’ont pas le choix. Du moins, c’est ce qu’ils en disent, autant par « culture » que par indisponibilité. C’est vrai que de se référer à la culture pour s’en expliquer, c’est dur à dire mais moins à comprendre (éducation, milieu) si on peut l’accepter sans jugement de valeur. C’est vrai que de s’en expliquer par manque de disponibilité ne l’est pas moins, sans doute à cause de la culture mais aussi parce que trop occupé à chercher sa subsistance si ce n’est trop coincé dans les réflexes de systèmes d’assistanat, entendez-là, pour ceux qui ont en fait un mode de vie, résignés pas nécessairement victimes comme souvent revendiqué. On ne peut pas décemment les laisser s’y livrer, même s’ils vont avoir de la peine à entendre, des difficultés à comprendre et surtout des révoltes à vomir, s’ils n’ont plus rien à perdre ! Il y a devoir d’humanité et de responsabilité pour les autres.

Se projettent ceux qui veulent, parce qu’ils cherchent à s’adapter, c’est-à-dire, qu’ils acceptent de tirer leçon de ce qui arrive, qu’ils cherchent une explication au problème et non pas un coupable, qu’ils osent renoncer à avant, chercher dans l’inconnu, et affronter l’inconfort pour mieux. Comme choisir, c’est renoncer, s’adapter, c’est changer. Alors se projeter, c’est oser accepter de changer par principe, de lâcher prise sur ce que l’on sait, ce que l’on a et ce que l’on est, pour avancer autant dans l’inconfort de perdre ses repères que dans l’inconnu de ce qu’il advient puisqu’il faut le créer en même temps que le vivre avec ses imperfections et ses déchets. Tout ce que le monde d’avant n’admettait plus, tant la croissance devait éliminer l’inconnu et tant la responsabilité/culpabilité de quelqu’un devait prévenir de l‘inconfort. L‘utopie dans toute sa misère.
Et dire que certains résistent !

Pouvoir y vivre

Ce que la pandémie nous révèle donc comme essentiel et qui de fait doit être pris comme le sens de nos activités et de nos projets communs de civilisation ou d’humanité pour demain, c’est vivre bien. Tous.
On a vu que tout s’est recentré sur cet essentiel, si simple en réalité qu’il en semble improbable devant tant d’envolées controversées. Tout s’est recentré en fait, sur le respect de la vie. Pour preuve les applaudissements directs aux soignants et indirects aux liants (éboueurs, logisticiens, caissières et autres), « révélés » comme essentiels.
S’en est suivi une impressionnante et troublante réinitialisation des priorités humaines, indiscutablement et tacitement acceptée comme telle, au point de remettre en cause le retour aux priorités d’avant, ce qui perturbe les résistants, ce qui inquiète les résignés et ce qui stimule les autres. Les plus notables bouleversements de ces priorités concernent ce qui nous sert à subsister : se nourrir, préserver sa santé et se soigner, disposer de ressources pour le faire et comprendre le tout pour exister. Tout le reste qui était si dominant, si prenant, si important, s’en est vu relégué au second plan, voire négligé : la nouvelle version du modèle SUV de chez Z, au stock, le costume de chez Y, au stock, la fringale de la mode à la diète, la fièvre acheteuse évanouie par simple consignation. Et tout ceci sans contestation, sans débraillage, sans manif, sans Opinion, sans slogan, pire, sans frustration. Comme quoi, quand l’essentiel est en jeu, les règles du jeu servent le jeu.

Si donc cette réinitialisation des priorités humaines fait référence comme révélation acceptée et plébiscitée de la pandémie, il devient aisé de donner du sens au rêve qui va nous emmener dans demain. Comme il disait déjà, « j’ai un rêve », il n’a pas dit j’ai un plan. L’incertitude et l’inconfort ne peuvent en effet se limiter à un plan. Le rêve a besoin de toute la créativité dont l’humanité a été capable de se doter pour nous emmener jusqu’ici et pour qu’elle s’emmène jusque plus tard sans hypothéquer celle des générations à venir comme nous l’avons fait ces dernières décennies seulement. Créativité veut dire imagination, échecs, réussites, essais, successifs. Et recommencer ! Et pour cela, remettre en priorité tout ce qui sert utilement la vie et à la rendre « bien », doit lui être prioritairement re- consacré :
1. Bien se nourrir, entraîne inévitablement un assujettissement irrévocable au respect de la Terre nourricière, et donc de toutes les dégradations dont nous sommes coupables : pollution, plastique, ponction, productivité. Par corolaire, l’agriculture et ce que l’industrie de transformation qui lui y est associée, comme la protection de l’environnement, redeviennent la priorité ancestrale, mais drastiquement respectueuse et non plus acharnée. On y comprendra toute la chaîne d’un système à rebâtir au service de cet objectif.
2. Bien se soigner, entraîne tout aussi inévitablement un recentrage des allocations de moyens et de ressources sur cette capacité que l’homme s’est donnée à lutter contre la maladie. Sournoisement, la pandémie semble être déclenchée par la santé d’un animal sur un étal chinois, ce qui devrait nous laisser entendre que quand on parle de santé, c’est de celle du vivant dont il est question. On y comprendra toute la chaîne d’un système à bâtir au service de cet objectif.
3. Bien exister, où exister a comme essence « être » et non pas « avoir », ce qui recentre une fois encore les actes et les rêves. Je faisais allusion aux résignés par manque de culture, je ne m’y réfère pas aux arts et aux lettres, mais déjà simplement à la faculté de se comprendre et de raisonner et non pas de résonner au moindre gong. Alors il y a à se réinventer des rôles et des équilibres, des ambitions et des attendus en acceptant et en voulant que ce le soit pour tous et pas que pour que quelques-uns, même si l’intensité de vouloir vraiment, sans irrespect des autres, puisse être la liberté de chacun de pouvoir se donner l’impression de pouvoir conduire sa vie. On y comprendra, bien entendu là aussi, toute la chaîne à bâtir d’un système au service de cet objectif d’éducation permanent.

Il ne reste plus qu’à y reconduire ou à y construire ou encore à y inventer les activités dont il est besoin et d’en distribuer les richesses ainsi produites au service des priorités de l’Humanité et non plus à celles du système de Croissance construit sur l’éphémère à des seules fins inutiles de consommation pour s’entretenir lui-même.
Alors, et alors seulement, nous aurons appris de la révélation.

Pouvoir instaurer une autorité démocratique respectée

Un dernier mot pour formuler les conditions à rassembler pour apprendre la leçon et pour réussir l’expérience, puisque nous n’avons plus ni la donnée du problème si l’on ne convient pas de celle-là, ni la réponse, puisque c’est l’avenir qui la construira.
Cependant, même si l’expérience éclaire le chemin que l’on a parcouru, comme disait Lao Tseu, il est bon de se rappeler que les dictatures n’ont pas servi à tous mais que à quelques-uns d’irrespectueux, que la féodalité et la royauté ont asservi tous ceux qui n’étaient pas des nantis héritiers, que le communisme est une illusion puisque nous sommes tous différents et y aspirons, que la démocratie s’est mise au service de tous en croyant naïvement que tous étaient de bonne foi. Et malgré cette naïveté qui lui nuit, c’est elle qui a finalement fait le mieux pour tous.
Si donc, nous voulons vivre bien dans l’après, la démocratie est probablement la leçon à exploiter pour comprendre celle qui vient, mais en lui inculquant de quoi traiter la mauvaise foi ou l’irrespect si préjudiciable au collectif pour lui avoir trop manqué.
Je revendique donc l’instauration du crime contre l’humanité de toutes les activités qui desservent la qualité de la vie. Toutes. Avec des moyens « dissuasifs » pour se faire comprendre sur la détermination : le plastique dans les océans, les produits chimiques dans les champs, le sucre dans les boissons, le co2 dans l’air, l’atteinte à la biodiversité, la déforestation, la dégradation de l’habitat du vivant. Si c’est interdit, c’est interdit et « on » le fait savoir.
Si c’est interdit de piller une bijouterie suite à un match de football, c’est interdit et « on » le fait savoir. Il n’y a rien à discuter Rien, surtout pas au nom de la liberté. Si ça c’est discuté ou discutable/justifiable à l’aide d’un avocat cherchant à défendre l’indéfendable irrespect, j’ai bien peur pour le vivant et son après car nous n’aurions pas appris de la révélation !

Le disciple
– qu’est-ce qui peut expliquer une épidémie, Maître ?
– deux choses : la promiscuité et le besoin de régulation pour remplacer les prédateurs dont l’Homme s’est débarrassé, Disciple !
– mais alors qui décide de déclencher la régulation, Maître ?
– il n’est pas besoin de décision, la nécessité des équilibres est une des Lois essentielles de la Nature, Disciple !

Gérard Leidinger

Posté le 31 août 2020
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