Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

La Rue, SAMU de la démocratie ?

Nous nous étions pourtant convaincus qu’en portant des lunettes à oreille, nous allions nous assurer que cette fois-ci le choix parmi les listes de courses des candidats à Top Chef Président allait être le bon en distinguant les songe-creux des sondages ! Nous allions enfin nous éviter les récurrentes désillusions d’après élections et le casting avait suivi, régénéré de rafraîchissants sons d’âges frais, même si pour nous servir les mêmes cuisines, l'astronomique mondialisée à effet de serre odieux, la bistronomique revenue à la bière d’emplois sans sel, voire sans étranger, la formule en lutte des classes, réchauffée cocotte euro-païenne nue prisée, sans oublier le fastfood local écolo-bio décarboné des capitaux sans glu ni teigne, mais sauce barbecue nue pressée, histoire d’âge, justement.
Sauf que, nous voilà, une fois encore, malgré tout, dans la rue !


Candidats top, mais chefs flop !
Avec leurs efforts de nous prêter dans leurs mots à eux, nos maux à nous, à les en croire, ils avaient pourtant tout compris ce que nous, non. Eux savaient que nous ne savons rien ou si peu au point de ne pas tout nous dire ou que ce qu’ils veulent. Et nous de les en croire. Alors, ils promettent cacophoniquement ce qu’ils pensent que nous voudrions entendre, cloisonnés, eux comme nous. Nous avons levé nos lanternes pour cerner les nuances d’éditorialiste qu’ils voudraient nous faire prendre pour des vessies : au mieux une liste de course fait un potage, jamais un menu. Et toujours trop d’épices nuit aux goûts originaux ! Un vrai dialogue d’hémicycle : des sourds qui parlent avec des signes à des non-voyants en imitant les sirènes qui les mènent en bateau juchés sur les fameux pigeons dressés depuis leurs caissons de cons sous pression. Et ça émeut plus d’un au point de ne plus croire ces meulons farcis au goût de pouvoir qui ne nous prennent que pour des moutons à plumer : c’est à qui sonne le plus fort, le glas de la démocratie !

Prétentieux tout autant qu’est l’élu, le manifestant teigneux se met en ordre de battage du pavé pour exprimer l’indignation au nom, lui aussi, d’un peuple tronqué, avec cette volonté de faire rebattre le cœur de la France, certes, mais toujours rassemblée par morceaux divisés. Sauf que la déception était déjà consommée dès l’annonce des résultats du vote : comment donner crédit à l’élu avec plus de 50% d’abstention et, ceci, malgré les lunettes pour sondés ! C’est dire l’ampleur de l’inconsistance d’un système maintenant bien dépassé : mis bout à bout, les slogans respectifs pourraient presque avoir du sens, mais nécessairement brownien, puisqu’eux aussi sont issus de bouches à oreilles clivées. C’est en votant qu’il fallait s’opposer !
C’est vrai que les listes de courses avaient chacune ce fameux fumé de veau gaullien, recette universelle servie à chaque présidentielle pour français moyen : beauf déglacé dans un jus de carottes cuites, plumé comme un œuf plongé dans les cendres froides d’un revenu déprécié avec le sens de son emploi et les restes d’une inflation grillée au pouvoir d’achat en bois, où quelques prélèvements fiscaux surnagent comme de petits arrangements entre amis nantis. De quoi faire perdre son enthousiasme à Philippe Etchebest, lui-même, dans cauchemar en cuisine ! Alors aux fourneaux de la démocratie, pensez-donc ?

Le cauchemar des listes de courses incompatibles
Un doigt de méthodes, un verre de raison et un grand bol d’amour du peuple devraient suffire pour nous concocter un joli menu à consommer collectivement sans modération. Mais au lieu de cela, les partis se divisent pour nous servir ce hachis permanent et clivant au lieu d’entier, incapables, comme nous le sommes nous-mêmes, de définir consensuellement le souhaité.
On y lit les mêmes ingrédients de recours utilisés pour justifier les guerres de religions, du temps où les catholiques chassaient à courre les protestants et autres hérétiques avec comme fondement indiscutable et légitime d’avoir, eux, vraiment raison, plus. Les chassés s’étayaient eux-mêmes avec ces mêmes convictions d’avoir, eux, vraiment raison, plus. Ce qui conduisit directement à la saint Barthélémy dont en passant, massacrés et massacrants ne s’en trouvèrent pas autrement plus légitimes, après le bain de sang aussi sauvage que désespéré d’avoir raison. Avec les recettes incompatibles entre elles, les invectives de moins en moins respectueuses et de plus en plus violentes, de plus en plus passionnelles et de moins en moins raisonnées, le débat public nous conduit inexorablement une fois encore, à la saint Barthélémy pour espérer vainement mais sauvagement avoir raison, vraiment, d’avoir mis l’autre à genoux ou pire. Opinion contre opinion ne se résout pas et finit toujours en guerre qui ne se gagne jamais définitivement. Après tant de millénaires de preuves, nous devons vraiment être de mauvaises fois pour y croire encore !

Renier les mauvaises fois
Mais alors sur quoi devrait-on s’appuyer pour faire accepter par les autres que notre foi est plus foi que la leur ? Accepter que de les opposer est de mauvaise foi insoluble et remplacer l’approche par :
– 1. Obtenir le consensus sur le problème que chacune des fois veut résoudre. Exemple des retraites : après quelques semaines de débats honteux et vains, y a-t-il un problème ? Est-il le même pour tous et quel est-il en réalité ? Sans consensus quoi espérer ?
– 2. Convenir des critères mesurables avec lesquels évaluer la vérité souhaitée en réponse : assez ou trop, c’est combien ? Plus longtemps ou moins, pourquoi ? Rien bouger ou tout changer, et alors ? Sans consensus comment se déterminer ?
– 3. Convenir d’une ambition collective résultante de la consolidation des propositions respectives compatibles aux critères consensuels, la mettre en œuvre et mesurer son efficacité : travailler pour exister ? Exister pour vivre bien ? Vivre bien encore Retraité ? Sans consensus quoi engager ?

Il est vrai que les questions pour lesquelles nous n’avons pas de réponse sont meilleures pour nos progrès que les réponses sans question comme Dieu l’a été trop longtemps. Ceci n’exige qu’une méthode élémentaire de résolution de problèmes, mais revenir à deux attitudes délaissées : l’humilité de sa foi de conviction pour accepter son ignorance et l’ajuster à la contribution de celle des autres fois et l’orientation de l’enthousiasme facilitateur pour la mettre au service de l’ambition collective. Nous en sommes bien loin avec l’arrogance de détenir la vérité vraie et l’ambition du pouvoir personnel qui forgent les fois actuelles en tuant la démocratie au nom de l’illusoire liberté individuelle, plus. Toutes ces listes de courses d’opinions irrésolues pour un monde à venir dépareillé de volontés convergentes, c’est donc toujours naviguer sauvagement sans projet commun en se fiant à ce bruit sourd sans but de la Vie, venu par hasard de quelque part du fond des âges après le Big Bang.
Preuve de nos si mauvaises fois respectives !
Inch’allah !

– T’inquiètes, ça va le faire. Tu as voté ! Alors …
– Oui, mais, il n’est pas représentatif avec plus de 50% d’abstention ?
– Quelle importance, c’est un avatar comme les autres, avant lui. C’est le Système qui mène.
– Mais c’est qui le Système ?
– T’occupes, bats le pavé !

Gérard Leidinger
Auteur de La Déconomocratie

Posté le 4 mars 2023
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