Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

Tant et si bien, qu’au Réveil, je supplie de Diriger encore !

Avec son bon sens bien (j’allais dire spontanément « gaulois » mais avec la conotation récente qu’on lui donne , je ne voudrais pas en rajouter) je vais dire « paysan, près de vous » mais, là non plus, pas de polémique (Victor !) juste pour dire pratico-pratique, quoi, Obélix dirait : « Ils sont fous ces dirigeants ! » en les regardant travailler. Ils sont dirigeants 24h sur 24 ! Le soir ou le weekend, au réveil et souvent la nuit, difficile pour eux de ne pas penser aux Clients qui ne viendraient plus, aux concurrents qui baisseraient encore les prix, aux innovations qui hypothéqueraient demain ! Et pourtant, obsédés, ils en redemandent !

Pendant que l’opérateur quitte son travail satisfait de sa journée et de retrouver sa petite famille, le chef de poste ajuste encore la production du jour avec ses trois défauts détectés et peaufine l’ordonnancement de celle de demain, pour le débriefing du matin des chefs d’équipes.
Le manager peste sur les incidents de livraison qu’il n’a pas encore pu soldés pour rattraper le coup demain matin et il est déjà 19h : « c’est mort ! ». Il organise avec empressement une réunion de résolution du problème en espérant que quelqu’un connaisse la cause « racine » comme disent les consultants qui plantent de nouvelles pratiques en ce moment dans l’Entreprise. Mais il est certain de devoir faire le rappel à l’embauche vue l’heure à laquelle il la convoque ce soir pour 10h demain matin : « c’est re-mort ! » Tiens, j’aurai pu l’écrire « remords », se dit-il.
Au même moment, le cadre dirigeant, lui, attérit à l’aéroport de retour de déplacement chez leur fournisseur qui n’a pas encore sa production sous « contrôle » et pourtant ce n’est pas faute de l’avoir poussé dans son analyse de risques. Pour le test de la semaine prochaine : « c’est mort ! ».
Le dirigeant, lui, au volant de sa voiture en rentrant de sa plénière du mois au CJD, pense à cette phrase de Lao Tseu citée par le conférencier du jour : « Pour mener, il faut que quelqu’un suive ! » comme s’il s’adressait à lui, comme s’il savait… ou comme c’est dans l’air du temps pour se rassurer un peu, je suis normal, quoi !
– Mes gens, vont-ils prendre le virage que le marché nous oblige à prendre et que je leur ai demandé de prendre? Vont-ils avoir la pugnacité suffisante pour oser changer leurs habitudes de travail et descendre à un niveau de détail auquel on n’imaginait pas devoir le faire ? Moi, le premier ! « C’est mort ? », s’interroge-t-il sans vraiment y croire.
Et à ce moment là, il n’a pas encore toutes les « taquineries » que sa ligne hiérarchique lui épargne mais qui , tôt ou plus tard, viendront ricocher à l’angle de son bureau ou à l’angle de la diagonale des flux…

Suivre ses intuitions et son cœur
Les doutes et des interrogations, en fait, s’il n’en avait pas, il croit bien qu’il ne vivrait pas sa vraie vie. Depuis qu’il dirige, et il a commencé tout petit, c’est justement ces questions, ces atermoiements, ces hésitations qui le dévorent et auxquels il s’accroche, avec lesquels il se bat, avec lesquels il apprend et pour lesquels il grandit, qui lui donnent cet enthousiasme de mener. Et comme toujours ou la plupart du temps, c’est en suivant son intuition et son cœur accroché à ses convictions qui s’imposent à lui comme les sédiments qui se déposent au fond quand l’eau n’est plus agitée, qu’il se détermine. Pourquoi ? Sans doute parce que eux, l’intuition et le cœur, savent déjà où ils l’emmène.
Non pas qu’il lance des dés ou qu’il soit « maso » à aimer les ennuis, non, mais la plus ou moins lente maturation, entre la déferlante infernale du flot d’informations, le reflux, non moins infernal des réticences et des contradictions, des bruissements inaudibles des signaux faibles même étrangers au milieu, des connexions improbables d’images furtives ou répétitives de modes ou de challenges avec son quotidien, ont déposé au fond de lui, par une alchimie féconde et prospective, les fondements d’un horizon qui donne la direction. Voilà l’important : c’est maintenant qu’il faut prendre le virage. Maintenant.
– Mais, Patron, tout va bien… Si on bouscule tout, on va y laisser des plumes !
– Tout va bien, mais pour combien de temps encore ? Et si le monde change autour de nous, saura–t-on vivre encore longtemps en dehors du mouvement (exemple internet )?

Dans l’art de diriger, la première clé de cette addiction à la direction : savoir montrer un cap adapté en permanence !


Construire la façon d’y aller

Dans l’art de diriger, la seconde clé de cette addiction à la direction est sans doute la plus passionnante à conduire puisqu’il s’agit de construire la stratégie pour aller là où vous vous emmenez ! Et à mon grand damne, c’est la plus négligée, puisqu’elle est associée à l’opérationnel sans passer par la case organisation.
Et pourtant, pas nécessaire de grandes théories, ni de grandes envolées lyriques,ni de discours hostentatoire pour en venir à bout, mais simplement trois obsessions maladives et dévorantes à partager avec ses troupes sans modération:
1. La satisfaction des clients pour vivre : sans client, ou beaucoup de clients déçus, point de projet. Et dans ces trois mots, il y a tout :
– des Clients, ce qui signifie que vos produits ou vos services intéressent quelqu’un,
– satisfaits, ce qui signifie que ceux qui vous ont fait confiance ont bien fait de le faire parce que l’expérience qu’ils ont de vous et de vos produits, répond à leurs attentes.
– pour vivre, ce qui signifie que le prix qu’ils payent vous permet d’en vivre et de penser à demain.

2. L’épanouissement des femmes et des hommes pour construire : sans collaborateur ou beaucoup de collaborateurs déçus, point de projet. Et dans ces trois mots, il y a tout :
– L’épanouissement, ce qui signifie qu’à votre contact et en faisant leur travail, ils grandissent et peuvent réaliser leur projet de vie en contribuant au projet de l’entreprise,
– Des femmes et des hommes, ce qui signifie qu’ils sont avant tout des êtres humains avant d’être des compétences, qu’ils peuvent en attendre respect, reconnaissance et réalisation, pour être explicite un écart n’est pas une culpabilité….
– Construire, ce qui signifie que chacun apporte et peut (doit) apporter sa pierre à l’édifice de façon à ce qu’elle y trouve sa place pour contribuer activement à l’atteinte des objectifs communs de l’entreprise. A vous d’y veiller.

3. La génération de profits pour durer : sans profit, ou beaucoup de « profits » déçus, point de projet. Et dans ces trois mots, il y a tout :
– Génération, ce qui signifie qu’entre l’adéquation de vos prix au Marché et vos coûts, votre business model comme on dit aujourd’hui, sait produire les marges nécessaires pour en faire profiter, continuellement, pour 1/3 vos Clients, pour 1/3 vos salariés, pour 1/3 votre Entreprise au regard de votre compétitivité sur la concurrence,
– Profits, ce qui signifie que vous rentrez plus d’argent que vous n’en sortez, que les dividendes savent être attractifs et que les actionnaires savent ménager la monture,
– Pour durer, ce qui signifie que la vision est à long terme et que les projections et les virages, les atermoiements et les doutes servent la pérennité, l’un des sens avec lesquels vous faites vos choix (cœur et intuition).

Faire
Et ce n’est que là que tout commence : faire. Dessiner et échafauder une stratégie, un plan, est déjà une entreprise en soi, mais pour changer un morceau du puzzle ou modifier une intonation, un coup de gomme, voire même un copier /coller y suffit, un tableau Excel pour un scénario bis et le tour est joué.
Mais faire : en voilà une histoire captivante. Ah, on avait oublié ou sous-estimé le temps qu’il faut au Client pour se décider, au temps qu’il lui faut pour payer. Et ce temps qui court à dépasser celui promis par le fournisseur qui prend le sien pour nous livrer ! Et ce temps que met la machine à trouver son humeur pour nous souffler des pièces bonnes, et celui du commercial à décrocher ses contrats, et celui du banquier qui mange le mien pour une ligne de cash un peu trop juste pour faire le raccord de trésorerie entre les écarts de temps !
Et au milieu, coule cet indicible culture des Femmes et des Hommes de l’entreprise, culture issue des histoires individuelles et de leurs métissage collectif influencé par la tonalité managériale émanant de vos attitudes de décideur. Et la voilà, cette culture, emportée par les flux qui mettent à mal leur motivation à force de vents contraires ou leurs compétences à force de champs nouveaux à satisfaire. Et il vous appartient, vous, dirigeant, à la réalimenter, à la régénérer, à réapprendre à apprendre, à encourager à essayer encore, à convaincre qu’un échec n’est qu’une bonne façon de grandir, qu’un écart n’est pas une culpabilité… à l’accepter, en vrai ! Pour mieux, après.
Faire. Essayer. Faire

En rêvant à tout ça, tout éveillé, comment ne pas se laisser porter par l’enthousiasme qui s’en nourrit…
Pincez-moi !

– Mais que fait-on quand on pense, Maître ?
– On associe ou on déduit une idée parmi plusieurs en s’appuyant sur un sens, Disciple !
– Et qu’advient-il si l’on change le sens, Maître ?
– On dira de toi que tu dépenses, disciple !

Septembre 2016

Gérard Leidinger

Posté le 12 octobre 2016
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