Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

La traversée des apparences à gué

Les religions ont fait référence à bon nombre de

Mystères pour donner du sens à la vie de leurs

disciples en profitant de leur ignorance. Le progrès

humain en a transformé bon nombre en énigmes que

les scientifiques, eux, se sont évertués à résoudre avec

bonheur, laissant installer, en quelques effets

collatéraux involontaires, de grands vides et quelques

confusions dans les convictions des disciples : le

mystère de la vie expliqué par le souffle de Dieu sur

l’argile d’Adam démantelé avec l’énigme du Big Bang

et l’évolution de Darwin pour ne citer que l’un des plus

traumatisant pour la Bible. On en écrirait des livres !

La non moindre de ces confusions pourrait être résumée à cette difficile question de la Vérité et de

l’absolu qu’elle semble devoir contenir ou tout au moins, qui lui est prêtée quelle que soit d’ailleurs

l’objet ou le statut de celui qui l’invoque : les disciples, les juges, les politiques, les syndicalistes, les

dirigeants, les avocats, même ceux qu’ils défendent. Tous se réclament de la Vérité et de la leur… A

croire que l’on doive y opposer vérité à mensonge, vérité à erreur. La Terre n’a-t-elle pas été plate

longtemps et c’était hérésie que de penser le contraire ? Malheur à celui qui ne la détient pas, qui n’y

croit pas ! Quelle déception pour le Paradis que de savoir, depuis que l’on en est revenu, que le Ciel

est bien plus grand encore et qu’apparemment la terre n’est qu’un petit village fleuri de l’Univers.

Serait-ce finalement elle-même le jardin d’Eden ? Et pourtant, ce que ce même progrès humain nous

a appris, c’est qu’il n’y a aucun avenir dans la Vérité, c’est une voie sans issue : il n’y a rien, ni

d’unique, ni d’absolu, ni de définitif derrière la Vérité, surtout quand elle se pose en dogme. Enlevez

le dogme de leur Vérité aux kamikazes de DAESH, aux fanatiques de toutes extrêmes qui veulent

imposer (tient, c’est déjà un problème) le leur à tous ceux qui n’en sont pas et vous ouvrez la porte

grande au besoin de clés pour le leur remplacer. Croisée des chemins de notre évolution ou mystère

de la rencontre entre notre façon de vivre, ce qui est vécu entre nous et ce que l’on veut en faire en

commun, la photographie prise nous renvoie à notre réalité. Nous nous devons de trouver une

réponse que l’on doit à l’espèce dans son Odyssée de l’évolution. Et pour la donner, le projet n’est

constitué que de trois choses :

– définir le « nous » : tous les peuples, toutes les croyances, tout de suite ? Mais difficile d’exclure,

maintenant que le GPS localise la terre entière. Alors quel message en attendant ?

– définir le périmètre de ce « commun » : les valeurs acceptées et partagées, pas toutes tout de

suite ? Mais difficile de coopter des décalages horaires dans l’évolution. Alors quel message en

attendant ?

– définir la « gouvernance » : pour conduire la mise en œuvre et arbitrer les inévitables dérives. Mais

difficile de la confier compte tenu des enjeux et à qui répondant. Alors quel message en attendant ?

Parmi les messieurs de la Politique, de la Conscience, des Gouvernances, qui, d’ailleurs, bosse pour

forger ces valeurs à partager pour pouvoir s’y affilier, maintenant que Dieu est au chômage ou

presque ? C’est vrai que les croyances ont été de tous temps une source d’énergie incroyable pour

les Hommes. Alors puisqu’elles perdent leurs Mystères, puisqu’en quelque sorte la « machine à faire

des dieux* (Bergson) » est grippée, puisque le monde se rétréci jusqu’à mettre là-bas au pied de ma

porte, mais aussi ma porte si attrayante sous leur nez à eux, là-bas, il y a à ré enchanter le monde,

mais cette fois, avec des valeurs à échanger -un je suis Charlie repris dans le monde entier démontre

que c’est possible- , à digérer – la COP 21 même avec des résultats modestes montre qu’on peut

réfléchir à 121 et être d’accord déjà sur une intention!- , à changer pour en faire de bonnes pratiques

« communes »,- cela ne signifie pas nécessairement homogénéiser sans tenir compte de la bio –

diversité si opportune-, ré enchanter le monde avec un projet à partager : transmettre à nos enfants

un jardin plus beau et plus doux à vivre que celui dont nous avons hérité. Ne serait-ce pas,

finalement, cela qu’il fallait comprendre dans la promesse du Paradis ?

Quel Dieux qui sévit encore pourrait renier « Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas que l’on te

fasse » ? Au nom de quoi le pourrait-il ? Transformez donc les valeurs, de la République par exemple,

non pas en lois mais en bonnes pratiques, non pas en règles mais en codes de bon sens, non pas en

dogme politique mais en projet pour simplement transmettre à nos enfants les clés du bien vivre

mieux. Car, parmi les effets collatéraux à la résolution des énigmes, c’est fondamentalement la

liberté de pouvoir m’inventer un monde personnel, d’y fantasmer à mon aise qu’il est question et de

découvrir en même temps, l’intransigeante nécessité d’interagir avec les autres qui ont les mêmes

libertés que moi, sans aucune culpabilité de quelque nature, tant que leur réalité ne s’interpose à la

mienne dans le cadre de ces valeurs. Que pourrait-on partager avec une valeur comme ce «  Ne fais

pas aux autres ce que tu ne veux pas que l’on te fasse » ? :

– ne prends ni la vie, ni les biens, ni la liberté de l’autre. Universel, non ?

– respectes l’autre, l’environnement, la société dans tes droits et tes devoirs. Structurant, non ?

– contribues au développement de la société en échange équitable d’une jouissance de bien vivre ta

Vie. Rassurant, non ?

Que rajouter de plus pour fixer le cadre ? Un mot désuet pour en convenir : oserais-je « morale » ?

Des dix commandements prêtés à Dieu à la déclaration des droits de l’Homme, en passant par tous

les messages des livres sacrés de toutes les croyances, il me semble que le socle racine repose sur ces

trois piliers qui se sont imposés en repères clés pour la survie et le développement de la civilisation.

Ceux à partir desquels les Hommes se sont déterminés pour faire leur choix globalement en luttant

contre ceux qui ne les respectaient pas pour nous mener jusqu’ici dans l’Odyssée. Malgré les

vicissitudes, pas au même rythme, pas avec la même volonté, pas partout. C’est ce qui a généré les

différences d’aujourd’hui. Ne serait-il pas temps d’enlever toutes les couches de vernis qu’ils se sont

senti obligé de rajouter pour les mettre au goût du jour au risque avéré d’en cacher la substance ?

Alors, faut-il apprendre d’abord à DAESH ce que morale veut dire ? Et là, un grand moment de

solitude suspend les mots le temps du déclic : mais à beaucoup d’autres aussi ! Et si tous ceux qui se

réclament de Jéhovah, Mahomet, Jésus, Vishnou et tous ceux que je ne connais pas, se donnaient la

peine de faire converger ce qui est de leurs croyances dans les valeurs à partager, ils contribueraient

à consolider, à rendre visible et palpable, applicable, ce socle racine sur lequel repose l’évolution.

Libre à eux et leurs disciples de préserver leurs dogmes dès lors qu’ils arrêtent leurs croisades en

hégémonies doctrinales y compris ceux qui portent le mythe d’une croissance infinie et d’une

marche de l’évolution vers l’abondance puisque le pétrole et le charbon ne se sèment pas.

Alors, tous les enfants du monde, avec apprendre à lire, à écrire et à compter, pourraient apprendre

la Morale pour développer leur libre-arbitre et se forger autour de ces valeurs et non plus de

croyances dogmatiques sans issue. On commence avec la génération née en 2016. Le temps que les

parents, les éducateurs et les gouvernants dissolvent les vernis pour définir la « Morale commune »,

dans 20 ans, celle-là pèsera sur les comportements. Dans 40 ans, elle aura la bonne attitude quand

elle prendra les commandes et dans 60 ans le monde sera sur le chemin du paradis promis. Tous les

enfants du petit village fleuri de l’univers, tous, garçons et filles (Eh, vous, en décalage, les vôtres

aussi !) passent à 18 ans, en 2034 donc pour les premiers, leur ADAM (Accession à la Dignité d’Acteur

Moral), attestant à l’image d’un permis de conduire, qu’ils savent, qu’ils peuvent et qu’ils veulent

conduire leur Vie selon les valeurs universelles qui prévalent dans l’Odyssée. Il faut prévoir une

session de rattrapage et une de mise à niveau pour nous, nés avant.

Et pour que le monde soit plus doux à vivre, il est deux seules conditions :

– que l’argent redevienne un moyen et non un objectif,

– que ceux qui ne veulent pas jouer avec ces valeurs en importunant les autres, soient invités à aller

jouer ailleurs, car ils se mettent hors du jeu ! Et puisqu’ils croient à leur Vérité et qu’on leur y a

promis la Lune, mettons-les sur orbite, non pas au nom d’un dogme, mais simplement au nom des

valeurs qui font la survie de l’espèce depuis l’Origine.

Et, en réalité, ce sont elles qui ont traversé les apparences à gué.

– Mais comment identifier les apparences, Maître ?

– Quand tu me regardes, vois-tu aussi le fils de ma mère, Disciple !

– Mais comment savoir ce qu’est la réalité, Maître ?

– Attention, tu marches dedans, Disciple !

Gérard Leidinger

Posté le 12 janvier 2016
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