Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

Un des Sens est Indécence

Parmi tous les siens et en particuliers les cinq qui nous servent à capter le monde pour alimenter le sixième à le comprendre, le mot « sens » est de ceux si riches qui nous donnent le tournis dans nos échanges au point de pouvoir se méprendre jusqu’au non (sens). Et pour peu qu’on lui ajoute un adjectif, il sera interdit ou bon, voir près de chez vous !
Ce qui me préoccupe aujourd’hui, c’est celui que l’on cherche à lui donner pour qu’il fasse (sens) ou, dit sous une autre forme, pour qu’il donne du sens à ce que l’on fait. Appliqué à l’Entreprise dont les gourous éclairés conseillent d’y faire recours pour manager et être suivi, il me semble qu’il y ait une forme d’indécence appliqué à la Société qui innove dans tous les sens en accèlérant l’évolution sans savoir lui en donner un consensuel ou au moins implicite.

La fuite en avant avec un des sens… ou pas ?
C’est vrai que vu d’ici, frère Jacques aurait aimé dans son monastère, faire des copier-coller sur CD rom pour garder la mémoire ou démultiplier les accès aux connaissances au lieu de s’acharner sur les enluminures de ses manuscrits. Gutemberg en a fait une victime parmi bien d’autres mais combien de papetiers, d’imprimeurs et d’écrivains pour les occuper !
C’est vrai que vu d’ici, Roger Charpentier, bec de gaz de son état, n’a pas vu arriver le coup de jus d’Edison qui allait le priver de son emploi, comme le charbonnier, le mouleur de bec, le… un massacre ! Et la liste est longue, jusqu’aux chevaux rangés des quadrilles, cochers en tête et palefreniers et forgerons à suivre… dans le sillage du moteur à explosion monté sur la Ford T, mais combien d’ouvriers, de mecannos et de fournisseurs pour les occuper !
Et pour supporter tout ce chambardement du moderne « way of life », une course « politique » à un projet de société s’engage et ils se disputent l’avenir du monde, plein de promesses et de félicités. Vu d’ici, il en est trois principaux : l’épisode fasciste, relent désespérant et brutal d’une royauté omnipotente et veule, l’épisode communiste, le strict contraire de la royauté dans lequel, soi-disant, c’est le peuple le roi, et l’épisode libéral, où le peuple a gagné la bataille de la liberté, principalement celle de penser par lui-même pour se donner la possibilité de se forger un avenir qu’il se sera choisi. Les fascistes se sont dilués ou repliés et le communisme s’est effondré sauf dans quelques villages encombrés de vélléités : les premiers faute de projet crédible, les seconds sous trop de désillusions, les deux par manque de respect de la liberté.

Et voilà qu’à nouveau, une puce vient tout bousculer, qui plus est pas une vivante qui gratte, mais un minuscule morceau de silicium qui se connecte avec d’autres à l’aide de synapses ! Le Sahara tout entier qui se déverse sans ménagement et sans discrimination dans tout ce qui se meut, tout ce qui communique, tout ce qui consomme, tout ce qui interagit, pour tisser une toile ou un filet dont personne ne sait vraiment ce qu’il va en advenir mais où tout le monde s’empresse de poser sa pierre. La conquête de la Liberté étant acquise partout ou presque, sauf dans quelques petits villages extravagants qui résistent encore et toujours à l’épisode libéral, quel est donc le nouveau sens à donner à cette déferlante de puces, à toutes les innovations et métaphores qui l’accompagne ? En fait, qu’y a-t-il derrière ou après la liberté pour donner du sens à ce foisonnement ?

La fuite en avant avec indécence… ou pas ?
Fondé sur le besoin à satisfaire, l’épisode libéral piétine cependant depuis quelque temps sur la fabrication du besoin, puisque tout le monde ou presque a tout, sauf dans quelques petits villages impatients que l’on dévie encore et toujours de l’épisode libéral et qui se réfugient. Qui plus est, l’épisode a produit la paix pour tout le monde ou presque sauf…, et, de fait, il n’y a même plus un motif pour tout casser pour recréer du besoin ! Donald, n’oublies pas que le mur de Berlin est tombé de l’intérieur, pas de l’extérieur, alors, joues les gros bras, si tu veux, mais patientes : l’Iran et la Corée du Nord, y viendrons, avec Poutine nécessairement.

C’est vrai que vu d’ici, malgré tout, l’indécence est d’avoir fait reposer l’épisode libéral sur la combustion, et plus généralement sur l’exploitation des richesses naturelles non renouvelables. OK, on ne l’avait pas vu venir, comme quoi il y a quelques approximations dans la prospective, ce qui est rassurant d’ailleurs pour les prochaines. Mais maintenant que l’on sait et comme on est en panne de besoin, l’occasion est rêvée de changer de paradigme pour arrêter le massacre et ne pas nous rendre coupable d’avantage de l’hypothèque que nous creusons sur les générations futures. Mais quand on dit « Changer de paradigme », il ne s’agit pas de changer l’épisode en soi qui a fait ses preuves, mais « seulement » faire évoluer ou recentrer trois des fondamentaux sur lesquels il repose entre autres :
– Arrêter l’exploitation des richesses naturelles non renouvelables,
– Rééquilibrer socialement le partage des richesses produites,
– Et, justement, combler le déficit de projet d’après la conquête de la liberté individuelle.

En quoi et comment les innovations telles que l’intelligence artificielle, la biotechnologie ou encore les algorithmes Big Data, vont-ils ou contribueront-ils aux réponses à donner à ces trois « pieds » ? Sachant que, à priori et toujours d’après la prospective, ces innovations « dans tous les sens » vont en sacrifier un essentiel : l’emploi ! Jusqu’ici, l’épisode libéral a su donner un sens à la liberté : être utile à quelque chose ! Comment ne pas pressentir que dans le futur proche, nombreux serons-nous à rester sur la touche avec cet indéfinissable sentiment d’inutilité ! De quoi presque préférer l’exploitation !
Comment ne pas pressentir que dans ce même futur proche, plus nombreux encore serons-nous à rester sonnés sur le bord du chemin par la désillusion que ces artifices vont nous prêter le temps pour eux de se consolider pour nous renvoyer cet insupportable sentiment d’impuissance ! De quoi presque se garder le leurre !
Comment ne pas ressentir d’ailleurs, dès maintenant, qu’il est sans doute préférable devant la peur, de se calfeutrer dans nos privilèges, dans nos races, dans nos territoires, dans nos religions, dans nos partis : c’était tellement mieux avant, parce que prévisible ! De quoi presque oublier frère Jacques et Roger Charpentier !

Indécence
Dans les clameurs et invectives politiques, divers mouvements « illibéraux » ou pas d’ailleurs, n’ont de discours que celui de discréditer l’épisode libéral entier sans proposer des réponses pour l’avenir avec des modèles de rechange : être contre n’est pas une proposition de remplacement, ce n’est qu’un discours, de surcroît souvent intolérant qui ni permet ni ne facilite l’échange créatif. Et l’indécence « sublime » pour ces illébéraux, c’est que devant ces sentiments confus d’inutilité, d’impuissance et de nostalgie, issus d’un diagnostic objectivement consensuel sur les trois pieds, il en est qui résistent, à l’image de ceux qui devant le vent construisent des murs au lieu de moulins. Ceux-là trouvent toujours quelqu’un pour les aider sous prétexte de faire quelque chose plutôt que de tergiverser, ce qui, certes, peut avoir du sens. Mais l’indécence n’est pas d’aider à faire, mais de prétendre que monter un mur est une réponse. Alors illébéraux de tous bords, de toutes races, de tout territoire, de tout parti, de toute religion, usez donc de tous vos privilèges pour nous proposer cette réponse consensuelle aux trois pieds de notre prochaine évolution. Elle vient, de toutes les façons, comme toujours. Et il y a urgence à la donner cette réponse, même imparfaite comme l’ont été tous les moulins de l’Evolution, « au risque de voir la main invisible du Marché donner une réponse aveugle » comme dit Yuval Harari.

– que faut-il entendre par indécence, Maître ?
– l’absence de gêne pour ses propres actes, Disciple !
– mais alors pourquoi tant d’actes indécents, Maître ?
– parce que c’est le même cerveau qui les fabrique et les juge, Disciple ?

Gérard Leidinger

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