Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

L’IA nouveau moule à Leaders ?

A l’heure du télétravail qui le rétrécit, lui qui avait déjà perdu de son assise avec un faux-semblant d’antidote avec l'entreprise libérée, après bien d’autres suggestions d’ajustements, le voilà bien embarrassé devant l’invasion sournoise de l’Intelligence Artificielle dont on ne sait pas vraiment ce qu’elle va lui enlever de plus ou quoi y remplacer. Ce qui me préoccupe ici, n’est pas de répondre à cette question n'étant pas averti sur le sujet, mais de mettre en évidence, l’inquiétude qui me gagne à devoir constater que, comme pour ce qu’il en a été à l’arrivée des réseaux sociaux, on propose une solution à un problème que l’on n’avait pas, à un monde qui n’y est pas préparé, le laissant se débrouiller avec ses méfaits potentiels sur l’existant déjà hétéroclite en soi et son illusoire « progrès » promis mais pas lisible puisque dissocié d'une objective inconsistance. Qu’advient-il du management avec l’IA, mais, y en a-t-il besoin ?


Affreux constat de défiance
Ayant eu la chance d’avoir pu observer les apports ou les transformations que les différentes formulations pharmaceutiques de consultants illuminés ont pu apporter au management depuis les années du fordisme, je suis navré de constater que nous n’avons plus d’image saine, lisible et consensuelle pour le circonscrire, voire l’exercer. Les derniers coups de boutoir tels que celui du télétravail et de la montée en puissance de l’égocentrisme exacerbé par les réseaux sociaux irrésolus, mettent à mal un impalpable outil qui se délite ou se crispe pour les mêmes raisons que la société, elle-même, dans sa capacité de vivre sa collectivité. Que ce soit dans l’entreprise ou la collectivité civile, l’outil de pilotage est semblable si ce n’est la façon de l’installer qui impacte, malheureusement, son application, mais à ses dépens.
Dès lors que management interfère avec autorité, autonomie, hiérarchie, allant jusqu’à injustice, iniquité, liberté, en poussant un peu, voire égocentrisme puisque nous y sommes, il est fort à parier que les échanges ne puissent se terminer qu’en conflits : manifestations, grèves …

Affreux constat de carence
En prenant la diagonale de l’industrialisation, le management s’est épaissit d’une succession innommable de couches de certitudes empilées les unes sur les autres sans nécessairement prendre la peine de se dépouiller de ce qui ne fonctionnait pas, pas toujours, pas partout. A l’image des recettes des économistes qui prêchent leurs vérités selon la chapelle à laquelle ils se réfèrent, les gourous du management y vont de leurs dogmes selon leur obédience. En m’autorisant le choix de cette même diagonale, je ne peux m’empêcher de constater qu’il n’y a, en réalité, pas de « problème » de management mais cinq exigences structurelles négligées dans son exercice. Les problèmes ne sont en fait que les conséquences des carences dans leur traitement, quelle que soit l’obédience de référence. Encore faudrait-il qu’elles fassent ce consensus indispensable pour cerner, cette-fois, l’impact de l’IA. C’est pourquoi je me propose de les définir et dans l’ordre de préséance, ainsi :

1. L’utilité du management : n’en déplaise aux égocentriques et aux obsédés de l’autonomie, le tandem manageur/managé est construit sur le concept de responsabilité, dans son acceptation « utile » du processus de décision en collectivité : qui a autorité de décision sur quoi ? Quelle que soit la taille de cette collectivité, dès lors que l’échelle se décline sur plus de cinq niveaux, elle devient illisible et délétère. Corrigez votre organigramme au travers de l’échelle d’Opérateur à DG : Constat/Ajustement/Priorité/Objectif/Ambition, pour redonner corps à votre organisation du management. l’échelle est applicable aussi de Citoyen à Président de la République ! Si (voir mon livre en référence).

2. La répétabilité du management : n’en déplaise au chefaillon épidermique étroit, l’autorité de décision n’est pas un statut de droit divin, mais il est justement circonscrit par la construction de l’échelle d’utilité. Clairement, elle définit une « transformation », respective à chaque échelon et synthétisée par une action d’inflexion dans la décision, c’est-à-dire une modification, prédéfinie et non épidermique, à porter sur les informations du flux entrant. Cette transformation est nécessairement répétable pour ne pas hypothéquer le résultat en cas d’absence du titulaire. Oups !

3. L’interdépendance des options : n’en déplaise aux autonomistes libérés, en réalité, la décision est un choix entre plusieurs alternatives prédéterminées, sinon le processus est aléatoire et remet en question la capacité de tenir la promesse au Client. Elle doit donc reposer sur la disponibilité des constats et des critères de décision, préétablis eux-aussi, en fonction des impacts (conséquences) de ces alternatives sur les autres flux. C’est, à mon sens la carence principale de l’illisibilité du management dans les entreprises et les collectivités (Administration), faute de construction méthodologique.

4. La cadence des flux : n’en déplaise aux insoumis par nature, si vous voulez rencontrer quelqu’un, il est préférable de convenir d’un rendez-vous plutôt que de compter sur le hasard pour l’organiser. Pour que la décision soit pertinente, l’information doit être au rendez-vous prévu pour la prendre. Pour que les notes des différents instruments arrivent au moment opportun pour le morceau joué par l’orchestre, la grosse caisse donne la cadence. Toute organisation ne se soumettant pas à cette exigence, se gaspille en se mordant la queue.

5. L’enthousiasme collectif : n’en déplaise à la société et à l’opinion, malheureusement à contrario de la culture élitiste de l’école qui valorise les premiers sans qu’il ne leur soit demandé de se préoccuper des progrès des derniers, l’enthousiasme dépensé dans l’exercice du management est au service de la performance collective et non de la performance individuelle. L’optimum du bateau n’est pas la somme de l’optimum de chacun de ses rameurs. Toute organisation ne se soumettant pas à cette exigence se crée une discorde qui se mêle au système qui s’en tord Ainsi, les objectifs individuels n’ont de sens qu’au service de l’objectif commun, et la récompense individuelle y est assujettie. Re-Oups !

Alors qu’apporte l’IA ?
Ma diagonale va sûrement en heurter plus d’un et c’est tant mieux, non pas pour les désobliger mais pour leur suggérer modestement un moment de réflexion. Et celui-ci, non pas pour nous mettre en compétition, mais pour se préparer consensuellement à répondre à la question de l’impact de l’IA sur leur exercice : à chacune d’elle, il y a ou pas un champ d’impact à circonscrire. Plus le terrain de jeu est en friche d’exigence, plus la mise en application sera critique, plus il sera balisé, moins l’impact sera préjudiciable.
Véhiculée par ses pairs comme une révolution aussi puissante, voire plus, que celle de la vapeur ou du numérique, elle installe un risque de déstabilisation, lui, nécessairement plus « puissant » par l’immédiateté et l’accessibilité de son application, alors qu’il avait fallu le temps salutaire de l’appropriation aux précédentes pour le faire.
Je mets en exergue le champ d’application au management parce qu’il se délite au moment même où il est besoin de ses exigences pour organiser et circonscrire le « progrès » promis avec l’IA.

Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre bien

Posté le 31 mars 2024
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