Billets d'Humeur
Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse
Au jeu du miroir politique, entre élu et électeur, lequel est le Guignol ?
C’est en partageant des informations que Sapiens s’est donné les moyens de dominer la Nature pour la mettre à son service. Non pas que ces informations soient la description de la réalité véritable mais la compréhension des mécanismes qui la fabriquent. Il a eu recours à des notions subjectives pour les cerner telles que la peur, l’insatisfaisant et le plaisir. Avec ses découvertes et ses évolutions, il s’inventa les concepts intersubjectifs pour élargir son champ d’association de plus en plus large depuis le clan jusqu’au pays, voire de la communauté de pensée à la croyance en Dieux jusqu’à l’universalité de celle dans l’argent. Chemin faisant, bien des divisions de convictions subsistes malgré les connexions infinies possibles, pour cause les clivantes concessions irrésolues depuis l’âge de pierre. Les clivages politiques, d’ailleurs, nous servent encore les mêmes histoires comme si nous n’en avions rien appris, assidûment. Et il y en a pour tout le monde, élu comme électeur. Si, parce que l’un entretient nos divisions et l’autre en justifie sa vanité. Et réciproquement !
Les défauts communs des convictions rigides :
Maintenir la douloureuse exploitation des pauvres vaincus asservis par les riches vainqueurs autocrates, en échange d’un esclavage aménagé plus tard en contrepartie d’une subsistance insuffisante mais assurée, est sans doute plus fédérateur autour du sentiment de commisération qu’il déclenche opportunément dans l’histoire où d’aucun se reconnait, qu’une sanguinaire révolte meurtrière pas très aguichante au demeurant. Logique, dès lors, de prétendre à une révolte allégorique en manifestant bruyamment pour obtenir le partage par l’incantation moralisatrice offusquée. Et s’y raccrocher sans douter comme à un dû divin en vociférant jusqu’à s’éructer devant l’impuissance et l’étroitesse de la fédération de l’opinion divisée par répartition, en accentue l’inconsistance comme la rage.
Suggérer que le manque d’ambition confiante et une forme de résignation moutonnée dans l’assistanat, pourraient être à l’origine d’un processus, certes, plus exigeant, mais plus efficace à terme, que de compter sur la morale, serait en fait un acte d’autodestruction pour la course au pouvoir que le maintien de la division par la lutte des classes obsolète entretien chez les prétentieux insoumis.
Continuer à tricoter une chimère communiste effondrée en marge d’un égocentrisme ambiant en pensant que quelques herbes aromatiques d’une écologie frustrante, discréditée par toutes ses censures, suffiront à donner du goût à une vision sociale du monde, fédérée dans une histoire rafistolée de bric et de broc sur des fondements industrieux délocalisés quand ils n’ont pas été pillés (par l’extrême droite), tient de la gageure du spectacle de trop dans lequel le vieil acteur n’a pas vu, aveuglé par sa vanité, ses rides l’user et son talent dépassé par le temps.
Suggérer que le social n’est pas qu’une question de morale mais aussi de choix qui nécessairement induisent des renoncements qu’il est difficile d’opérer comme de justifier quand on ne partage pas les mêmes critères qui y ont conduit ni les mêmes aspirations de mieux qu’ils doivent préparer, tient de l’immaturité collégiale d’une mayonnaise ratée. Comment donc cet improbable attelage, si gauche, peut-il espérer conter une histoire fédératrice alors qu’elle se présente divisée comme une auberge espagnole dépareillée ?
Tout autant, l’arrogance de ces autres vieux artistes politiques de l’autre bord tut aussi fragmenté, freinant des deux pieds et de tout leur pharisaïsme pour ne pas être submergés de suite dans le formol d’où ils sortent au besoin de se rassurer sur leur propre légitimité désavouée, les références d’un autre temps et d’une autre trempe, affirme sans le moindre scrupule qu’il serait bon de poursuivre puisqu’on a toujours fait comme ça. Partout dans l’entreprise la phrase est bannie, mais eux, malgré les discrédits et les remises en cause comme les constats d’échecs factuels tels que le déficit public et « l’injustice » sociale, ils persistent avec nostalgie, à touiller une bouillabaisse castrée.
Suggérer que les équilibres ne sont pas le résultat d’un immobilisme mais celui d’un mouvement de balancier entre le trop et le pas assez dès lors que l’on accepte un facteur de régulation pour l’assurer au même titre que celui qui agit dans le Nature, sans morale ni pouvoir, serait tout aussi vain. Alors qu’il suffirait au libéralisme de s’inoculer cette humilité qui a fait ses preuves des milliards d’année durant pour nous mener à cette équité qui manque. Désolé, le marché n’est pas un régulateur sociétal, Monsieur Smith ! Mais ce serait se répudier et ravaler sa vanité, mal à droite avant de se noyer, oui, mais droit dans ses bottes, dans le fameux formol de la conservation, alors même, n’en déplaise aux aspirants, que ce n’est pourtant que la fin de chacune de nos histoires personnelles sans aucune exception de pauvre ni privilège de riche, là.
Il en est de plus malins, partiellement plus sages à en croire Lao-Tseu, qui ont opté pour une idéalisée voie du milieu dont le principe est de trier sur une étroite ligne de crête, les points de retour de ce balancier de l’équilibre près des trop ou des pas assez de droite libérale ou de gauche sociale. Noble aspiration mais piètre chemin, parce qu’étroit, taillé d’embûches et de chausse-trappes aiguisées, mais surtout, de tâtonnements dans la consolidation d’un objectif indéterminé dont l’esquisse se résume à l’image seule et bien insuffisante de cette voie du milieu : ni, ni où est-ce, en réalité et en même temps ? Elle en suggère visuellement comme un centre entendu, mais configuré à la corne de brume, donc, entre l’auberge espagnole et le on a toujours fait comme ça, dont on ne sait pas, en réalité, comment y trier à bon escient les pièces du puzzle pour construire cette image non esquissée où d’aucun ne peut donc pas se reconnaitre objectivement deux fois.
Suggérer que le chemin de crête choisi puisse conduire à un mieux consensuel esquissé, même à peaufiner en chemin, permettrait de poser les critères avec lesquels faire ce tri sage non pas en compromissions marchandées des choix mais en ajustements de ces critères pour les faire. Il apparait à cet endroit que ce serait, ici aussi, se mettre une balle dans le pied, levant les voiles du flou qui masque l’improbabilité d’y arriver comme un brouillard qui se lève, livre au regard ennemi, l’armée décimée qui s’accroche encore à ses illusions drapées du linceul flamboyant de sa suffisance : « Pff ! Vous n’avez rien compris ! »
Enfin, à l’autre extrémité de la table de la démocratie, oser encore exploiter la peur viscérale des submersions et la lutte séculaire des défenses de territoires pour attiser les braises d’un nationalisme stérile et dégénérant, c’est prétendre impunément que la marche de l’évolution s’est trompée tout au long de son parcours en façonnant les assemblages de plus en plus consistant autour de valeurs et processus leur permettant de rompre avec l’infernale instabilité historique : divisions et vanités de tristes mémoires. Se mettre en rupture avec le processus inéluctable que la mondialisation des connexions nous dicte à la fois par la finitude de notre petit jardin fragile dans l’univers et la fraternité indissociable des concessions que l’interdépendance des peuples qui l’habitent, ordonne dans ses défis séculaires comme inédits, il est pareillement suicidaire de penser, en dehors d’un appétit de pouvoir irresponsable et méprisant, de vouloir assoir un projet sur un repli sur soi irrémédiablement tragique.
Suggérer que ce chemin-là n’est pas un chemin d’ascension mais un talweg qui reconduit les pluies à la mer nourricière, serait admettre une marche à reculons dans les heures sombres de nos peurs et de nos déraisons, justement, irrésolues. Le pire, c’est que devant toutes ces contradictions ce sont nécessairement ces vieux démons qui nous rassemblent, nous, très souvent, masses de pleutres naturels, livrées en pâture à des ambitions personnelles outrancières ! Suivez mon regard qui en dit long sur le miroir de ces électeurs qui renvoie au délitement de la « civilisation » dont on lessive* au silicium ce qui lui a servi de cerveau.
Les relents irrésolus pour changer le script :
Dieu a fait l’Homme à son image, dit-il, et prétend avoir écrit les dix commandements de sa main, imposant de fait une universalité et une immuabilité incompatible avec l’évolution de l’espèce humaine au point de la scléroser, de nos jours encore, pour ceux qui n’acceptent pas de la faire évoluer parce que dieu ne le fait pas. Ancestral et odieux chantage à la parole divine pour prétendre à la Vérité : lisez bien la bible, l’esclavage y est donc toujours cautionné (Exode: 20/17), c’est dire l’irrésolution de l’ignorance et de la peur du rien après la mort ! Contrairement à la constitution des États-Unis, revendiquée, elle, écrite des mains de l’Homme, elle y a installé la mécanique de ses amendements pour pouvoir s’adapter avec l’évolution des temps et des connaissances sauf à la bafouer (*).
Quand donc les partis prendront-ils la peine d’amender leurs Vérités rigides pour ouvrir le champ des possibles, c‘est à dire, quand installeront-ils des systèmes d’autocorrection pour nourrir leurs connexions espérées et non pas clivées ? A l’heure du silicium, ils en sont encore au silex, à l’heure de la conquête de l’espace, ils en sont encore à la chasse au vote, nous maintenant, toujours naïfs, dans la cueillette aux promesses : « demain, on rase gratis* ! »
Ah, miroir quand tu nous tiens !
Et nous, indécrottables guignols pleutres (d’accord pas tous, non, pas vous !), de résonner à l’unisson des assistés au « donnez-nous notre pain quotidien », au lieu de, volontaires organisés (d’accord pas tous, si, vous !), raisonner assidûment sur le « allons, enfants de la patrie, le jour de faire est arrivé ! »
– Non, Renaud, il ne faut pas qu’on laisse béton !
Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre Bien