Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

Comment faire mieux pour tous en sobriété ?

Entre l’invective moralisatrice acharnée des militants de la décroissance et les invitations à donner envie de la transition plutôt que de la présenter comme un réquisitoire d’austérité peu engageant, je m’étais permis de renchérir l’envie par la leçon du changement qui ne s’enclenche que quand on le crédite. S’il apporte « mieux » que ce qui fait la qualité de sa vie, alors on change. Si on ne l’y perçoit pas, on ne change pas. Même, si la perspective est plus difficile, on s’accroche à l’insatisfaisant. C’est nous, sans doute, devant la décroissance. Dans ce scénario, on ne changera que contraint sauf à construire une croyance collective en ce « mieux ». Mais que peut-il être ?

« Un morceau de pain suffisait à la joie du paysan affamé au Moyen Age. Comment procurer de la joie à un ingénieur fatigué, surpayé et en surpoids ? » résumait Y. Harari pour nous interpeler sur ce qu’il advient de nous en ces temps troublants. Et avant même la lisibilité de l’incertitude environnementale et ses perspectives déstabilisantes, le système montrait des signes de faiblesses et de dérives inquiétantes alors même qu’il a su éradiquer les pandémies, les famines et les guerres, imparfaitement, j’en conviens. Quelle est la prochaine grande « cause » de l’Humanité ? Il y répond en citant et en argumentant : l’immortalité et le bonheur. Force, bien sûr, merci Monsieur Meadows et ses pairs du GiEC, est d’y rajouter la survie de la biodiversité en l’état, au moins, après les extinctions successives subies et récemment provoquées par le Bipède. En combinant les deux réflexions, le crédit du changement pour la transition écologique et le projet d’Humanité après avoir dominé, ou presque, les fléaux de la Vie, il me semble intéressant et utile de dessiner les contours de notre prochaine quête collective. Et pour peu qu’elle sache répondre aux causes des insatisfaisants restant des fléaux et aux erreurs ou aux fourberies qui ne veulent pas admettre les conséquences de notre mode de vie actuel, nous aurions de quoi nous enorgueillir de la reconnaissance des générations à venir, nous créditant de la lucidité et de la sagesse d’avoir su élever nos consciences jusqu’à vouloir et avoir su changer nos appétits ancestraux.

ne pas se tromper d’objectif
Le chantier est trop vaste pour vouloir tout traiter en même temps, car à « trop embrasser mal étreint » ! Pour nous en sortir, la matrice de l’urgence et de l’importance nous est d’une essentielle utilité pour faire le tri à condition, déjà, d’admettre qu’elles ne sont pas les mêmes partout sur la planète. Si la forêt amazonienne brûle, ce n’est pas seulement à cause de la spéculation et de la cupidité, c’est aussi à cause des restes des fléaux qu’il faut encore y traiter. Là, par exemple, l’urgence est la réponse à l’accès à l’énergie et à la subsistance d’une autre façon que l’élevage qu’on veut y installer contre nature mais pour y vivre mieux. Et se pose la question de la répartition de l’Évolution : faut-il répondre avec Mac Do partout sur la planète ou faut-il laisser les Cultures faire leur chemin sur une autre base que la possession et l’argent ? Ainsi, l’immortalité n’est ni urgente, ni importante puisque, par définition, contre nature également, et fondée sur de détestables ambitions : il n’y a déjà plus de sens dans la vie sans Dieu, mal remplacé par l’argent vu le nombre de suicides chez les nantis, comment imaginer l’insoluble dilemme d’un Napoléon, toujours vivant, discutant de son empire déchu avec un De Gaulle encore agacé de sa dépréciation stratégique ! Et où mettons-nous tout le monde alors que les progrès de l’hygiène et des médicaments ont prolongé la durée de vie sans modifier les gènes initiaux. Projeter une telle ambition absurde et égoïste procède de la folie furieuse s’il n’y a pas de réponse à ma question : l’immortalité ça sert à quoi ? Comme l’augmentation du PIB, la course effrénée à l’argent et à la notoriété, ne semblent pas savoir répondre à la question « la vie ça sert à quoi ? », force est de constater qu’ils ne savent pas nous rendre plus heureux. Voilà sans doute l’important auquel devoir nous attabler, puisque, là aussi, il semble que nous ayons suivi un chemin sans issue car toujours insatisfaisant : les appétits se gonflent au fur et à mesure que les conditions s’améliorent et qu’ils sont satisfaits ! Ce qui veut dire que satisfaire les appétits n’est pas la clé du bonheur.
Non, le bonheur ne s’achète pas ?
Nous sommes ainsi, par dépit, passés de la poursuite du bonheur au droit au bonheur, gâtés par l’élimination des fléaux ancestraux. Nous sommes passés de l’emprise, dans son intérêt, de la Nation sur l’individu à la recherche de l’emprise, dans son intérêt, de l’individu sur la Nation au nom d’une illusoire liberté. Sauf que si le droit de l’individu à être heureux est naturel, le bonheur est tellement personnel qu’on ne peut attendre de la Nation de devoir y répondre, contrairement à l’exigence fallacieuse d’une opinion gâtée. Certes, installer les conditions de faisabilité pour le plus grand nombre est une attente raisonnable de la collectivité pour qu’elle en justifie leur adhésion, pour peu que l’individu sache se raisonner sur ce que le bonheur est réellement pour lui : une fois qu’il a admis le respect de l’autre et que la course effrénée à l’argent et à la notoriété n’y mène pas. Mais ce n’est pas gagné : alors glissez-y, de surcroît, la sobriété ! Le début de la raison consiste, me semble-t-il, à observer comment nos sensations de plaisir ne cessent de naître et de mourir aussi vite qu’ils nous gardent en appétit, jusqu’à en croire Bouddha affirmant que la racine même de nos souffrances est cette quête insatiable des sensations agréables. Et comme la Nature est bien faite, c’est l’alternance même du désir et de la satisfaction qui maintient en vie : s’il n’y avait pas de plaisir dans l’accouplement on n’y reviendrait pas pour assurer la reproduction et de même pour les efforts à faire pour manger et survivre. Le « travail » est donc de rechercher des vivres et des partenaires ! Sans le plaisir que l’on y trouve, on ne nous y reprendrait pas ! Ainsi, vouloir abroger le travail, c’est faire une erreur de sens.
Nous sommes donc soumis à deux maîtres : la peine et le plaisir. C’est en s’adaptant aux deux, indissociables et non rivaux, que nous pourrons construire notre bonheur quand enfin on aura admis que le plaisir est une histoire de chimie provoquant les sensations corporelles agréables mais, par nécessité, éphémères. Dès lors, si elles apparaissent aussi vite qu’elles disparaissent à quoi bon les poursuivre insatiablement quand elles son futiles ? ça c’est bon pour la sobriété. Et c’est là que se rejoignent les circonstances pour dessiner les contours de notre prochaine quête collective d’Humanité. Ce qui pourrait donc orienter le contour de notre dessein serait la « capacité » de pouvoir y subvenir utilement (contentement, sérénité, collectivité), générateur de satisfaction, et non vainement (possession, notoriété, pouvoirs), générateur de souffrances. Le contentement et l’acceptation de la difficulté, différente de la pénibilité qui nous a amenés à savoir nous outiller pour nous l’éviter, vont nécessairement modifier notre projet sociétal. J’invite donc toute l’énergie dont nous sommes porteurs, à se pencher sur la définition de ce qu’est ce bonheur dans la sobriété et, sans doute, la « décroissance » pour utiliser le nom donné au changement de système auquel la nature nous invite à procéder. Ainsi, si la course aux vêtements vous donne du plaisir, dessinez-vous l’alternative en sobriété qui la compensera, puisque vaine. Pareillement pour la viande, la possession et tout ce qui, vain, nuit à la préservation du Milieu. Nous nous sommes fait la preuve que les seules réalisations matérielles ne nous comblent pas longtemps. Mieux sera donc dans l’utilisation de notre capacité d’abstraction qui nous a permis de concevoir les croyances. Donc croyons au bonheur fait de peine et de plaisir sobres.
Mais, je ne suivrais pas Monsieur Harari dans sa projection de voir l’Humanité vouloir prendre la place de Dieu lui-même en « manipulant » son état naturel d’Homme. Je ne m’y résous pas, simplement parce que le Bipède serait assez sot de le façonner, à son tour, à son image. Et ce n’est pas une bonne idée parce qu’il ne sait pas être raisonnable, à l’image de Dieu, lui-même, de l’avoir tenté, n’est-ce pas Eve ?

le disciple
– En réalité, la Terre c’est quoi exactement, Maître ?
– C’est un caillou mouillé qui flotte dans l’espace et qui porte le miracle de la Vie, Disciple !
– Mais pourquoi la Vie est-elle un miracle, Maître ?
– Parce qu’à ce que l’on sait vraiment, il n’y a aucune autre raison que le hasard des circonstances pour qu’elle soit née là comme ça, Disciple ?

Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre Bien

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