Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

Croire n’est pas faire : Avis aux égarés !

Au risque de ne pas être dans le ton convenu de la peine de nombreux croyants qui viennent de perdre leur guide spirituel, je me permets de constater que je n’ai pas besoin de croire aux antibiotiques pour qu’ils remplissent la fonction pour laquelle le médecin me les a prescrits. Il me semble que malgré la conviction et l’ardeur mises dans les prières à n’importe lequel de ces dieux dans lesquels Sapiens remet son âme pour gagner une vie meilleure comme une guerre, ce sont ses tactiques et sa puissance de feu qui lui ont toujours donné la victoire. Aucune prière ne tue l’un de ses adversaires : c’est une flèche, une balle, une bombe tirées par un Homme qui fait le boulot ! Certes, c’est grâce à la capacité de se construire des fictions telles que les nations, la monnaie, les dieux, que Sapiens est devenu ce qu’il est, parce ce sont elles qui lui ont permis de s’organiser en société autour de croyances communes. Il les a inventées pour le servir, et à son grand damne, il va jusqu’à sacrifier sa vie pour les servir. Est-ce qu’il est sérieux ou s’est-il égaré?


Pas de procès inutile et stérile
Il n’est, bien entendu ici, pas question de remettre en cause quelle que religion que ce soit, pas davantage de dénigrer la foi de quiconque en la divinité de son choix. Encore moins utiliser l’émotion soulevée par le décès du pape qui s’impose à mon propos préalable, et donc ne le détourne pas en soi, ce qui me permet de le maintenir sans manque de respect. Ce qui m’interpelle, en réalité, dans les croyances, c’est l’immobilisme et le recours à une Vérité aussi définitive qu’universelle auxquelles elles se réfèrent pour s’assoir ou pour conduire Sapiens dans sa quête d’une vie terrestre meilleure, alors qu’elles lui imposent, soi-disant, des sacrifices ici-bas pour un meilleur dans l’au-delà ! Cela me pose problème et cela pour trois raisons :
– Il faut un recours à une entité invisible, impalpable et surnaturelle pour « authentifier » en quelque sorte le caractère « supérieur » revendiqué par cette Vérité. Et il n’y a aucune preuve matérielle pour l’attester : qui a vu l’au-delà ? Quelle est donc réellement cette « faute » (contre quoi ?) à expier ? A quoi ça sert alors de passer par la case Terre, le vivant en vrai, si c’est pour après, la béatitude de l’éternité ? La seule réalité est le vivant.
– La Vérité a eu besoin de se matérialiser par des Écritures « choisies » parmi d’autres par des humains – aucune preuve non plus que ce soit cette entité divine qui les ait écrites- pour constituer un référentiel propre qui est censé être infaillible et répondre à toutes les questions existentialistes dont nombre de réponses ont été pourtant « démenties » depuis ou au moins contestées par la Connaissance voire leur obsolescence dans l’Évolution.
– Pour rester crédible malgré les faits, on aurait pu penser que l‘interprétation nécessaire par les Hommes pour leur application puisse faire évoluer le dogme pour répondre aux « progrès » de l’Humanité, mais à l’image des efforts du pauvre François qui voulait ouvrir les chaînes, la Vérité est restée crispée. Encore. L’infaillibilité est un leurre que la Nature elle-même dément. C’est elle, illusoire et incontrôlable aliénation, qui discrédite la fiction. Le problème, c’est que cela gangrène toutes les autres et que le problème va se poser dans l’IA, avec encore plus d’acuité (dépassés par l’entité de silicium) et toujours sans garde-fou.

La fiction de l’État, une aide opportune
Autre fiction, issue des rapports de forces des bras séculiers qui ont combattus en priant à tout va pour attirer les grâces divines de leur côté, la Nation, le pays France, par exemple, permet à un certain nombre des habitants d’une région du monde, délimitée, définie et reconnue par les autres, de se rassembler dans une entité fictive dans laquelle ils partagent et se reconnaissent dans le même récit ou presque auquel ils croient. Installées sur les mêmes types d’héritages et les mêmes types de symboles (drapeau, hymne, etc…). ils font nation au travers de valeurs, de règles et de coutumes dans un patchwork subtil et hasardeux d’habitudes, de pratiques locales issues des terroirs, de récits tribaux et de brassages claniques.
Leur organisation s’appuie sur ces croyances qui cimentent l’agglomération, mais très vite de par le nombre des adhérents, les exigences matérielles demandent à convenir, décider, respecter et faire respecter, soit installer une autorité de référence, de l‘entité fictive :
– pour représenter la collectivité auprès des autres et, qu’en interne, chacun puisse avoir le sentiment de pouvoir parler à tous en parlant à l’élu, d’avoir ainsi, le sentiment de reconnaissance de membre de la communauté,
– pour animer et assurer ce qui à été convenu, de façon à ce que chacun ait le sentiment que le projet collectif est conduit, qu’il est pérenne et prometteur,
– pour faire respecter par chacun sa contribution à la jouissance de la collectivité et éviter que des intrigants ne respectent pas les règles, en cas de besoin.
– pour apprendre de ce qui ne fonctionne pas et faire évoluer le projet autant que de besoin.

Ainsi, la croyance en la fiction qu’est l’État, s’est matérialisée en un réseau de coopérations humaines installé peu ou prou sur des critères de jugement plus ou moins communs et plus ou moins critiques. C’est là, sans doute, l’un des aspects les plus sensibles de la jouissance collective car le niveau d’exigence et de priorité qui y sont associés ne sont ni homogènes ni repérés, ni surtout consensuels. Dans l’individualisme grandissant, il est peu de cas de résolution des écueils qui viennent perturber le bel ordonnancement crédule de la nation s’il n’y a pas une réflexion d’ajustement sur cet aspect des repères. La croyance comme les prières ne sera d’aucun effet, seul des « antibiotiques » seront efficaces si ciblés.
Mais personne n’y travaille !

La fiction de l’État, un joug inacceptable
Ce qu’il y a de détestable dans la fiction de l’État, c’est l’indicible dérive du service qu’il rendait au citoyen à ses tout débuts, à celui que le citoyen doit lui rendre maintenant à merci. Les débats sur le budget, la représentation disparate et la course politique au pouvoir décrivent un inacceptable usage de la représentation pour imposer un pouvoir pour un dieu devenu argent moins exigeant mais plus cynique. A croire donc que l’intérêt des appétits n’est plus la fierté de la représentation, mais l’autorité qui peut s’y développer. On n’y parle plus que des impôts à devoir lever encore pour combler des déficits que le peuple n’a pas engendrer et de ministres qui le prennent à témoin pour préparer les esprits chagrins à une nouvelle mauvaise digestion : quid des économies à faire, des improbabilités à ravaler, des illusions à détricoter, des fausses promesses à tenir dans l’absurdité et des obsolescences à digérer puisque rien n’est immuable dans la nature ? Si, là aussi, le dogme étatique ne sait pas accepter qu’il n’est pas infaillible, il finit nécessairement lui-aussi par n’être qu’une inefficace fiction dont on priera avec ferveur, mais en vain, l’espérance de ses bontés. Mais, inévitablement, un bras séculier réimposera le joug au citoyen, le sacrifiant, comme toujours, à la fiction de l’État, plutôt du pouvoir qu’il s’y sera taillé. Vous voulez des noms ? Regardez autour de nous. Dites-moi ce qui me contredit !

En réalité, pour pouvoir agir et non espérer une aussi sordide destinée, ne serait-il pas plus concrètement opportun de se poser la question, là où l’on souffre, avec quels critères apprécie-t-on l’efficience d’une entité imaginaire ? L’éducation nationale, au classement PISA ou à la capacité de communication et de discernement des élèves, voire de leur enthousiasme à apprendre ? La promesse politique, à obtenir une majorité le temps de l’élection pour plonger son monde dans la déception ou la construction de l’engagement de contribuer à la qualité d’une vie collective meilleure ici ? Avec la pratique de se référer à Dieu depuis des millénaires, ne nous sommes-nous pas égarés ? Prier, en faits, c’est compter sur quelqu’un d’autre aussi providentiel qu’improbable, pour qu’il réalise notre espérance : croire, n’est pas faire.

Et dire que l’on nous prépare une fois encore à replonger dans les mêmes fictions et nous d’y espérer. Encore ! Et avec ferveur…

– Citoyen, crois en Dieu si tu veux, mais attache ton chameau d’abord (proverbe arabe)
– Oui, mais à quelle branche ?

Merci François pour ta conviction, pardon pour ma suspicion.

Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre Bien

Posté le 23 avril 2025
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