Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

D. Hardy et E. Laurel dans retour sans futur !

Laurel et Hardy

Devant le spectacle affligeant de grossiers personnages démocratiquement élus par un peuple aux abois de trajectoire glorieuse passée, j’ai du mal à ne pas penser, dépité, à cette histoire de Dieu qui convoque sa secrétaire et lui demande de relire un peu tout ce qu’il a déjà fait, histoire de faire un petit état des lieux avant de poursuivre. Arrivée au chapitre du sixième jour, Dieu l’interrompit et lui fit corriger le point qu’elle avait mis dans la tournure de l’une de ses phrases sur l’argile. Elle le gomma. Et la Terre disparut instantanément de l’univers. Notez que corriger la faute de frappe n’a eu aucune incidence sur le bel ordonnancement de l’univers. Comme, il m’apparait que corriger la faute de goût de ces agités temporaires autocratiques ne perturbera en rien le bel ordonnancement de l’universalité en marche chaotique et dans la diversité, certes, mais comme depuis les premiers pas de l’Évolution .
Dans ma prise de recul pour me rasséréner de ces outrances, j’ai sans doute dû faire un pas de trop et suis tombé dans le vide au bout de l’horizon me cognant à un satellite qui m’a heureusement remis les pieds sur Terre plutôt que de me laisser tourner en orbite selon Audiard. Mais vous m’accorderez qu’avec un tandem de clowns de cet acabit dans le cockpit du plus puissant pays du monde, on puisse être dubitatifs. Quoique !


Le vertige de la trajectoire chaotique
Il est raisonnable de penser que dans quelques millénaires, des archéologues aussi passionnés que ceux d’aujourd’hui mais outillés de processus intelligents tels que des lasers holographiques, scrutent à leurs tours nos sédiments et nos vestiges pour étayer leur compréhension de ce qui nous aura subsisté : des maillons de plus dans la même trajectoire sans doute de ce que nous avions pu extraire de ce à quoi nous avions eu accès. Nous avions extrapolé que l’humanité s’était émancipée du monde animal d’où elle venait, grâce à une faculté physique qu’elle s’était donnée avec le langage. Communiquer avec des mots adossés à des objets d’abord puis à des abstractions ensuite, l’ont engagée dans le processus que nous avons baptisée Évolution compte tenu de l’emprise que ses progrès lui ont permis d’avoir sur son environnement depuis 300 000 ans. A l’appui des histoires inventées auxquelles elle a pu croire, elle s’est assujettie à des dieux pour écrire la sienne apparemment cohérente au travers de celle du vivant sur les 4,5 milliards d’années jusqu’à celle du big bang qui a complété celle initiée par Darwin qui avait tout démonté, même s’il subsiste des ombres et des doutes sur des pourquoi et des comment, faute de traces informatives encore à découvrir.

Au détour de s’inventer la roue pour lui faciliter la vie, elle s’inventa l’écriture pour épauler sa mémoire et tracer ce qu’elle pouvait produire pour prouver la légitimité de sa propriété. Avec l’information qui devenait disponible matériellement sans la mémoire ni la parole, vint naturellement l’imprimerie pour démultiplier la connaissance et l’érudition. Définitivement une sorte de trajectoire du progrès humain était tracée grossièrement, même si l’ignorance et la veulerie soufflaient toujours convoitises et soifs de pouvoirs sanglants, aux plus frustres et aux plus ambitieux. L’érudition aidant, la connaissance vint troubler les mythes et, libérée du carcan biblique obsolète, l’humanité s’est engouffrée dans la science précipitamment obtenant plus rapidement des résultats mesurables sur les maladies que les saintes prières, au grand damne du clergé discrédité et piteux. Pomper l’eau des mines permit le transport ferroviaire et la démultiplication de l’énergie fossile conduisit à la réduction de la famine et à la prolifération de l’espèce qui mourrait, certes toujours, mais plus tard. La puissance développa les atrocités et les exactions, les solidarités mondiales. La mécanique évolutionniste battait son plein raisonné jusqu’à ce que les appétits spéculatifs reprirent les commandes en se rendant compte que les guerres n’étaient plus profitables parce que les métaux rares difficiles à emporter et les esclaves plus chers à entretenir que les machines. Qu’à cela ne tienne, l’Évolution s’inventa l’informatique, qui n’avait plus besoin de papier, mais surtout rendait l’information disponible sur toute la planète en même temps ! L’emprise de l’évolution entre ombres et lumières, disais-je !

De ce raccourci sélectif, il ne faut retenir que le constat que l’évolution tient son orientation dans la maîtrise de l’information. Or, l’informatique permet sa centralisation au détriment de sa liberté d’émission alors que l’impression permettait sa liberté d’expression mais rendait difficile sa centralisation, son contrôle. Ce qui est nouveau dans sa capacité d’émission, c’est la facilité et la puissance de diffuser de fausses informations, noyant la réalité par leur abondance au risque d’asservir la vérité aux pouvoirs et à leurs conquêtes. Même, s’il elles ont toujours existé, la puissance et la crédibilité de l’information contre-faites, doublées de la crédulité liée à l’ignorance aujourd’hui, paresse, nous dévient potentiellement de la trajectoire d’Évolution initiale si la régulation correctrice inévitable tarde. C’est la raison pour laquelle les deux clowns m’inquiètent puisqu’ils en font justement commerce et outil de pouvoir, armes des despotes qui jonchent le parcours. Mais c’est peu probable que cela ne dure, compte tenu des impacts que la déstabilisation amorcée provoquera sur la paresse, apanage de la mondialisation de l’information instantanée.

Une autre forme de guerre est née
Je ne sais pas si clowns est un sobriquet qui ne leur est pas trop flatteur parce que souriant alors qu’ils sont, eux, sordides, mais Donald Hardy et Elon Laurel, me semblent les parfaits gros et petit de service dans les rôles du tandem de l’ahuri et de l’abruti, et réciproquement, pour le scénario autocratique et veule qu’ils commencent à réécrire. Oui, ils sont momentanément cautionnés par un peuple déboussolé, mais le temps seulement d’éclosion de l’inévitable désillusion, tapie dans leur affirmation trompeuse et illusoire, ceci, depuis les premiers pas de l’Humanité en émancipation, de pouvoir prendre des vessies pour des lanternes et d’y croire.

Même si je sais que bien mal acquis ne profite jamais et que donc le spectacle finira, dans tous les cas, sous les tomates et les huées, les dégâts structurels des effets collatéraux qui risquent de nécroser les acquis, voire de faire des émules mal intentionnés, ne vont pas être sans conséquences durables sur nos incertitudes et nos déraisons. Leur élection soulève quelques défiances qu’il me démange de mettre à la question pour purger mon angoisse :

1. La disponibilité de l’information au peuple le dispense-t-elle de réfléchir ?
A en croire Google l’attention se résorbe au bout de 9 secondes. Ce qui explique pourquoi le peuple se gave d’images et de slogans si brefs et que ça ne le conduit nullement à la connaissance mais à un ramassis d’informations plus ou moins hétéroclite et addictif pour ce qu’il est capable de trier et de mémoriser, et encore, en fonction de la perversité qu’elle contient à en juger les like des buzz ! Ce qui explique que le scénario des Laurel et Hardy « trumpmuskien » s’écrive en invectives outrancières indépendamment de tout souci d’authenticité, puisque l’objectif est la connexion (9 secondes) non pas la réflexion (trop long !). Avec l’IA qui s’y mêle pour proposer de penser mieux par procuration algorithmique, il est fort à parier que l’on soit invité à ne plus ni penser ni réfléchir du tout et, paresseux, en être consentants.
– On pense pour vous.
– Bien ?
– Mais, évidemment !
Donc, bienvenue aux électeurs à l’encéphalogramme artificiel aplani ! Courage aux rebelles naturels !

2. La conviction d’avoir raison justifie-t-elle la brutalité de l’autocratie ?
Dans sa célèbre invective, « tout le programme, rien que le programme », Mélenchon avait annoncé fièrement cette brutalité de la conviction d’avoir raison au nom même, péromptoire et unilatéral, de la sienne. Rien ne porte en soi la vérité que la Bible avait du s’invoquer elle-même comme divine, jamais prouvée d’ailleurs, pour justifier sa Vérité absolue. Autant dire que tout ce qui est pensé par l’Homme n’est que pensée, donc jamais ou si peu, réalité, moins encore Vérité. L’affirmation d’une conviction non démontrée matériellement par la science est donc une réelle supercherie qui ne peut convaincre que les croyants à l’histoire ou les irréfléchis soumis, contrairement à leur identité de ralliement.
Elle est donc suffisante, en soi, quand il n’y a plus d’alternative à laquelle se raccrocher ou qu’elle est trop molle pour induire le sursaut d’appui du fond de la piscine. Alors, quand la masse du miroir électoral s’assemble parce que l’outrance de l’histoire interpelle la rage et le désespoir de ne pas pouvoir perdre plus, en même temps que de rompre avec les codes régulateurs qui ont fait la preuve de leur sainte inefficacité, qu’à cela ne tienne, vas-y pour le coup de pied aveugle dans la fourmilière ! On aura au moins la satisfaction d’avoir fait bouger la trajectoire : la brutalité ne donne pas raison à la conviction, mais la force nécessaire à un changement.

3. Quand on a cru à un paradis biblique pour après la mort, doit-on s’offusquer ?
Juste avant sa mort, le cheik arabe se convertit à la chrétienté devant l’insistance convaincante du moine franciscain devenu son ami avec le temps. Innocent, devant les portes de Saint Pierre, il est accueilli au paradis, invité à profiter de la sérénité et de la vacuité éternelle, promises. S’y ennuyant finalement fermement comme un rat mort, notre cheik demande à Saint Pierre s’il peut aller faire un tour pour voir ce que c’est cet enfer dont son ami lui avait parlé. Bien sûr, c’est prévu dans le « all inclusive », mais ne rate pas le bateau de retour. Surprise : ambiance festive, musique déhanchée, vapeurs d’alcool et griserie, tout ce qu’il faut pour un séjour de rêve. Presqu’à contre cœur, il reprend le bateau à l’heure, pour une vacuité sereine, certes, mais quand même fermement ennuyeuse. Même en serrant les dents de la raison, n’y tenant plus, il retourne finalement chez saint Pierre et lui demande un autre séjour en enfer. Possible, lui rétorque celui-ci, mais il faut choisir entre ici ou là-bas. Après une brève hésitation, le cheik choisit là-bas. Surprise : ambiance surchauffée mais d’une chaudière de tanker, musique tonitruante du choc sourd des pistons endiablés, coupes de pelles à charbon visqueux et vapeurs d’huile rances pour la griserie, que du festif dévoyé, bridé sous le joug des damnés. Furieux il va réclamer auprès du diable en éructant toute sa colère de ne pouvoir, acculé, prendre appui au fond de la « piscine ». Imperturbable et froid, le diable lui répond d’un sinistre :
– cher ami, il ne faut pas confondre tourisme et immigration !

Il y a dans cette histoire bien plus que la boutade, bien sûr, mais essentiellement le fait de la propension de l’homme à prendre ses désirs pour des réalités, dit autrement, des vessies pour des lanternes (!). Des fois, cela a marché et ce sont devenu des découvertes et des fois, non, et ce sont devenu des désastres tels que la religion, la propriété ou le pouvoir. Alors, il n’y a personne à blâmer pour les croyances auxquels d’aucun s’accroche, elles ont fait ce que nous sommes devenus avec les victoires et les échecs de l’Évolution dans sa diversité. Et il en sera ainsi parce que c’est l’essence même de la vie, fruit du hasard et des nécessités, jamais d’une destination. Il n’y a pas de chemin tracé pour nous conduire au poteau d’arrivée où il serait écrit : c’est ici, vous êtes arrivés. Ce n’est pas ce que l’école nous a appris, trompeusement, pour permettre d’entretenir les naïfs mythes ancestraux, clairement démasqués depuis, mais entretenus pour un escient irrésolu plus propice aux illusions fédératives et juteuses !

J’entends, donc, dans le sketch de nos nouveaux Laurel et Hardy, le message de devoir penser enfin à un traitement de notre propension et de résoudre l’escient en commençant par accepter qu’après la mort, il n’y a simplement plus rien et que le paradis c’est ici et maintenant, là où on marche dessus (ou dedans, selon). A nous à le soigner. Que la propriété n’est pas une réalité, mais n’est qu’une location le temps de notre existence dont on n’emporte rien et que le pouvoir n’est qu’une délégation de confiance pour simplifier l’échange des informations nécessaires à l’organisation de la collectivité pour ne pas se marcher sur les pieds et s’entre aider parce qu’à plusieurs on va plus loin, Donald ! Enfin, que la possession et l’amas n’est qu’un artifice mensonger parce qu’aucun fruit de la nature, entassé, ne se bonifie, pire, ne pourrit pas. Pervers, le fruit du travail que l’homme s’est inventé, l’argent, amassé ne se valorise que virtuellement et que parce qu’il y croit, mais le pourrit assurément, lui, humainement bel et bien.

Sauf à démentir les calculs des astronomes qui évoquent que le soleil puisse s’éteindre d’épuisement, il en est et sera ainsi. Mais, ce jour-là les archéologues du futur qui auront démontré la continuité des tâtonnements dans l’Évolution, bien après les clowns, penseront à la secrétaire et lui demanderons :
– Mademoiselle, prêtez-moi votre gomme !

Même l’éternité aura été une fiction née de celle de l’impatience d’attendre de voir simplement la fin de cette combinaison hasardeuse de l’étincelle d’énergie qui donna naissance à la Vie !
Le reste est vessies ou lanternes…

Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre Bien

Posté le 1 mars 2025
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