Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

Fragments Osés N°4 : Le Plaisir d’Exister Déconsommé : Possible ?

Comme évoqué dans le fragment osé N°3 de la recyclabilité de nos réponses aux besoins, le plaisir est l’une des deux données, au même titre que son contraire la souffrance, qui conduit toutes les espèces vivantes. Lui, impulse plus ou moins directement le comportement en soufflant le « reviens-y », alors que tout le contraire pour la souffrance ! Si donc, d’aucun veut modifier les attitudes et les dogmes qui les induisent de notre monde absurde du point de vue du sens et suicidaire de celui de la biodiversité, force est de reconsidérer le plaisir que l’on trouve dans notre mode de vie actuel si on veut éviter la souffrance dans laquelle il nous conduit si on ne l’infléchit pas. Et si ce n’était qu’une question de tri pas de renoncement !


Au nom de l’immoralité derrière la morale apparente
En balayant la Pyramide de Maslow, on organise en quelque sorte la lecture du plaisir que l’on recherche, ce petit goût subtil et naturel de reviens-y que j’évoque. On y distingue cependant, et à chaque échelon, une dualité inséparable entre besoin, ce que l’on qualifiera de dicté par le corps, et envie, dicté par l’esprit. On m’accordera cette distinction, sommaire j’en conviens, non pas pour les opposer mais pour donner du sens à l’intensité du manque qui les déclenche au regard de leur contribution à la survie qu’ils cherchent à satisfaire. Ainsi, boire de l’eau étanchera la soif et le corps pourra s’en contenter. Boire la même eau le jour de son mariage, provoquera une frustration de l’esprit plus envieux de champagne pour la symbolique de l’occasion. Et il en est ainsi sur les cinq échelons de la pyramide dont on peut extraire les immoralités derrière les rites, dits moraux, qui entretiennent notre absurdité :

1. L’immoralité de la différence d’accès : réglons l’immoralité des moyens tout de suite, pour ceux qui veulent brandir la drapeau de l’injustice sociale. Je n’en disconviens pas mais elle est faussée par une projection politique et culturelle, car elle est du même ressort que l’injustice du gros, petit et boutonneux à côté du Blond de Gad Elmaleh. Les circonstances, les hasards et les héritages qui produisent les différences, ne sont injustices qu’au regard d’un point de vue. La seule « bonne réponse » à cette immoralité est de la transcender pour se réadapter au lieu de se révolter. La leçon de Marc Aurèle s’impose ici. Ce qui ne signifie nullement à un quelconque renoncement ou à une quelconque exaction de compensation, mais à un choix à opérer dans le plaisir que l’on peut construire :
– à se résigner, momentanément seulement, devant l’adversité pour ménager d’autres priorités (choix) mais y revenir pour ne pas se déprécier,
– à engager le processus de conquête en se dopant à l’estime de soi (5ème échelon) et y trouver une forme de plaisir dans l’épanouissement,
– ou se contenter pour privilégier délibérément des accessibilités plus immédiates parce que moins exigeantes.
Nulle part cette posture n’est enseignée : alors qu’elle prépare efficacement à la prospérité durable qui nous attend. Prenez cinq minutes pour décanter !

2. L’immoralité de l’exploitation du besoin de reconnaissance : en purgeant le problème des moyens, on circonscrit celui de l’envie qui pollue souvent les autres facteurs de motivation en justifiant sa frustration en les accusant. Mais la racine même de cette frustration est l’illusion du plaisir que va nous procurer sa jouissance explicite par rapport à la projection subliminale que sa propriété va nous procurer en supposant le regard que l’on prête aux autres sur nous. Certes disposer d’un salon de 100 m2 avec une moquette aussi épaisse que la femme de ménage croit qu’il faille passer la tondeuse pour l’entretenir, peut apporter du plaisir mais celui qu’il procure, en réalité, c’est la jouissance de l’appartenance informelle à une classe aisée. Regardez Édouard marcher pieds nus dans l’herbe avec Viviane et vous reprenez cinq minutes de décantation !

L’immoralité c’est le machiavélisme avec lequel la publicité et le marketing tirent sur le fil de cette quête de reconnaissance pour nous faire croire que le plaisir est au bout de cette image éphémère. La prospérité personnelle que l’on y retire est celle de notre frustration illimitée et insatiable, tout le pari de la dette et de la consommation, puisque, à peine consommée, une autre envie vient la remplacer. Reconsidérer le regard des autres du point de vue de ce qui émane de nous, confère plus de plaisir et de fierté, gratuitement, que notre apparence « achetée », de plus, éphémère et supposée, voire manipulée !

3. L’immoralité de l’inconséquence de l’imitation : dans cette course absurde à la reconnaissance artificielle, il transpire une immoralité sournoise : la perte de son identité. Au parallèle de l’universalité préjudiciable dans la mondialisation sur les cultures locales identitaires, l’imitation forcenée de l’image standardisée et retouchée des magazines, déshumanise et dépersonnalise l’image que vous avez de vous. Le processus vous coupe de vos propres repères, de votre propre histoire et de ce qui fait votre individualité unique, au point de vous imposer un comportement cloné, irresponsable et irréfléchi puisque mimétique. Le décalage structurel interne qu’il fabrique, associé au décalage grandissant entre vos « besoins » manipulés et vos moyens disponibles, produisent des irrationalités et des dérives aussi ingérables que destructrices. Un proverbe soufi dit : « imiter la vertu tient de l’imitation, pas de la vertu ! ». Une fois encore, où ce discernement est-il enseigné ? La prospérité durable devra, nécessairement, proposer un remplacement à cette aliénation. Là, c’est cinq minutes de sincérité avec soi dont il est besoin !

Au nom de l’insoutenabilité derrière la loi apparente de la nécessité
Avec la suppression de la dette et l’équité sociale dans la mondialisation, on endigue nécessairement le recours insoutenable de la promotion fallacieuse et illusoire qui flatte le besoin de reconnaissance à des fins de maintien artificiel de la consommation. En réutilisant le mécanisme et sa puissance d’influence à des fins de valorisation de la prospérité durable, il est fort à parier de la capacité à installer l’attractivité du plaisir qu’il y a à y trouver. A la question « qui paye ? », il n’y a pas d’autre réponse que la collectivité puisque c’est elle qui choisit.

Avec la réorientation de l’insoutenable reconnaissance artificielle par imitation impersonnelle à une identité standardisée, aseptisée et éphémère, vers des valeurs intrinsèques d’authenticité et d’exemplarité sociale durable, on peut penser que l’on puisse recentrer les talents individuels sur la contribution utile et consolidable à la prospérité collective.
La valeur de coopération ainsi restituée est replacée à sa nécessaire utilité en comparaison de la stérile et vaine compétition actuelle et, sans la dette, par l’exemplarité qu’elle diffuse et pour l’efficience durable à laquelle elle contribue. Par la valorisation de cette « utilité » et de sa « durabilité », le bras de levier de la reconnaissance réaligné sur des plaisirs gratifiants et avérés puisque utilisant les mêmes capteurs, procédera de l’inflexion du changement de paradigme requis par les impacts de notre absurdité économique et, par ricochets, écologique.

Si pour autant, la même logique est appliquée sur les autres échelons de la pyramide de nos motivations, en prenant appui pareillement sur les leviers du plaisir, ce petit goût de reviens-y, il est fort à parier que ce soit envisageable avant les affres de la contrainte. C’est alors que le processus de décision, déjà soulevé, redevient critique. Mais la crédibilité des immoralités et des insoutenabilités qui laissent transpirer une forme de faisabilité, peut déclencher les velléités et les déterminations, non ?

La circonscription donnée au plaisir et la lecture reconsidérée des envies qui dynamisent la conquête des besoins non satisfaits, permettent de valoriser et de reconstruire un rôle à Sapiens dans cette projection réajustée de son existence. Certes, il a à y trouver une place utile lui permettant de disposer de la contrepartie nécessaire et suffisante pour subvenir à son existence, elle-même réajustée au plaisir de Vivre et, non plus, à son astreinte à l’imitation et à la consommation.
Il (re)trouve le plaisir de la reconnaissance et de l’estime de soi non plus pour dominer et exploiter mais pour servir et honorer (entretenir) tout le Vivant. La prospérité durable devient, de la sorte, le fait de redonner du plaisir à Sapiens à retrouver son rôle essentiel de serviteur et de gardien de la Biodiversité, le berceau délaissé de sa propre existence.

Osons brûler l’ignoble verset 24 de la Bible et changer le grand récit fondateur dans lequel on s’est fourvoyés en flattant nos bassesses. Alors trions et réenchantons-nous !

Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre Bien

Posté le 2 septembre 2023
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