Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

ni Gauche ni Droite, est-ce la voie du Milieu ?

Peu oseraient dire : « ni jour ni nuit, nous sommes ailleurs ». Parce que toute la notion de temps s’évanouirait y compris que la terre tourne sur elle-même « face » au soleil. On pourrait d’ailleurs ignorer du coup, qu’en plus, elle tourne autour de lui ! Alors aux extrêmes du jour et de la nuit, pour s’en sortir, on dit qu’il fait encore jour ou presque nuit, l’aurore ou le crépuscule, c’est à dire et jour, et nuit, mais pas ni jour, ni nuit ! C’est de cette dualité fondamentale contenue dans toute chose qui porte sens qu’il serait leçon à prendre pour diriger. La voie d’Emmanuel Macron soulève-t-elle quelques voiles sur celle que l’on dit du Milieu ?

Mais c’est où puisque ce n’est même pas au Centre ?

Ni de gauche ni de droite, disait-on pour le situer, et, au pied du mur, c’est en réalité, et de gauche et de droite dont il est question. Un peu de chaque, au moins ce qu’on devrait y trouver de « bon » de son point de vue et que nous avons plebiscité majoritairement, ça fait un milieu, une moyenne ou un meilleur ? On saura un peu plus tard. Chiche ! Mais qu’advient-il de cette réprésentation archaïque et géographique de l’Assemblée devant le Roi, depuis sa gauche jusqu’à sa droite entre le Tiers-Etat et la Noblesse avec le Clergé entre les deux ? C’est qu’elle perd, enfin, à la fois sa représentativité, son sens et sa lisibilité. Mais comment représenter maintenant, et de gauche et de droite, puisque, de fait, le centre ne le couvre pas. Et c’est peu dire que de poser le problème de cette façon : et pourtant, il va bien falloir s’y pencher si l’on veut donner au peuple une image pour que chacun puisse s’y retrouver. Avis aux concepteurs ! A l’américaine : les conservateurs et les démocrates ou à l’anglaise, les travaillistes et les conservateurs et ses essais locaux français, depuis les porgressistes, les républicains, comme si les uns n’étaient pas les autres, autant de tentatives qui commencent à brouiller les pistes post révolutionnaires vieilles de 300 ans ! Représentatif… de la pensée elle aussi, en marche.

Il est un autre message tout aussi spectaculairement perturbant, c’est celui de ne plus pouvoir opposer ni mondialisation, ni repliement, pour devenir et mondialisation et repliement, de ne plus pouvoir opposer ni capitalisme, ni insoumission, mais d’associer et capitalisme et insoumission. Là encore, la voie du Milieu donnée par la majorité au discours « médian » qui prend ce qui est bon chez l’un et chez l’autre, redistribue les cartes au point de redimensionner les appétits, voir de les clarifier : peut-on s’opposer au discours salutaire de l’équilibre qui n’est pas l’immobilisme, mais bien le mouvement répété et équivalent de l’un vers l’autre : que du bon sens, en réalité ! Alors, comment justifier de rester camper dans ses extrêmes ou entre, sur les anciens strapontins, sauf à vouloir persister pour essayer de survivre encore un peu ? Mais, en dévoilant de fait l’à priori de la division pour exister et non plus pour réussir, on montre que l’on sait ou pas se transcender pour l’intérêt général, dépasser sa « petite » réalité. En outre ne pas vouloir ou savoir faire ce travail d’humilité et de transcendance exigé pour l’admettre, risque de peser sur le progrès collectif. Pire, il risque d’exacerber la colère et l’agitation, au nom d’une utopie dévastatrice pour l’ignorant ou le mal intentionné qui n’aura de recours que la violence du désespoir pour se faire entendre. Les explications et les discours ont fait leurs effets de feux de pailles et souffrent de leurs approximations perçues comme des mensonges. Il ne sont donc plus que les résultats perceptibles pour convaincre durablement et changer les comportements et/ou les repères. Nous voilà avertis !

Pourquoi devoir choisir un camp, sauf à vouloir préserver les rivalités ?

Ni Patrons, ni Syndicats ou et Patrons, et Syndicats ? Ni CDI, ni Précarité ou et CDI et Précarité ? La liste est interminable, elle est même exhaustive, puisque tout ou presque est « binaire » : Oui ou non ? 0 ou 1 ? et avec ces deux-là et, rien qu’eux seulement, on met tout l’Univers en algorithmes au mieux ou presque. Et ce n’est pas fini… Alors, vous qui voulez ni évoluer avec le temps ni changer pour vous adapter, remplacez ni par et. Ce qui signifie enfin, que la troisième leçon à tirer de cette dualité, c’est qu’il n’est plus temps de faire les choses dans leur temps, je veux dire de façon consécutives : on travaille, on prend conscience, on change, puis on s’organise, puis on retravaille. Non : on travaille et on prend conscience et on change et on s’organise en travaillant parce que les interdépendances et les mouvements de l’un vers l’autre sont permanents donc, en même temps, pour qu’il y ait équilibre et non l’immobilisme. C’est à mon sens, la véritable signification de ce que la mode managériale appelle l’agilité. En réalité, c’est de savoir et d’oser lire la complexité, celle où les choses n’ont de relation entre elles que dans celles que vous leurs fabriquez en tissant la toile illisible à priori de par la complexité et la densité de ces interactions. C’est-à-dire : juxtaposer et relier les opérations consécutives de transformation dont il est besoin pour obtenir le résultat, en y reliant également les facteurs directs et indirects d’influence du Milieu dans lequel ce processus d’interactions se réalise pour pouvoir en assurer la répétabilité économiquement viable. Dans répétabilité, lisez celle du résultat, non pas des modèles sur lesquels ils reposent apparemment, qui eux doivent évoluer (agilité) et dans viable, lisez à la fois, compétitif pour être choisi et accepté d’être payé par le Client et, à la fois, performant pour pouvoir payer ce qu’il en coûte et faire du profit (bienveillance).

Les impacts sur l’entrepreneurship

On prête au moine bouddhiste Nagarjuna (XI siècle après JC) « Les phénomènes tirent leur nature d’une mutuelle dépendance et ne sont rien en eux-mêmes ». Prenons intrinsèquement chacun des mots généralement utilisés dans nos entreprises et si souvent opposés pour les passer au crible de cette citation au regard du « ou (ni)» revu en « et » sauce Macron :
– Qu’advient-il de la responsabilité si l’on oppose l’autonomie tant réclamée dans l’agilité au contrôle si décrié de la hiérarchie. A la lecture du et de droite et de gauche, ne devrait-on pas, in fine, les associer en disant autonomie et contrôle ?
– Qu’en est-il de la productivité si l’on oppose la transformation lean tant espérée pour la réduction des coûts au social si fondamental au devenir qu’il contient ? Ne devrait-on pas trouver le juste équilibre d’un mouvement économique et social ?
– Que penser de l’initiative si l’on oppose la différentiation tant recherchée pour le développement à la standardisation si rassurante pour la répétabilité qu’elle induit ? Et si l’on osait la différentiation et la standardisation ?
– Que dire encore de l’efficience si l’on oppose la flexibilité de l’adaptation si salutaire au monde qui évolue à la rigueur de l’organisation tant indispensable à l’amélioration continue ? A moins de confondre rigueur et rigidité, combinons flexibilité et organisation.
– Que dire enfin de l’ambition si l’on y oppose le capital tant décrié des appétits des entrepreneurs à l’assistanat si opportun et si salvateur des plus démunis ? J’ose encore aspirer à les rendre complémentaires au lieu de persévérer dans l’obligation de l’alternative, non pas capitalisme ou social, mais capitalisme et social.

En réalité, le monde, l’entreprise, et les projections qui nous animent n’auront de consistance que parce que nous seront-là, nous ou nos enfants, pour mesurer les résultats concrets sur la qualité de la Vie qu’auront produits les efforts et les changements de paradigmes que nous aurons consentis. Faut-il une espiègle mouette pour en entonner un couplet ajouté à notre hymne national pour l’actualiser :
Marchons, marchons !
Qu’un but sauveur,
Abreuve nos actions.

– qu’est-ce qui permet de dire que l’on a raison, Maître ?
– n’aurais-tu pas mieux à te demander à quoi ça sert d’avoir raison, Disciple ?
– mais à prouver que nous voyons juste pour conduire comme il se doit, Maître !
– c’est donc inutile ou… trop tard, Disciple !

Gérard Leidinger

Posté le 21 mai 2017
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