Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

la déconomocratie

Pour obtenir un consensus pour le projet France derrière lequel on court depuis si longtemps et que les récentes réformes projetées exacerbent, l’opinion doit, qu’il le veuille ou non, passer par trois étapes pour y arriver : s’accorder sur un consensus pour qualifier l'insatisfaisant, obtenir le consensus sur les critères avec lesquels choisir la solution, obtenir le consensus sur la solution pour la mettre en œuvre sans tergiversation, c’est-à-dire, une fois choisie, renoncer aux autres et, sans à priori, arrêter de vouloir préserver des privilèges au-delà des droits. Autant dire, prier !

Vol de nuit dans un avion, une dame âgée voyage pour la première fois aux côtés d’un habitué. « Dites-moi, Monsieur, comment font les avions pour trouver leur route la nuit ? » Amusé, il s’empresse de répondre : « Vous voyez la petite lumière verte sur l’aile gauche ? » « Ah, oui », répond-elle. « Et la lumière rouge, sur l’aile droite ? » « Très bien ». Eh bien, l’avion roule juste au milieu… » Cette gentille petite blague fait étrangement penser au spectacle qui joue les prolongations dans nos rues et dans lequel les uns et les autres ne veulent pas finir le drame : on affirme être sur son aile et orienter l’avion, mais en fait on roule « au milieu » pour y attirer, un maximum d’oiseaux et de pigeons, comme la dame de Goldman sur son balcon et le faire pencher.
Comme dans l’Entreprise, la vie et quelques méthodes plus tard nous apprennent que pour obtenir un consensus sur une solution, il faut d’abord obtenir le consensus sur le problème. Or, on n’entend que des solutions ou des invectives en réponse à des problèmes dont on ne convient même pas avec condescendance le détail ou la généralité, voire l’existence. Comment dans ce cas ne pas s’exposer aux solutions corporatistes, « catégoristes », sexistes, mondialistes, opportunistes, alter mondialistes, altruistes, économistes, syndicalistes et autres déconomocratistes, tous convaincus de leur conviction et de leurs doctrines.
Le terrain de jeu et les critères de choix
Ce n’est pas grave en soi d’être populaire bien au contraire, même si ça fait des jaloux. Pour mener, il faut que quelqu’un suive, disait déjà Lao Tseu. Et pour que quelqu’un vous suive, c’est soit parce que vous lui plaisez, soit parce qu’il pense que votre message l’emmène là où il veut parce qu’il croit que vous savez que l’on va y trouver ce que vous y cherchez. Du moins le pense-t-il avec cette évidence du « ce », commun, bien sûr. Mais ça c’est ce qui est pensé implicitement !
Lui, elle, l’autre, ou celui-là, quand ce n’est pas chose ou machin, qu’il nous plaise ou pas, nous donnent des morceaux de message pour nous emmener là, justement, où nous voulons, mais donc chacun, voire chacun sur son aile. Du moins, c’est ce qui est pensé et ça, implicitement ! Autant dire sur la lune ! Mais nous, Français, nous serions bien en peine de nous mettre d’accord : à chacun son équipe de France pour le mondial, à chacun son moral affiché bas, même si c’est pour être à la mode, à chacun son « ah, si j’étais riche ! ».
Insatisfaits malgré tout : nous sommes capables de dire : « Chic, j’ai gagné 500 000 € aujourd’hui au loto. Ah, si seulement j’avais gagné mercredi dernier, c’était la cagnotte de 4 millions. Je n’ai vraiment pas de chance ! »
N’y a-t-il que des riches sur l’aile droite de l’avion et que des pauvres sur l’aile gauche ? Alors pas un riche sur mon aile gauche, pas un chômeur sur mon aile droite ? Pas un propriétaire d’entreprise sur mon aile gauche, et pas un ouvrier sur mon aile droite ? Arrêtez le clivage, arrêtez la parlotte, construisez-nous un projet France qui nous donnera envie de vous suivre parce que vous nous emmènerez là où il nous semblera que ce sera bien pour le plus grand nombre, raisonnables, pas nécessairement ce qui crient le plus bruyamment. Et si l’on parle de démocratie, ce bien, choisi par le plus grand nombre, invite ceux qui ne l’ont pas choisi de renoncer au leur, le temps de le faire réussir, sinon appelez plutôt votre système la déconomocratie, comme depuis quelques décennies, maintenant. Alors on se remettra au travail pour la bâtir ici et pas dans les pays à bas coûts, on paiera nos impôts avec plaisir parce qu’ils serviront au projet et non pas à rembourser d’un coup la dette que vous nous avez fabriquée mais que l’on ne veut pas léguer alourdie à nos enfants, on osera se dire à nouveau, merci je vais bien, sans jeter un froid, on aura de nouveau confiance en vous, car on saura de quoi demain sera fait sans espérer gagner au loto pour nous l’assurer.
Qu’avons-nous en commun, nous qui vivons dans ce beau quartier du village Terre qu’est la France ? L’équipe de France de football nous l’a à nouveau démontré par les gens venus de toutes les ailes renforcer les gradins du milieu pour la supporter dans son projet : gagner la coupe du monde !
Le consensus sur l’insatisfaction
Pour construire le consensus sur l’insatisfaction, rien d’insurmontable. Comment voulez-vous suivre des projets où celui qui gagne a perdu ? Ce n’est pas la coupe du monde du chômage qui fait rêver, mais on est dans la compétition ! Pas la coupe du monde de la perte des emplois industriels, pas celle du déficit public ou de la sécurité sociale, pas celle de la taxation du travail, pas celle du plus grand nombre de fonctionnaires, pas celle des régularisations, pas celle du plus riche, pas celle de la plus lourde imposition, pas celle de la plus grosse cagnotte au loto, pas celle de la pollution, pas celle à qui travaille le moins, pas celle à qui partira le plus tôt en retraite, pas celle de la plus grande illusion… pour ne citer, que celles dont on parle. Qui nous y a inscrits ? J’aurai bien aimé être éliminé dans les poules de qualification de ces compétitions-là. Pas vous ?
Le consensus sur la solution
Rien d’insurmontable non plus, pour le consensus sur le projet. Nous avons tous, individuellement, un bon, un vrai projet : Vivre bien, avec en toile de fond, avoir le sentiment de pouvoir diriger sa vie et de ne pas la subir, la maladie ou l’accident suffiront pour ça. Certes quelques-uns veulent bien vivre, d’autres, vivre mieux que bien, et d’autres, autrement que le bien de la plupart. Eh bien, faites-nous ce projet-là, messieurs les gouvernants, prétendants et autres représentants, et faites-nous grâce de dénoncer ce qui ne va pas chez vos concurrents, laissez-nous faire le tri pour vous concentrer sur ce que vous, vous proposez concrètement. Définissez ce que veut dire vivre bien, pour vous et pour le plus grand nombre pour que l’on puisse faire un état des lieux sur lequel nous serons d’accord pour dire ce qui ça ne va pas et seulement alors, construisez le projet France qui en découle et qui va nous y mener. Donnez les clés de ce sentiment de pouvoir diriger sa vie sans la subir, mais n’omettez pas de dire, même si ce n’est pas populaire au début, que la liberté ce n’est pas n’avoir que des droits et aucun devoir, que l’égalité ce n’est pas de prendre l’argent à ceux qui en ont pour le donner à ceux qui n’en ont pas mais que c’est une égalité de droits, que la fraternité n’est pas un leurre pour attirer les clandestins dans notre quartier, mais un outil pour se doter de la capacité d’aider ceux qui en ont besoin. Mais travailler, est-ce un système ou une punition ? Y a-t-il quelqu’un qui a une idée pour le remplacer à comprendre les attentes de certains ?
Elus de toute représentation
Dites-nous pourquoi la liberté, l’égalité et la fraternité de principes que nous avons de « gagner notre vie pour vivre bien » dans notre beau quartier aujourd’hui, ne nous convient pas alors que c’est beaucoup mieux que dans beaucoup d’autres, peut-être moins insouciant qu’avant apparemment, alors qu’avec le progrès et l’euros tout devait aller de mieux en mieux, mais que ce n’est pas ce que l’on ressent ?
Dites-nous comment s’aider à construire la liberté, l’égalité et la fraternité du projet France pour gagner la coupe du monde du « vivre bien dans notre quartier avec les autres du village Terre dépollué ? ».
C’est cette coupe du monde-là que l’on aimerait gagner. Alors arrêtez de jouer à la déconomocratie !
Bien sûr, il n’y a rien à jeter de ce qui a été dit pour l’appliquer à l’entreprise, dirigeants, si ce n’est un petit détail qui met du piment dans votre gouvernance à vous : vous, ce ne sont pas ceux que vous devez mener qui vous ont mandatés. Alors soignez votre cap, soignez la construction du chemin pour y aller, soignez les ajustements au cours du voyage et soignez votre apprentissage collectif pour ne pas devoir recommencer. Pensez-y ! Plutôt… Faites !
Aimé et Dédé, comment avez-vous fait ?
– que signifie réellement « démocratie », Maître ?
– le principe que des gens élus par le peuple décident de ce qui doit advenir de bien pour lui, Disciple !
– mais, alors pourquoi tant de mécontents, Maître ?
– parce que tout le monde ou presque a choisi le bien sans renoncer au sien, Disciple !

Gérard Leidinger

Posté le 7 janvier 2020
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