Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

La jouissance de la Liberté mal Bornée ?

Gravée dans le sang et la douleur de chaque pavé, la Liberté nourrit tous les combats et toutes les illusions. S’il faut, bien sûr, s’opposer par tous les moyens à toute main mise dictatoriale pour la préserver des limites inadmissibles de sa privation, il faut aussi admettre qu’à l’autre bout de son champ des possibles, s’y élèvent quand même aussi des limites à sa souhaitable jouissance. Il n’est d’ailleurs nul besoin de morale pour qualifier ses deux côtés, les conditions matérielles et physiologiques nécessaires à leur exercice responsable, c’est-à-dire connu, capable et choisi, suffisent en soi pour les apprécier. Si les limites inacceptables submergent évidemment les révoltes et les plaidoyers pour sa défense, il me parait utile, dans les temps déstabilisés que nous vivons, de reformuler les bornes avec lesquelles nous devons aussi composer pour ramener le champ de sa promotion dans une certaine raison que nos dérives semblent noyer.


1. La planète et son espace
Même Thomas Pesquet ne peut pas se dire « aller, je me casse sur Mars ! » Si bien que vous sachiez vous élever, l’atmosphère viable limite votre espace de liberté tout comme la planète nous contingente sur ses terres hospitalières. Pour indiscutable qu’il soit, ce mur l’est bel et bien pour nous ramener à la raison dans notre souci illusoire de liberté sur l’une de ses implacables limites surtout quand perçues illimitées sans régulation. Elle est de soi ici et il n’en est pas besoin d’autre. Sans qu’il soit nécessaire de descendre dans les détails, ce mur-là, le vaisseau Terre dans le cosmos, nous impose en soi une première renonciation dans la jouissance de la Liberté, même si saugrenue, et circonscrit une utopique moitié de l’infinité que l’on y cherche.

2. Le temps et son intervalle
Ni pour naître ni pour mourir n’intervient notre avis. Pareillement que pour l’espace, les limites du temps imparti de vivre circonscrit l’illusoire liberté de vouloir nous en extraire ou de le nier. Vous avez le droit de penser votre réincarnation ou votre rédemption, mais permettez-moi d’être rabat-joie l’espace d’une seconde faute de constats de carence de faits : personne n’a vu personne revenir de l’au-delà malgré le nombre d’occurrences possibles, à ce que je sache, pour laisser la porte ouverte au cas où. Et pourquoi serait-ce possible pour nous dans tout le processus du vivant qui couvre encore la planète ? Juste pour satisfaire notre prétention sans limite ou entretenir une fausse espérance de pouvoir y échapper ? Sans qu’il soit nécessaire de descendre dans les détails, là non plus, ce mur-là, nous impose une seconde renonciation qui nous réhabitue petit à petit aux bornes inavouées de sa jouissance.

3. Le corps et ses capacités
En mettant le doigt sur ma taille insuffisante pour faire carrière comme gardien de but de football, mon entraîneur m’a fait prendre conscience des limites que m’imposait mon corps. Pas de talent particulier, pas de prédispositions naturelles complètement adaptées ni d’indispositions notoires, donc la frustration de devoir me résigner à un éventail de possibles en adéquation avec ces capacités que l’alchimie de la Vie m’a réservé. Non pas de quoi devoir définitivement se résigner, bien sûr, mais d’être contraint à accepter des limites au souhaitable, comme une troisième renonciation dans l’espace de mes aspirations de jouissance de Liberté en frottant leurs inadéquations à ma réalité corporelle et culturelle.

4. Le chemin et ses circonstances
Maxime l’avait chanté, l’intransigeance du trottoir sur lequel je « suis nait quelque part », ouvre ou ferme plus ou moins encore les autres champs des possibles dans lesquels s’engager avec ou sans armes et bagages. Brutalement, et en ne considérant rien que l’engagement sans même prendre en compte les écueils du chemin, est-ce l’instinct de survie qui pousse ou l’étoile à laquelle avoir pu accrocher son chariot qui tire, pour aspirer à l’absolu de Liberté ? Le sort, quel que soit le cas, c’est d’y être entraîné dans la difficulté ou l’aisance sur la même échelle des motivations, peut-être pas sur les mêmes barreaux, certes, mais avec les mêmes facteurs de contraintes : de similaires circonstances, des autres semblables et de comparables exigences de discernement. Ils constituent les aléas des obstacles sur le chemin, cette quatrième renonciation dans laquelle l’espace de mes aspirations de Liberté se heurte et me bouscule tant qu’il me faille m’y adapter.

5. Le choix et ses renoncements
A ma naissance, il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que douloureux ou agréable, éduquent pareillement mes comportements pour pouvoir leur associer un peu plus finement plus tard, les nuances que l’on attribue respectivement aux besoins et aux envies. Mais globalement, les formatages initiaux sur les chemins suivis, infléchissent les choix plus ou moins réfléchis avec lesquels on se conduit mais qui peuvent nous laisser irrésolus de ne pas avoir su accepter les renoncements qu’ils dictent quand ils sont faits. Choisir, c’est renoncer prononce la raison, mais devant l’étendue des possibles que l’Évolution nous a donnés, c’est l’embarras de devoir faire un choix et de devoir se résoudre à ce renoncement qui nous gardent en illusion pour tenter d’y échapper, là aussi. Choisir un conjoint c’est renoncer à tous les autres, sinon, ennuis garantis ! Alors, s’il fallait le préciser, c’est lui qui nous contraint à la cinquième renonciation dans l’espace de nos aspirations de Liberté. Et comme personne ne sait y faire pour circonscrire notre pensée, nous nous la préservons illimitée, comme une réalité augmentée devient un mirage virtuel.

Juste une illusion
Le groupe Téléphone nous l’avait bien chanté, c’est juste une illusion. La liberté, ce n’est pas une vérité, mais un fait établit, un état physique ou psychologique sans entrave qui existe quand il n’y en a pas, mais qui n’existe pas, croit-on, dès lors que cette entrave n’est pas sensible. Alors, forte de notre aspiration à un idéalisme exacerbé, elle s’impose comme un sublime absolu, mais pour sa moitié pas subie seulement. L’autre moitié est viscéralement ancrée dès que la contrainte est perçue, ne serait-ce que prêtée. J’ai une pensée attristée pour nos mineurs meurtriers qui défrayent les chroniques : qui leur a fait palper les limites de leur illusoire possible ? Des messages comme « la police tue » ou l’exemple banalisé de nos incivilités omniprésentes ou un environnement « virtuel » à réalité augmentée ?
En réalité, ce qui est vital, c’est l’épaisseur du trait entre peurs et audaces que l’on devrait tracer dans le cursus d’apprentissage de l’enfant comme quelques autres repères en dérive. Pour assurer cette vie libre mais respectueuse (responsable ?), il me semble que nous devons démystifier la moitié d’illusion irrésolvable de son champ des possibles, quand on veut la faire considérer comme l’un des ciments d’une collectivité. Comment la Liberté collective assumée peut-elle être la résultante de la somme des aspirations individuelles illimitées ?
Bien de ses chevaliers servants devraient d’ailleurs suivre un stage de récupération de points du permis de citoyenneté, voire d’humanité si on élargit aux conflits palestinien ou ukrainien.

Et pourtant, la leçon a été formulée depuis bien longtemps : notre liberté finit là où commence celle de l’autre !
Tellement.

Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre bien

Posté le 6 mai 2024
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