Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

La Transition, oui, si Egolochic !

C’est à n’y rien comprendre. Faut-il que le monde soit sourd ou qu’il ne veuille pas entendre pour que les appels argumentés et alarmants sur le réchauffement climatique ne parviennent pas à infléchir ni nos comportements ni nos modèles coupables et suicidaires ! Si je me réfère aux objections à tout changement, celles que l’on combat avant l’obligation de le gérer quand il est trop tard d’avoir tergiversé, il me semble pouvoir déduire que notre aspiration subliminale d’accepter de transiter, se fera à condition de le faire « égolochic » !
Alambiqué, j’en conviens, mais plausible, non ?


Décroissance, sobriété, désobéissance et autres intégrismes verts, autant de mots, de procès et de projections qui n’accumulent que des options de contrariétés et qui ne donnent qu’une envie à ceux qui semblent y être déjà condamnés, freiner des deux pieds sur tout projet qui leur enlève leurs illusions ou, pire, les y condamnerait définitivement. Alors que, contrairement, pour ceux à qui le message s’adresse en réalité, le même projet les incite à freiner des deux pieds et du frein à main, pour ne pas devoir entrer en frugalité dès maintenant.
Sauf les vaccinés à la sauce environnementale et les écologistes documentés sur les corrélations de nos modes de vie planétaires respectifs sur l’écosystème, l’Opinion, si prompt à s’enflammer pour des causes moins cruciales et moins universelles, reste molle du genou dans un attentisme agaçant les plus habités. En cherchant à comprendre pourquoi, je me suis fait ce film : l’égolochic.

Le libéral égoïste est incompatible avec le libéral collectif
La religion libérale s’est enivrée de liberté individuelle au point qu’elle en est devenue sa pierre angulaire à la croisée de toute convenance et de tout jugement. La moindre contrariété, voire le moindre risque de péché contre la sainte doctrine, met l’opinion en ébullition et les colères en procès ! A ce point que le fait de le penser semble suffire à se justifier, le simple fait d’y croire à se donner raison, le simple fait de trouver l’appui d’un like pour en devenir légitime.
« Vous trouvez cela absurde ?», moi aussi. Mais c’est devenu la religion. Ainsi, le libéralisme s’est recroquevillé sur le profit pour soi, devenant de fait égoïste, incompatible donc avec l’intérêt collectif, puisqu’il doit y accepter pour l’être, que sa liberté individuelle s’arrête à celle de la collectivité.
Regardez la rue avec ces yeux- là, et vous comprenez que sans réorientation de l’éducation, sans réajustement des convictions, et sans « changement » de règles, drastiques, il n’est aucun espoir de nous voir modifier le constat. Le libéral « collectif » est donc à inventer à l’appui de ce régulateur manquant dans l’égoïste. De fait, le récit libéral, au nom de cette liberté individuelle pour laquelle le peuple s’est pourtant battu, a installé les fondements de son propre échec. A la fois par le fait que le peuple se rende compte qu’il ne profite inéquitablement qu’à une élite et à la fois, parce que la liberté individuelle, puisque illusoire, ne sait pas donner un sens consensuel à un monde à venir. Le peuple en prend peur parce qu’il n’y aura plus besoin de lui. Après avoir démit donnez-nous notre pain quotidien si inéquitablement servi, par quoi le remplacer pour transiter ?

Ecologie incompatible avec économie ?
En substance, l’écologie rassemble la connaissance des mécanismes du vivant et de l’interdépendance des systèmes qui le constitue pour comprendre la biodiversité. Par extension, cette connaissance s’est « enrichie » du constat de l’impact de nos modes de vie et de leurs technologies sur ces systèmes et plus concrètement des dégâts qu’ils leurs infligent. Tout déni de cette relation de cause à effet est une autre absurdité crétine, cherchant vainement à justifier une irresponsable préservation des intérêts qui devraient être qualifiés aujourd’hui, avec ce que l’on sait, de crimes contre l’humanité. Cependant, en associant ces deux idées, nul n’est besoin de « politiser » l’écologie et de la dresser violemment contre l’Économie. Personne, surtout pas elle, n’y a à gagner des lettres ni de suprématie ni de légitimité.
La raison en est simple : avec les Sumériens, l’Humanité s’est donné le système de la monnaie comme outil d’échange astucieux pour pouvoir s’organiser en peuple et a amélioré le système pour pouvoir y raccrocher toujours plus de peuples en essayant de multiples modes d’ajustement.
L’un d’eux, le libéralisme, a fait une sorte d’unanimité mêmes avec ses résultats discutables et comme toujours, en a facilité les abus de perversité si propres aux humains, pour produire ce dérivé capitalistique aveugle et cynique qui, in fine, les ligue les uns contre les autres, simplement, faute de régulateur !
« Vous trouvez ça absurde ? » moi aussi, mais la dérive, pas la monnaie, sans qui l’écologie non plus, ne sait pas se réguler pour tous les peuples équitablement. L’économie n’est qu’un outil, pas un projet. Après avoir essayé de mélanger économie et technologie et les avoir pervertis amalgamés dans le capitalisme pour esquisser ce sens qui s’avère une impasse, Écologistes, séparons l’ivraie du bon grain pour transiter !

Chic incompatible avec décroissance ?
Le paon fait la roue, le gorille bombe le torse, le cerf joue du bois et le pigeon roucoule pour attirer les bonnes grâces de la femelle. Pour ne citer que quelques exemples au hasard quand il n’est besoin d’en comprendre le recours aux couleurs et autres artifices dont les êtres vivants se sont dotés pour trouver à copuler. La mode est en fait un outil de séduction naturel qu’Homo Sapiens a exacerbé et, comme toujours et presque tout, dévié avec ses abus de perversité, pour exploiter le mécanisme et le mettre au service de ce travers capitalistique aveugle et égoïste de la consommation.
Passe encore s’il en était besoin pour la reproduction, voire la jouissance assumée, mais pour le seul motif de faire perdurer un système futile et éphémère par principe à des fins d’argent et au détriment de la biodiversité, il y a de quoi le pendre par la queue. Qui plus est, quand le tout s’appuie sur l’outrecuidance d’une inacceptable course à l’appartenance à une caste élitiste, prétendue chic, basée sur le seul critère de posséder de l’argent ou pas.
Et tout le monde se rue sur ce jeu débile, même ceux qui en sont exclus.
Le pire à s’y observer, c’est que ce qui révolte nombre d’entre eux, ce n’est pas tant d’en être exclus, c’est de comprendre que le système ne leur y donnera probablement jamais accès, et cela, simplement par manque de régulateur !
« Vous trouvez cela absurde ? » moi aussi, mais quand la transition écologique annonce la décroissance et la sobriété, qu’advient-il de ce jeu qui entretient ce mirage de la caste qui fait encore bander la plupart ? A ne pas savoir le remplacer par une arme de réduction massive de l’hystérie éphémère, respectueuse de la biodiversité, point de transition pour donner à la décroissance l’ivresse du mieux dont il est pourtant impérativement besoin pour changer si on veut agir avant la contrainte inévitable de ne l’avoir pas fait.
Si.

– T’inquiètes, ça va le faire.
– Non, car l’opinion tergiverse trop !
– C’est que trop de gens ont trop à perdre d’un côté comme de l’autre.
– Mais, dans un monde invivable, c’est tout le monde qui aura tout perdu !
– Trop peu ont assez mal pour y croire et voir comment croire à mieux après, si pas égolochic !

Gérard Leidinger
Auteur de La Déconomocratie

Posté le 3 avril 2023
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