Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

L’emballement de l’Absurdité

A l’explication de la mécanique de propagation exponentielle du virus, graphique et dessin efficaces à l’appui, je me suis surpris de pouvoir y transposer celle, non moins dramatique à mon sens, de l’absurdité générale dont tout le monde s’indigne et s’exclame à grands cris, mais relaye dans ses commentaires, ses attitudes voire ses comportements pour les plus démonstratifs. Parcourez donc les réseaux sociaux et buvez les affichages polémiques, puis les réactions, puis les leurs, les partis pris et les prises à parti pour consolider ce magma d’aberration en fusion et vous en faire aussi une image

Tout y passe, systématiquement, dans une pêche miraculeuse au filet dérivant, tracté par une Opinion en chaleur dispersée, relayée par une Réforme décousue en lévitation, sur la mer déchainée d’un mille-feuille d’incivilités vociférées au nom de libertés mesquines et pleutres et d’irrespects commis au nom d’injustices extravagantes et honteuses. Comme si la démocratie s’était affublée d’un nouveau tryptique remplaçant le très célèbre Liberté Egalité Fraternité, paraissant bien anachronique au regard des évènements mais de toutes les façons complétement obsolète pour pouvoir prétendre ramener un filet comestible et salvateur. J’y entend en effet : Impunité, Privilège, Individualité.

L’absurdité de l’incohérence

L’absurdité du constat est de s’apercevoir que la doctrine qui prévaut et les applications assidues et empressées qui s’en réclament tournent toutes et systématiquement autour de la mise en exergue d’un incongruité, d’une erreur de jugement jugée simplement par un autre jugement, en attente de son jugement d’ailleurs, d’une inconvenance sacrifiée sur l’autel du sentiment d’injustice, quand ce n’est pas un sentiment d’injustice qui est lapidé par un arbitrage inconsistant voire irrésolu. Personne n’est à l’abri, tout le monde est touché, chacun est consterné, donc tout ce petit monde libère son trop plein, vocifère son refrain, exaspère son prochain, déblatère ses malsains.
Mais ce n’est pas tant cette construction viscérale du magma des opinions qui est remarquable, c’est le fait qu’aucune d’elles n’est posée comme un problème, c’est à dire un écart entre ce qui est attendu et ce qui est observé dans ce qui est décrié. Tout est exprimé en jugement de valeur, avec la conviction sans équivoque, que l’avoir eue suffit à sa légitimité comme une intuition mystique irréfutable. Mais, jamais un jugement de valeur ne pourra régler un problème, au contraire, l’exacerbera. Tout problème commence par « de quoi on parle ? », car le premier problème dans tout problème est de définir en quoi il en est un. Si ce n’est pas une différence consensuelle et de surcroit mesurable, aucune chance de le résoudre. Et si vous pensez qu’avoir posé le problème en disant que « c’est trop grand » est un écart, vous ne dites pas de combien entre l’attendu et le constaté. Donc il est intraitable !
Prenez n’importe lequel de ces sujets mis en pâture de l’incongruité et passez-le au crible de la question : mais de quoi on parle ? Vous conviendrez très vite que nous tissons une toile complètement folle d’absurdité puisqu’il n’y a aucune cohérence ni consensus sur la définition de l’attendu auquel on se réfère pour exprimer l’écart jugé. La seule issue qui en découle, c’est de l’avoir faite et sans aucune réelle envie de vouloir agir, non, juste pour la tisser et la mette en pâture de l’agitation ambiante, pire souvent, pour faire parler de soi un instant. A l’image de tous ces actes d’achat qui n’ont d’objet que de satisfaire une éphémère image pour générer un acte de déchet, sacrifié, lui, sur l’autel de la consommation. Que ce soit la décision insondable de fermer les librairies et autres covidamnés, que ce soit la réécriture du « verset 24 » de la bible de la violence en liberté provisoire, le fait que « beaucoup de gens se moquent de ceux qui ramassent les ordures » et des litanies indignées qui s’en suivent pour alimenter les instincts encore primaires, ou encore les sentences des donneurs de leçons sur les conduites à tenir étayées par leur seule intime conviction sortie du magma inconsistant de tout et son contraire ou encore la dénonciation de la pulsion légalomaniaque française rapportée par Madame de Funès issue de ces valeurs de la République (Liberté Egalité Fraternité) que d’aucun ne juge que par les siennes et nécessite donc une loi pour chacun, force est de se résigner à désenchanter. Pleurons.

L’absurdité du cynisme

Au nom de la Liberté, si difficilement gagnée par ailleurs dans tous les registres de son rayonnement, on jette les masques par terre, on abandonne ses déchets sauvagement, on piétine du manifestant, on manifeste en piétinant des voitures, on embrase les esprits de sentiments d’injustices disqualifiés et on justifie les embrasements de la rue par les prises en otage des nuisances pour peser sur l’obtention de privilèges, en toute impunité. Et s’il devait être définit le problème de Liberté, de quoi est-il besoin d’autre que de la sentence élémentaire : ne fait pas aux autres ce que tu ne veux pas que l’on te fasse ? Je ne dirai rien d’autre que le respect, mais il est incompatible avec l’impunité, puisqu’il n’est pas compris dans nos gênes. C’est vrai que l’on dit c’est honteux, pour l’abandon du masque comme pour le saccage des vitrines, comme le piétinement du manifestant. Jugement de valeur partagé, certes, mais inconsistant pour être résolu. Cynique de ne pas le vouloir impunément !

Au nom de l’Egalité, si galvaudée et dans son rayonnement et dans ses entendements, on réclame aux riches, on crie au dû, on exploite les différences, on s’accommode des incohérences. Illusoire application où l’écart est directement considéré comme une injustice, alors que je suis petit, boutonneux et grassouillet, alors qu’elle est grande, mince et lumineuse. Au nom de l’Egalité, je vais donc porter plainte contre mes parents pour coups et blessures indélébiles. J’ai travaillé dur à l’école pour avoir un bon métier et maintenant que je gagne bien ma vie, je suis coupable d’avoir plus et d’aucun me le reproche et m’envie au point de me réclamer de le partager. Au nom de l’Egalité, avoir c’est dû sans effort parce qu’il n’y a que ceux de droits, pas l’once d’un devoir, que des privilèges, comme au temps des Rois et de la cour. Cynique de ne pas devoir par préférence !

Au nom de la Fraternité, si pénible à accepter qu’il en soit encore besoin si massivement aux temps de la surconsommation, à croire que les rouages du système n’ont pas vraiment envie d’y résorber le volet de la solidarité, même si celle de l’emploi étend ses filets pour sauver les meubles et que les émules de Coluche procèdent des soutiens salutaires trop impérieux pour ne s’en satisfaire que provisoirement, le temps de régler la mécanique. Mais c’est quoi le problème ? La liberté de trouver un travail rémunérateur avec mes compétences limitées par faute à pas de chance ou choix de priorités divergentes à l’école, l’égalité dans l’effort de disposer des ressources nécessaires pour satisfaire à mes besoins raisonnables ou l’envie frustrée de combler mes tentations illimitées et superficielles de follower invétéré ? La solidaire coalition du consommateur anesthésié par l’impudeur d’une fraternité sélective en fonction de l’épaisseur du portefeuille. Cynique, ce culte de l‘individualité !

L’absurdité de la morale

Encore une fois, il ne s’agit pas de bien ou de mal qui ne sont, si, si, que des jugements de valeurs propres à chacun et collectivement inutiles s’ils ne sont pas « organisés » en insatisfaisant mesurable. Pour être irrévérencieux une seconde : où est le curseur sur le thermomètre collectif du BIEN ? 37° ? Ah, à 39 vous avez de la fièvre ? Chacun ? avec le même écart ? Ah mais pas pour les mêmes causes ? Mais parce que l’attendu est repéré, il est repérable pour agir. Et donc, de quoi on parle ? De fièvre, et d’où vient-elle ? Le diagnostic permet au médecin de résoudre le problème. Ce n’est pas de la morale ni un jugement de valeur, c’est du pragmatisme et vous voyez ça marche, sans tension, sans discours, sans polémique, sans doute.

Non, ne baissez pas les bras devant l’énormité de la méprise, ce n’est pas si difficile que ça en a l’air, ce n’est que long, exigeant et dérangeant. Oui, d’accord, c’est tout ce à quoi notre culture « moderne » nous a déshabitué puisque nous pensons aujourd’hui en : tout de suite, dû et confortable. Mais, tout autre discours procède du cycle infernal de l’absurdité, stérile et illusoire. C’est donc de conscience, de raison, de méthode et de courage dont il est besoin pour nous construire ce demain plus serein et plus heureux auquel nous aspirons sans même savoir le rêver collectivement, alors de là à savoir nous le faire ! Commençons par tenter de le dessiner… Et d’ailleurs, commencez par le vôtre et ça ira déjà mieux. Si ! 37 de quoi ?

Le disciple

– pourquoi l’instabilité nous impose-t-elle tant d’efforts de compensation, Maître ?
– elle t’impose ainsi la recherche de l’équilibre pour l’esprit ou le corps, Disciple !
– mais alors l’équilibre est un mirage après lequel il est inutile de courir, Maître ?
– sauf à comprendre que c’est le mouvement entre trop et pas assez qui est la vie, Disciple !

Gerard Leidinger

Posté le 3 décembre 2020
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