Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

Médiocrité de l’Opinion, Médiocrité des Institutions…

Oui et non ne sont pas des adverbes, mais des attitudes : en disant oui, vous vous fondez dans l’opinion de l’autre, en disant non, vous existez par votre différence. Au grand jeu des réseaux sociaux, ces attitudes se sont répandues comme une trainée de poudre, mais elles ne sont soutenues par aucune trace efficiente de « compétence », au mieux, ou d’argumentation pertinente, au moins, emportée par la spirale de médiocrité relevée par Julia de Funès dans son dernier article dans l’Express. La seule conviction émotionnelle de détenir la vérité y suffit. Sans discernement, on se fond dans l’opinion politique qui fait écho aux emportements viscéraux qui nous rongent : eux nous comprennent ! Dérouté par l’émotion, on crie « non », haut et fort, aux frustrations caricaturales reflétant, en réalité, nos propres désillusions, étalées par les autres : eux nous ignorent ! Le spectacle affligeant du monde politique et de ses relents sordides et inconsistants exprimés en perspective d’une élection présidentielle, révèle à quel point l’opinion est médiocre et les peuples qui la portent immatures de ne pas oser dire et manifester leur indignité de ne pas disposer d’une réalité consensuelle, parce que décente et raisonnable. Décent veut dire « respectueux des équilibres dont il est besoin pour assurer le vivre bien de tous » et raisonnable « résulte de la concorde entre satiété, sérénité et équité pour tous. Tous. »
Aucun clivage n’y a répondu, n’y répond et n’y répondra, voilà pourquoi cet enfermement respectif qui perdure nous condamne à sa perpétuité.


L’effort, cette monstruosité !
En admirant la virtuosité de nos footballeurs se trouvant sur le terrain dans un enchaînement improvisé et adapté à la situation de jeu, personne n’imagine une seule seconde que ce soit le fruit du hasard et de la chance, mais comprend, quoique je puisse en douter en lisant la bêtise de nombreux commentaires, qu’il s’agisse du résultat des heures et des heures d’entraînement et de répétitions obsessionnelles de leurs gestes techniques : de l’effort et de la conviction.
En observant et en analysant les performances de nombreuses entreprises qui se remettent sans cesse en question et qui se sont engagées dans une obsédante démarche d’amélioration continue, j’invite tous les détracteurs de la réussite et de la gagne qu’ils prétendent « honteuse et facile », de prendre le temps de participer et de creuser le souci du détail qui les anime et qui les nourrit : de l’effort et de la conviction.
En décodant les articles et les commentaires qu’ils suscitent, pour ceux qui sont lus parce que d’accès aguicheur et rapide, pas zappés parce que trop longs ou trop ardus, force est de se peiner de constater que le degré d’attention de 9 secondes tombe comme un couperet sur la pensée et que l’impatience et la paresse l’emportent sur la compréhension et le progrès. Ajouter à cette lame de fond qui sévit depuis plusieurs années maintenant, la vulgarisation de l’utilisation de l’Intelligence Artificielle et vous décomplexez définitivement l’homme de ne plus apprendre par lui-même, à cause de l’effort inutile et sélectif qui semble le priver d’une culture plus générale, plus complète et immédiate par procuration. C’est Google qui sait, plus l’élève, ni même le maître, mais l’important est de « savoir », non ? Cherchez l’erreur.

Non, l’important n’est pas la disposition de l’information, le « savoir » que propose Google, mais c’est d’intégrer, avec l’information de Google en plus si besoin, la capacité de raisonner pour en conduire une réflexion, résoudre un problème et comprendre la nécessité de faire un choix éclairé en sachant pourquoi renoncer à ce qui n’a pas été retenu. Tout ce que l’immédiateté et l’absence d’entraînement détruisent au détriment du Savoir, au service de la médiocrité.

Ce qui aggrave notre cas
Jusque-là, la spirale semblait indolore et ses effets se diluaient dans le marasme dérivant mais collectif. Peu de gens avaient mal du manque d’effort, d’autant que le discours dominant flattait et flatte encore chez tous les autres, l’indécence de l’effort. Au point de considérer le travail comme une punition mais, en même temps, le gain d’argent qui peut en découler comme une honte impardonnable. C’est de cette ambiguïté que naît cette spirale à la médiocrité et je n’ai de cesse de penser à mon échafaudeur dans le cadre d’un groupe de travail d’amélioration de la pénibilité qui m’a pris violemment à partie en s’écriant : « mais, Gérard, tu vas faire de notre métier, un boulot de gonzesse ! ». Pas de procès sexiste, là-dedans, juste l’expression de la perte de fierté qu’il trouvait à en baver en soulevant neuf tonnes par jour ! Lui y avait niché ce qui compensait la « médiocrité » apparente de son travail au regard de ceux qui avaient nécessité des études supérieures qu’il avait, lui, déclinées. L’effort était pour lui une valeur, un mérite !
Voilà le mot lâché : l’effort n’est plus une valeur, puisque les images des influenceurs nantis à Dubaï, des footeux portés aux nues et aux millions ou des vedettes étalées dans les magazines et leurs palais, démontrent que la facilité est bien plus profitable, immédiate et abordable. Le cerveau lobotomisé pour « penser » en 9 secondes, lui, ne voit plus que ça !
Et comme la vitesse d’attention complète celle de l’impulsion de l’acte d’achat, quitte à faire suivre celle de l’acte de déchet dans la foulée, il en va de même de substituer à l’acte d’apprentissage celui de l’achat de la disponibilité immédiate de l’information quitte à faire suivre celui de l’acte d’inutilité dans la même foulée. La tentation est si grande de se laisser aller à ce penchant, puisque la disponibilité est si facile, l’illusion quasiment gratuite et la supercherie détectable qu’après un effort dont presque plus personne ne veut entendre parler ou ne se soucie, noyé dans les fake-news. Qu’à cela ne tienne, donc, laissons-nous glisser !

Médiocrité de l’opinion…
Quand l’opinion n’est plus capable de valoriser une élite (autre que financière, j’entends), c’est peut-être aussi que celle-ci se soit laissée gangréner par la médiocrité ambiante, voire que ses résultats « palpables » ne sont pas à la hauteur du discours qui les promet. C’est vrai qu’elle cherche à se maintenir à un certain niveau d’exigence, mais qu’il est plus facile de dénigrer que de faire l’effort de se mettre à niveau. Comme les vagues et leur ressac savent venir à bout de la falaise, la facilité vient patiemment à bout de l’exigence : l’orthographe, les mœurs, les valeurs, le respect, l’éducation, la responsabilité, autant de « disciplines » (quelle ambiguïté dans le mot !) qui ne s’achètent pas et qui ne peuvent même pas s’apprendre par procuration. Pour moi, la question critique qui se pose à nous, maintenant, est dans la spirale de cette médiocrité qui nous entraîne, quel peut-être le facteur de mesure qui serait susceptible de déclencher l’insatisfaisant ? Parce que si une espèce de consensus tacite procède que l’opinion s’y complaise, ce n’est même pas de courage dont il est besoin, mais d’un sacrifice expiatoire ! Et celui-ci serait vain, puisque personne ne comprendrait à quoi il sert ?

Alors même que sa voisine la Suisse, ou l’Islande et la Norvège, pays européens comme elle, sont en pôle position des pays les plus sûrs du monde, quand la France, « caracole » en 99ème position entre le Honduras (97è), la Tanzanie (98è) et le Gabon et que pas un politique, ni citoyen français n’a de gêne pour cette médiocrité, que cette information peu enviable au regard de la prétention de capacité d’influence et de légitimité dont on se gargarise par delà la planète avec nos Lumières, ne suscite aucune indignation collective, mieux, d’exigence politique unanime, je doute vraiment qu’entre le pauvre Mbappé si mal servi par l’opinion et l’opinion Française, elle-même, si mal portée, qui a le plus gros melon ?
Lui marque des buts pour faire gagner collectivement l’équipe, l’opinion marque les esprits pour faire perdre collectivement le goût de l’effort individuel.
Médiocre opinion, médiocres institutions.

Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre bien

Posté le 26 juillet 2026
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