Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

L’Imaginaire Social Cacophonique

Le foisonnement des initiatives et des publications sur la transition écologique et les changements de paradigme qu’elle dicte, contribuent à l’émergence des tendances qui se dessinent mais aussi, à la mise en évidence des crispations qui focalisent les freins au lâcher prise de l’ancien monde qui ne veut pas finir. Les atermoiements économiques et organisationnels de l’énergie mettent en évidence la dépendance irréfléchie et insouciante dans laquelle nous nous sommes plongés, grisés, en son temps, par l’abondance et la facilité

Pas préparés à une remise en question et incrédules ou impuissants devant les constats et ses exigences, tout un chacun y va de son regard et de ses prescriptions, pensant avec conviction et sans doute un peu d’espérance molle que les choses vont s’arranger. Depuis la première crise pétrolière de 1973 ou selon les cycles récurrents de périodes grasses et de récession, à en croire Kondratiev, nous avons, apparemment, surmonté les écueils successifs, alors pourquoi pas celui-ci, nous disons-nous ?
Parmi les publications très éclectiques qui alimentent ma réflexion pour la préserver d’un enfermement émotionnel ou partial, c’est la dernière Newsletter du Grand Défi des Entreprises pour la Planète qui me fait réagir, un peu comme un caillou dans les reins qui fait souffrir parce que trop gros pour les tuyaux d’évacuation !
Résultant d’une « grande consultation » lancée avec trois objectifs louables, puisqu’ils sont formulés en :- Qualifier la motivation écologique des entreprises et ses ressorts,- Identifier les obstacles à la transition des entreprises ainsi que leurs besoins pour la mettre en œuvre, – Repérer des leviers d’action et de transformation, les conclusions formulées devraient donc donner le pouls « consensuel » parce que fruit d’une « grande consultation », avec lequel se projeter dans demain pour transiter efficacement, si ce n’est rapidement, si tout ce mode consulté s’y met.
Bien sûr, il faudrait entrer dans les détails, creuser les subtilités et digérer les propos. Mais, si les initiateurs ont pris la peine de synthétiser les résultats (lien en fin d’article) dans un message lisible et comestible, c’est qu’il représente pour eux ce qu’il faut en retenir pour partager et alimenter le débat, voire engager l’action.

Improbables conclusions
Alors, et c’est ce qui motive mon propos, c’est que le pouls restitué, de mon humble point de vue, ne l’est pas, ni lisible ni comestible, ne vous en déplaise, puisqu’en quatre points il se désagrège et, pire, se contredit. C’est dire l’improbabilité, en l’état, de cette réflexion et la déception qui transpire dans le choix de mes mots, en réaction. Avec l’incohérence et ce que je comprends comme l’absence de réflexion sur l’interdépendance des sens qui devrait constituer les idées posées, je m’interroge sur la capacité méthodologique de construire les réponses dans ce genre de consultation « open bar ». Disons, pour que je ne sois compris que comme l’expression d’une incompréhension qui attend une explication, et non un jugement de valeur gratuit et partial, que :
– Tout est bien parti dans le premier point puisque l’entreprise y reconnait sa part de contribution au constat planétaire désastreux et la qualifie de façon concrète.
– Dès le second point, alors qu’il exprime son engagement dans la transition écologique, elle se prend les pieds dans le tapis en asseyant sa pérennité sur la durabilité de son modèle économique ! Dites-moi comment vous pouvez y prétendre en reconsidérant le modèle consumériste dans la sobriété, déconstruire le coût environnemental et intégrer la transition énergétique cités au premier point, en conservant l’objectif de profitabilité capitalistique actionnarial ? En soi, le modèle économique ne le permet structurellement pas. Alors ?
– Le troisième point explique sans doute pour partie cette ambiguïté contradictoire et improbable, mais plus encore, cherche à noyer ou à différer la prise en compte de la responsabilité initiale de toute ambition, l’absence de l’analyse des risques qui apparaît au travers de ces conclusions soit ignorée soit escamotée pour qu’elle puisse préserver le politiquement correct, un peu hypocrite, comme le recours au green washing popularisé par ailleurs. Les freins structurels peuvent être formulés, et il est besoin, en inadéquations, incompréhensions, démobilisations et obsolescences, freins génériques à tous les écueils rencontrés durant l’Evolution. Les items soulevés, ici, n’en sont que des composantes « morales », donc orientées.
– Que dire du quatrième point dans lequel je comprends bien qu’il faille que la politique collective prépare le contexte dans lequel faite évoluer et mûrir cette transition, d’autant qu’il est à géométrie variable, surtout quand on parle Climat, puisqu’à ce stade, il est nécessairement planétaire. C’est dire la complexité ! Mais c’est aussi exprimer une sorte de « démission », contraire au premier point qui ne dit rien qui vaille sur la faisabilité ni même les premiers pas significatifs à engager (sobriété, épuisement, impacts…) pour lesquels chaque entreprise peut faire sans attendre les autres ou le système. L’analyse respective des risques économiques, technologiques et environnementaux pourrait les mettre chacune sur la voie durable ciblée. La matrice entre freins structurels et risques répond pratiquement à l’attente de formation des parties prenantes exprimée.

Mais utile déduction
L’interview restituée du sociologue Stéphane Hugon met en évidence le « besoin » implicite d’un imaginaire social quand il dit que « parce que l’imaginaire social est prêt pour une transition que les entreprises auront la main pour le faire ». Je me permets, pour conclure ma réaction, de recourir à la construction des cathédrales qui a implicitement utilisé l’affirmation de Monsieur Hugon, en ce sens que l’imaginaire social était prêt par la projection collective que l’on se faisait dans la croyance en Dieu, à ce moment-là, avec toute la déclinaison symbolique qui s’y rattachait. Quel imaginaire social est prêt pour la transition écologique qui s’impose à nous, aujourd’hui, porté par aucune croyance formalisée dans un imaginaire collectif cacophonique improbable, sans déclinaison symbolique à laquelle se raccrocher. Cupidité, n’est pas un symbole, mais une attitude !

S’il était donc une contribution déterminante à la grande consultation du Grand défi des entreprises, c’est la confirmation de la nécessité de la formalisation de cet imaginaire social, démantelé successivement et grossièrement, par la perte de Dieu, puis l’effondrement de l’illusion communiste, puis celle de la Gauche, puis celle du capitalisme, puis celle de la liberté, cette dernière en cours dans les réseaux sociaux, incompatible avec l’individualisme qui s’y répand.
Le problème, c’est que personne ou si peu, à l’image de mon propos, n’y travaille pour satisfaire une ambition consensuelle sachant répondre aux risques et à l’insatisfaisant collectifs convenus.
En évoquant comme piste la mise en place d’une démarche de résilience territoriale, faut-il, gens du Grand Défi, se re projeter dans l’imaginaire social des tribus d’avant ou sait-on s’en inventer un nouveau qui sache préserver les progrès de qualité de vie engrangés avec les exigences d’éradication des impacts environnementaux qu’ils ont entraînés ?
Formulé ainsi, j’ose imaginer que tout le monde est à peu près d’accord, hormis l’urgence de passer à l’acte.
Mais, là où les choses se gâtent pour ne pas dire s’hypothèquent, c’est quand il y a lieu de qualifier les progrès de qualité de vie engrangés, puisqu’ils ne sont pas au même niveau partout sur la planète.

En attendant de pouvoir dessiner cet imaginaire social collectif (planétaire) indispensable pour ne pas se rater une fois de plus dans l’Évolution, à quoi doivent renoncer les nantis et à quoi doivent accéder les aspirants ?
Posé ainsi, avec les divergences politiques et humanistes qui se télescopent en plus, je me résous aux petits pas des COP… et pleure un peu…

Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre Bien

https://www.legranddefi.org

Posté le 8 décembre 2022
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