Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

On déménage, non ?

L’inéligibilité définie par le législateur, lui-même, pour moraliser un peu l’accumulation des pratiques pas orthodoxes du monde politique exemplaire, monopolise les commentaires et les articles avec tout ce que l’on peut en dire, en penser et même en faire, ou presque. Au risque de franchir une n ième fois la ligne rouge de certains, ce qui me vaudrait moi-aussi leur courroux, ou de pactiser avec la démocratie elle-même, ce qui serait une gageure tant la pauvre doit se contorsionner pour entrer dans le costume biscornu et difforme que d’aucuns lui prêtent respectivement, je préfère, une fois encore, m’attarder sur insidieuse fissure que le buzz qui est déclenché, va nécessairement provoquer dans notre récit commun.
Déjà que les temps sont impitoyables pour l’indispensable reconnaissance requise pour que le récit commun fasse communauté ou peuple, voilà que l’on immole la justice jusqu’aux calices sur l’autel de la démocratie pour le troubler un peu plus, avec pour seul motif la rancœur d’être contrarié. Puisque certains confisquent le peuple en prétendant en être les seuls dépositaires, d’en être tant imprégnés qu’ils ne discernent plus vraiment la nuance entre l’incarnation et la représentation, difficile pour eux d’admettre que les évènements récents obligent quand même à son partage. Mais si. Diversifié, le peuple est multiple, mais seulement par les couleurs politiques qui cherchent à l’exploiter, ni par la couleur de ses peaux, ni par celle de ses religions, toutes au service, ou presque, du même récit sous la bannière tricolore. Mais le moindre prétexte est bon pour l’atomiser à des fins partisanes.
Au peuple, le concerné, de réfléchir un peu…Oui, juste un peu..


On déménage, non ?
A en lire les articles de presse nous informant sur les faits reprochés, à en croire les arguments de la justice pour les condamner et à comprendre le droit des justiciables de contester l’infraction et clamer leur innocence, je ne peux pas m’empêcher de me raccrocher à cette vieille histoire soufie qui met en scène, une fois de plus, ce bon Nasrudin, pour nous faire entendre une espèce de sagesse des idiots avec laquelle elle enseigne le discernement. C’est vrai que tout est une question de point de vue, mais en démocratie, pour qu’elle soit, le point de vue est arbitré par des lois.
Nasrudin rentre chez lui un soir, et constate que des voleurs sont en train de vider sa maison.
– Mais que fais-tu, lui demande l’un des voleurs en le voyant, lui aussi, charger le bât de l’un de leurs chameaux ?
– A ce que je vois, on déménage, non ? répond Nasrudin !

L’histoire ne dit pas ce qu’il advient du vol. Le sourire qu’elle nous arrache et l’absurdité de la situation qui en découle en dit plus long que bien des pages de commentaires. Marine n’aurait donc que déménagé des attachés parlementaires et s’offusque que le tribunal ne l’entende pas de la même oreille ?
La démocratie ce sont des règles. Sans ou inappliquées cela s’appelle de l’anarchie.
La démocratie c’est le droit de faire appel du jugement. Toute autre action y jette le discrédit.

Inéligibilité, certes,
Vous avez sans doute observé le vol groupé des passereaux et leur habileté à virevolter de concert à des centaines d’individus, groupés en formation dense sans le moindre accroc malgré des changements de direction intempestifs et fréquents. Le discours politique, une fois de plus, depuis lundi s’est décomposé en groupes de passereaux, y volant chacun à l’équidistance de ses 7 voisins, tant les discours se sont alignés sur soit l’offuscation de bafouer la démocratie des plaignants, soit sur le satisfecit que la justice soit passée des opposants, soit encore sur un complaisant soutien pour la justice soulignant le recours auquel à droit chaque justiciable. Je soulève l’attitude « complaisante » des passereaux voisins des offusqués jusqu’au garde des sceaux, puisqu’il évoque implicitement qu’il n’est pas souhaitable que la candidate RN puisse être empêchée de se présenter. C’est au moment où vous faites le chèque que vous êtes à découvert, Monsieur le Ministre, pas quand le banquier vous appelle pour vous demander de le combler. En s’alignant sur cette ligne, ces passereaux-là, rajoutent des fissures à la conviction de l’indispensable reconnaissance et respect du récit que nous avons en commun pour faire Nation, donc y faire « égalité ». La justice en est garante. Mais si, Monsieur.

Si bien, qu’aujourd’hui en constatant la ligne de défense et l’incitation à la prise en otage du peuple entre l’indignation de se voir privée de course à la présidence et l’affront délibéré et trompeur de déni de démocratie présenté comme une manœuvre politicienne de la justice, je crois comprendre que Marine et son parti sont effectivement inéligibles, et ceci quel que soit le jugement prononcé voire confirmé ou infirmé en appel, car sa réaction est indigne d’une future présidente : simplement parce qu’elle se donne le droit de contester les fondements de la démocratie et nous la faire à l’envers pour ses intérêts au nom d’une appropriation du peuple !. Elle est condamnée à titre personnel pas son parti qui lui, juridiquement, n’est pas inéligible. Mais, comme il suit sa ligne irrésolue, elle entraîne dans l’inéligibilité Jordan ou tout autre champion se mettant en porte à faux inacceptable et inconcevable à qui se veut personnaliser et garantir la démocratie et ses institutions dans la fonction de Président de la République. N’est-ce pas là un signal sans équivoque d’une dérive peu engageante qui nous met potentiellement dans les pas d’un despotisme peu souhaitable, cautionné de surcroît par les soutiens des passereaux illibéraux comme Poutine, Trump et autres Musk et Orban. Autant de monde imprévisible qui nous la joue à l’envers, déjà, et ne donne pas envie d’y « déménager ».

Encore si l’on en tirait leçon ?
Non, Madame, ne voyez dans mes propos aucune animosité ni même l’ombre d’une satisfaction politique de vous voir potentiellement disqualifiée, car j’ai beaucoup d’admiration pour votre engagement, certes, moins pour votre programme, moins encore pour les clivages que vous y exploitez et pas du tout pour votre réaction inopportune. Je réagi à vos déboires parce qu’ils me semblent, une fois encore, comme ceux de vos prédécesseurs pris dans les filets de la politique « pas orthodoxe », que les problèmes récurrents ont toujours les mêmes causes et continueront encore si l’on n’apprend pas de ses erreurs. Vous n’en avez pas commis, dites-vous, donc aucune chance que sous vos prochains mandats, elles soient traitées, malgré vos indignations déjà offusquées sur les « affaires » dans vos interviews de vos débuts que la télévision s’est empressée de nous remontrer. Où se sont diluées vos convictions pour répondre aux questions de fond :
– comment est financée la politique ?
– Qui et à quelles conditions un parti est-il un parti ?
– L’objet de ces partis est-il de porter un champion à la présidence ou de faire émerger un consensus large susceptible de renforcer le récit commun de la Nation ?
– Est-il de cliver le peuple en bastions d’irréductibles irréconciliables comme aujourd’hui ou faire naître un consensus riche de sa diversité ?

Pour ma part, Madame, j’aimerai que vos déboires servent à y répondre, aux autres, voire à vous-mêmes pour après, pour prendre quelques minutes et y réfléchir, en souriant avec le discernement de Nasrudin : on déménage, non ? Mais si on ne revient pas aux fondamentaux de la démocratie sur l’égalité (et son respect) adieu liberté et fraternité.
C’est à l’intérieur du triptyque que le peuple décide, Jean-Luc, pas en dehors.

Alors, Peuple, réfléchis bien et exige des candidats de 2027 ce qu’il faut pour mériter la personnalité dont il est besoin pour le récit commun !
Le reste est « trumpeur ». Mais si.

Gerard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre Bien

Posté le 7 avril 2025
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