Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

Pénélope l’avait corrigé ainsi pour le 20h de TF1…

Mes chers compatriotes, et surtout mes très chers sympathisants,
Gilles Bouleau vient de nous le résumer, une gifle magistrale vient d’être donnée à la campagne électorale de la Droite pour la Présidence de la République et, aussi soudaine que brutale, elle vous laisse sur le coup dans une expectative incrédule, et néanmoins dévastatrice. On le saurait à moins. Et comme je suis directement impliqué et ciblé dans cette gifle, il est de mon devoir et de ma responsabilité de vous en apporter ma lecture.

En tout premier lieu, c’est à vous que je pense, vous qui m’avez si largement porté et plébiscité, tout récemment, vous qui m’avez crédité de cette capacité et de cette représentativité d’une action publique sincère et désintéressée. Je comprends votre étonnement, votre déception, votre presque désillusion, tant le message avait été clair. Devant cette frustration, encore sourde pour le moment, je n’ai qu’un mot très banal mais sincère et profond à dire: je vous prie de m’en excuser. Je suis profondément désolé pour ce gâchis.

Certes, sur le plan purement légal, c’est un système, tout un système, maintenant sournois et pervers à la lumière de votre regard, système de privilèges qui s’étale soudainement devant vous. Rien d’illégal au demeurant, puisque aussi bien le Sénat que l’Assemblée Nationale, attribuent des moyens financiers à chacun de ses membres pour exercer au mieux leur mandat. Il n’y a pas pas d’exigences de légitimité, d’efficience ou de pertinence à apporter. Jamais l’une de ces deux institutions m’a et nous a tenu de faire le besoin d’une quelconque preuve de contrepartie dès lors que le cadre juridique d’un contrat de travail était respecté. Tout un chacun comprendra qu’on l’installe, presque inévitablement, et peut-être avec les approximations qui peuvent s’y glisser, généralement de bonne fois mais pour mille bonnes raisons, comme tout un chacun dans sa vie quand il a l’opportunité d’un avantage. Il en est ainsi, humainement, depuis longtemps. Alors, quoi de plus simple et de plus efficient que de partager ses engagements avec sa compagne, de lui donner un rôle concret pour officialiser en quelque sorte, l’abnégation, la présence et le soutien permanent dans l’exercice de notre quasi sacerdoce. Façon de récompenser et/ou de compenser les absences, les priorités publiques avant les priorités privées, les réflexions et les échanges contradictoires et/ou avisés, surtout quand ils sont sensibles et pertinents. Alors oui, comme beaucoup de mes collègues de ces Assemblées, j’ai installé un mode de fonctionnement légal dans lequel je me suis endormi et sur lequel je me suis assis pour pouvoir « nous » consacrer entièrement à ma tâche.

Mais, dans ce confort, dans ce système, dans cette habitude de fonctionnement, bien naïvement et surtout bien inconsciemment, puisque au fond légitime quant à mon statut d’élu, je me suis bel et bien enfermé dans une incapacité de discernement, celui-la même que l’article et votre émoi me renvoient si concrètement à la figure. A la fois pour le concept même de privilège qu’il contient et dont je n’avais plus réellement conscience avec le temps. Et, surtout, pour le regard porté sur lui qui a progressivement changé avec votre information et votre discernement. C’est vrai qu’au regard du revenu universel de Mr Hamon ou du montant du SMIC, les sommes perçues par Pénélope, laissent un goût amer d’injustice, même si, objectivement, on pourrait convenir que nous ne sommes pas sur les mêmes champs d’enjeux. Mais à quoi bon et surtout comment peut-on, dès lors, être objectif puisque c’est d’émotion dont il est question.

Et plus encore que ce sentiment de privilège disproportionné que je souligne, c’est la focale même avec laquelle vous avez compris ma campagne du premier tour, qui concentre toute votre suspicion : celle-là même sur laquelle reposent mes convictions d’éthique, d’intégrité, de « moralité » que de surcroît vous avez perçues et plébiscitées. Et voilà qu’avec mon attitude déviée par le système au point de m’en aveugler, je me prends moi-même les pieds dans le tapis ! Comment ne pas vouloir comprendre votre désillusion, votre sentiment de supercherie !

Mais, non, mes chers sympathisants, je ne vous ai pas « bien eus » ! Je me suis lamentablement vautré dans le système : comme quoi, je me rends compte avec cette gifle, qu’il est bien difficile d’en sortir ! Je touche du doigt vos réactions sur la Sécurité Sociale, les 500 milles fonctionnaires et ce qu’il va falloir de discernement pour construire notre désendettement !

En vous présentant mon embarras et ma faille, aussi honnêtement et simplement que possible, je m’engage à réparer le préjudice morale que vous percevez, celui du montant des honoraires touchés par Pénélope, en respectant cependant la valeur du travail qu’elle a accompli auprès de moi. Je vais donc rembourser toutes les sommes perçues au-delà de 2000 € mensuels. Et pour que l’argent ne se perde pas dans les méandres de l’Etat, cet argent sera directement versé auprès des associations telles que celle de l’abbé Pierre pour le logement puisqu’elle vient de se rappeler à notre bon souvenir. J’invite mes pairs des Assemblées qui sont dans la même situation que moi à en faire de même, et d’en faire publicité pour montrer aux Français que nous avons pris la leçon des privilèges. Nous sommes, nous aussi, des apprenants et pas que des sachants donneurs de leçons. Il en est d’ailleurs d’autres sur lesquels travailler pour le désendettement !

A ceux pour qui j’ai irrémédiablement franchi le rubicond, je voudrais leur demander de réfléchir quelques instants de plus avant de se retourner prochainement vers les extrêmes fanatiques pour exprimer leur mécontentement : les événements auxquels la France a été confrontée au nom de ces mêmes extrémités devraient permettre de les garder vigilants. Avec ma réaction, ils peuvent encore espérer pouvoir canaliser l’action publique des Politiques qu’ils mandatent avec leur vote par conscience de la puissance de leur Opinion.

A ceux pour qui mes propos gardent un arrière goût de privilège à démanteler et à qui il faudra un peu de temps, je voudrais leur proposer de rester concentrés et sympathisants sur mon projet qui est le leur, pour qu’au-delà de mon devenir, mais dans et avec le courant, les idées et l’espérance qu’il contient, il puisse nous conduire à cette France juste tant espérée, sous contrôle de leur Opinion.

A ceux pour qui ma maladresse et mon involontaire mépris de l’intégrité, trouvent quelques résonances pardonnables avec les ferveurs et les convictions qui les animent, je voudrais leur dire que je serais très honoré et particulièrement redevable d’une transparence totale et publique de la suite de mon action s’ils me préservent leur mandat de représentativité que je leur propose de maintenir.
C’est vrai que j’ai trébuché par manque de discernement, mais ma fragilité livrée n’est pas signe d’incapacité mais simplement celui d‘humanité. C’est vrai que j’ai fonctionné dans un mode caduque que je n’ai pas su arrêter faute d’aveuglement, mais la maladresse expliquée n’est pas une sentence définitive d’inadéquation mais celle de la capacité de flexibilité. Dans le monde si brutal et si incertain qui vient, c’est presque justement ce dont il est besoin. C’est pourquoi, quelque part et malgré l’amertume et la gêne que je ressens, je remercie la Vie de m’en avoir donné leçon, maintenant, dans une ambition intacte mais ajustée pour demain.

S’il vous en plait ainsi. »

Le discours n’a pas été retenu, vous le savez. D’autant que je viens de le rédiger, moi-même, pour être « honnête ». Mais qu’en serait-il aujourd’hui si tel avait été le message ?
Leçon de communication à tirer, mais surtout leçon de management à comprendre : droit dans les bottes des faits, certes, mais les bottes dans la gadoue des ressentis spectaculaires avant la gravité perçue. Un exemple : entre le nombre de morts provoqués par les attentats et le nombre de morts du copilote qui a dirigé son avion sur la montagne, il n’y a pas photo : c’est le pilote qui a fait le plus gros « carnage ». Mais dans notre émotion, lequel de ces événements reste en mémoire : l’attentat. Parce qu’il rajoute une dimension sensible à une zone qui l’est déjà pour autre chose : une croyance.
Dirigeants, en quoi vos collaborateurs croient-ils ?

Quelle aurait été notre réaction après ce discours-là ?
Vos réactions et commentaires vont enrichir mon vocabulaire sur la question et l’échange éventuel, les vôtres aussi. Merci d’avance. C’est celui de Mr Fillon qui me toucherait le plus : pour ma croyance à moi.

– qu’est-ce que l’avidité, Maître ?
– une passion irrépressible pour la possession, Disciple.
– mais amasser n’empêche-t-il pas de jouir de chacune d’elle, Maître?
– D’autant que tu n’emportes rien avec toi dans la mort, Disciple!

Posté le 30 juillet 2017
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