Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

Refondation : Anarchitecture Politicienne !

En prenant individuellement en considération chaque thématique de la refondation, la nouvelle méthode présidentielle, on ne peut que se féliciter de leur ambition affichée. Cependant, pourquoi la distinction nationale et locale soufflant nécessairement à la vindicte populaire, une question sur l’intention qui s’y niche ? Ou comment consolider les contributions entre elles, si elles ne sont pas émises avec des critères d’analyse communs ou consensuels ou, au moins, convergents, sans perte au feu ? On dirait demander de rédiger une liste de courses sans fixer le menu.

https://conseil-refondation.fr/fonctionnement/#anchor_thematiques,

Prenez par exemple, le futur du travail, est-il posé comme « punition » ou comme « moyen de subsistance » ou mieux (?), comme « l’un des facteurs de sens de la vie » ? Alors que d’aucuns cherchent la quadrature du cercle politique dans les extrêmes, Monsieur le Président semble vouloir le faire dans la refondation, à l’image d’un architecte indécis cherchant à tailler son crayon pour trouver l’inspiration. Comment concevoir une rédaction de réaction ou de contribution quand une thématique vient influencer directement la façon de poser une autre et inversement ? J’imagine Madame Rousseau y répondre : on en fait quoi, un irrésistible projet de paresse décroissant ?

Les trous dans la Méthode
De même, comment pouvoir dissocier santé, jeunesse et bien vieillir puisque les trois thématiques, présentées comme telles, n’en font qu’une en réalité. En effet, elles sont consécutives et porteuses de la réponse à l’inquiétude de l’incertitude, de sa place à tout âge dans la société, voire de la dépendance pour la qualité de Vie tout au long de sa vie. Que dire de notre école et du futur du travail, de notre école et de l’éducation, dès lors que l’on ne les pose pas selon des lignes de conduites collectives ? Les formulations seront conscientes ou viscérales, réfléchies ou subjectives, certes, peut-être peu importe puisqu’elles apporteront de la richesse et de la diversité, mais elles produiront nécessairement des frustrations : d’options, bien sûr, d’incompréhension structurelle d’évidence, et de priorités « politiques », en prenant ou pas appui sur le climat, par exemple, auquel tout devrait être assujetti. D’emblée, la méthode s’en révèle aussi insondable qu’une auberge espagnole, aubergiste !

En relevant la nature des liens et des interdépendances préétablies entre les thématiques structurelles selon l’auberge d’appui, je pose donc la question de l’exploitation des réponses. D’abord parce que leur disparité du point de vue de leur émission va nécessiter des arbitrages, sectaires souvent vu le contexte (Rousseau), ensuite parce que leur « consolidation » va exiger des choix dont les critères n’auront pas été « qualifiés » dans la consultation (s’épanouir). La frustration est donc ainsi, inévitable. D’un point de vue méthodologique, sans consensus sur ce qui constitue l’attendu (auberge), ni critères de jugement de validation de la solution proposée, il n’y a pas de résolution consensuelle satisfaisante possible. Il n’y a qu’à observer les groupes de résolution de problème dans l’industrie pour le démontrer. C’est ce qui me rend, ici, si amer, moi qui suis généralement plus posé. Mais le doute est trop fort pour ne pas envisager une certaine anarchie délibérée.

Ces interrogations mettent en évidence les trois plans qui constituent le concept de « refondation » si l’on veut donner du sens à la démarche et y voir une opportunité :
– Les fondations d’un bâtiment ne sont pas le bâtiment lui-même, mais les appuis sur lesquels il repose par les contours de son tracé et les recoupements internes que sa conception dicte. Couler des fondations sans en avoir esquissé les contours, c’est gaspiller du béton inutilement ou ne pas en prévoir à d’autres endroits névralgiques !
– De même si la configuration du bâtiment n’est pas définie, la structure ne peut pas s’organiser pour absorber les descentes de charge qu’elle va induire et donc dimensionner les « fondations » en conséquence. On aura refondé de façon inappropriée ou aléatoire, voire critique.
– Enfin, si la destination du bâtiment n’est pas figée et que le terrain sur lequel il sera construit n’est pas choisi, il est fort à parier que, là-aussi, les dimensionnements et les tracés des fondations ne soient pas adaptés.

Sauf si l’anarchie est l’objectif
C’est ainsi que m’apparaissent les approximations de la méthode proposée. Il est aisé d’en déduire les risques d’Opinion qui en découlent pour ne pas évoquer une forme d’improbabilité. Et compte tenu de l’expertise des initiateurs, elle ne peut se comprendre qu’intentionnelle.
Mais si le projet de refondation est de se repenser un mode de vie, qui plus est politique, il est incontournable de le concevoir à partir de la structure dont il est et sera fait :
– Il est : parce que repenser sans résoudre l’insatisfaisant « consensuel » ne sera pas refondation, mais un rafistolage,
– Il sera : parce que repenser sans oser l’utopie consensuelle, ne sera pas refondation mais une agitation.

Normalement, dans un immeuble de bureaux, il n’y a pas besoin de salle de bain. De quoi sont donc constitués les besoins de fonctionnement du bâtiment envisagé : selon sa destination les fonctionnalités sont structurelles. Et on y retrouve mes questions sur les constituants et leurs interdépendances qui vont nécessairement impacter le besoin de reconsidérer les thématiques posées. Mettre la salle de bain à côté du séjour et l’ouvrir sur la cuisine est une idée de refondation mais pour qu’elle logique fonctionnelle ? Sans cette « logique » consensuelle, peu de chance de ne pas décevoir ou de penser pour rien, citoyens !

Le droit de faire appel
Je crois devoir conclure mon propos en reposant la question de la clé de voûte sur laquelle repose notre futur. Je le maintiens en démocratie, faute de mieux et en comparaison avec les autres « systèmes » essayés : qu’advient-il de l’insatisfaisant dans le processus de décision ? Si le processus de décision majoritaire des suffrages exprimés n’est pas reconsidéré, comment obtenir un consensus fédérateur refondu ? Il aboutit aujourd’hui à ce que dans 75 % des citoyens qui devraient choisir, près de 50% s’abstiennent et le solde est opposant au mandat élu avec les 25% restant. En faisant tout avant de voter est ma suggestion : considérer la démocratie comme le processus d’élaboration de deux ou trois projets de prospérité capables de « remporter » un consensus (75+1% ?), mis au vote à ce stade de maturité et seulement là. Comme la méthode de refondation pourrait en être un, sur la base d’un Bâtiment destiné (un des projets de prospérité) et localisé (environnement ou pas). Après le vote, les opposants (24%) s’y rallient pour le faire réussir. Ils ne se résignent pas et gardent leurs convictions pour défendre le prochain projet, mais en attendant, ils contribuent à l’élu. Sans cette refondation démocratique, en quoi toutes les autres tergiversations pourront-elles aboutir à mieux que ce qui a été produit depuis de nombreux septennats et être une réponse « attendue » enfin satisfaisante ?

Le processus de décision (le peuple « entier » décide) n’est même pas une thématique, alors qu’il est à l’origine de l’insatisfaisant et du discrédit de toutes les autres : qui a et est reconnu comme autorité pour décider quoi ? Sans refondation du processus de décision il n’est aucune espérance d’un autre résultat que l’anarchitecture politicienne actuelle!

Gérard Leidinger
Auteur de Clitoyens, prenons en main notre Vivre Bien

Posté le 26 octobre 2022
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