Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

S’en Faire pour l’Enfer, et ?…

Le regard qui court furtivement du bout de la main tendue à hauteur des genoux sur le pavé jusqu’au regard immensément chargé de prières au dieu passant, s’éclabousse d’une indicible lecture d’un morceau de vie jeté en pâtures sur les bords du cratère de l’enfer. Démunis, on pense au lieu de faire, gênés, on tranche au lieu de se taire, inquiets, on tangue au lieu de satisfaire. Mais la faim ou savoir pêcher, Monsieur Lao Tseu ?
Pas de quoi intellectualiser le drame pour se donner bonne conscience mais essayer de le comprendre pour touver si possible, un levier pour réapprendre à pêcher. Au risque d’écorcher la liberté individuelle ? Oui ! Parce que là-bas, on est prisonnier de l’indignité de soi, bouclée de l’intérieur

Pas d’escalier pour descendre, un toboggan !
Il suffit d’un zeste de fierté de soi en moins à cause d’une contrariété tout intérieure à l’image de son propre regard croisé dans un miroir, pour enclencher une infernale spirale d’amertume où le gris l’emporte à nous rendre maussade comme par un temps pluvieux. Et s’il n’est une circonstance plus positive qui ne surgit à ce moment-là pour la suspendre, rien ou presque ne va plus si ce n’est d’entreprendre une sordide déclinaison de l’inventaire implacable de la déception de soi. Tout y passe et rien n’y résiste pour étayer le mélodrame, jusqu’à fermer le couvercle de la boite à nœuds dans les neurones pour un enterrement de première classe de sa dignité.
La pyramide de Maslow vient de perdre son dernier étage en larguant le réservoir à carburant d’orgueil qui pousse à être meilleur que soi, en basculant sur celui de cet orgueil présomptueux gonflant les pectoraux puant le vide dedans, mais surtout, le faisant autour de soi, en se mentant à soi-même. Et y croire !

La comparaison d’avec les autres résiste le temps de croiser cette fois, le regard distant, un rien désapprobateur, d’un ami ou d’un collègue estimé, qui interpelle un instant en se disant que ça va aller quand même. Demain. Quand ça ira mieux. Mais demain est là, déjà passé de son surlendemain qui émiette le quignon de cette faim de reconnaissance avec laquelle on cherche à se dire pas encore résigné, qu’il ne faut pas se désenchanter. Trop facile à dire pour pouvoir s’y accrocher, à cause de ce foutu « il », si désobligeant au demeurant de ne pas oser vous dire qu’« il » suffit de le remplacer par « je » pour pouvoir espérer quelque résultat. Le vide autour de soi est si large maintenant que l’on se sent si petit pour ne plus souffrir la comparaison et glisser dans une grande flaque de désaveu. On vient de larguer le deuxième étage de la fusée, ne souffrant plus ni le regard ni le rapprochement dans lesquels on s’éteint lentement comme le crépuscule d’un dieu battu. Et se cacher !

Se faire houspillé pour son retard en s’entendant nous dire que les palettes nous attendent ! Et se surprendre à répliquer « Ah ! Au moins quelqu’un qui m’attend » ! Entre temps, le vide a débordé jusqu’aux pieds de la télévision qui, elle, s’étonne de vous entendre répondre bonsoir à celui du présentateur du 20h. Chercher désespérément une main à serrer pour pouvoir se dire : « merde, je suis vivant » parce que l’on se sent touché ! Mais à une âme sans flamme, quel feu peut s’embraser, et à un feu sans embrase, quelle âme peut s’enflammer ? La douloureuse leçon de ne pas pouvoir aimer parce que, raté, on ne se donne pas le droit de le faire, nous berce de cette détestable résonnance où la froideur l’emporte sur le coupant, où pire encore, où le tranchant sait désosser les sentiments. Il ne reste rien qui tienne pour faire semblant encore d’y croire, désemparé. On largue le troisième étage dans lequel on vivait avec les autres un bout du chemin, pour y aller. Mais on s’est menti !

Les palettes qui attendaient ont eu raison de la paie à la fin du mois, et l’huissier de la télévision, du 20h et du canapé. On regarde maintenant le 20h à l’horloge du clocher et la marche encartonnée de l’escalier de l’entrée un peu à l’écart, ressemble avec un peu d’imagination au canapé deux places en simili fauve qui recevait mes jambes un peu trop longues pour y entrer. Là, je m’étale ! C’est vrai que le regard un peu désapprobateur aussi, mais moins cynique que le précédent, réamorce une espèce de gêne pudique, que la redondance des passants transforme rapidement en routine pour la convertir en habitude banale et presque méprisante. Quoi ! Si ce n’était le froid mordant certaines nuits d’hiver, le sentiment de liberté sans attache aucune et sans le moindre asservissement pourrait rendre la situation presque enviable surtout l’été tant l’insécurité n’est fabriquée que par la boite à nœuds dans les neurones. Le quatrième étage ainsi largué, sans la moindre peur de mourir puisque tout le monde y va, puisque tôt vaudrait presque mieux que tard, on ne compte rien, ni les heures, ni les ans, ni les pas ni les sous, ni les coups ni les pots. Et on lâche prise !

Reste la faim, puisque pour la soif on limite les frustrations. Alors, puisque sans plus aucune fierté de soi, assis à même le sol quand les autres sont debout pour ne rien avoir à se comparer, on tend la main pour un peu de pain. Et on pense !

Pas d’ascenseur pour remonter, un escalier !

Dieu merci pour la plupart la descente ne va pas jusqu’en enfer, même si souvent ça tient à peu de chose ou presque : une sympathie, une boisson chaude, un sursaut dans un regard, une poignée de main, une main sur une épaule, une épaule pour entendre, une écoute comme une amarre.
Bien sûr le ventre doit être plein car, le ventre creux, le discours tourne très vite au vinaigre de charabia. On ose alors à nouveau se projeter dans demain mais sans le surlendemain trop loin, trop vide, trop creux pour nourrir cette foutue fierté de soi, hors d’atteinte à la pudeur d’y croire ou hors de portée de s’accepter sans la boite à nœuds dans les neurones pour envier le monde et jalouser l’autre. Mais il faut comprendre qu’il s’agit là de pièges aussi inutiles que stériles du sentiment d’injustice désespérant qui entretient souvent le manque de moyens de se reprendre en main, ou l’illusion.

Et pourtant, pour reconstruire la fusée à étages de la pyramide de la conquête des besoins non satisfaits, c’est bien d’elle dont il est besoin au point de prétendre si les mots ne faisaient pas mal, qu’il vaudrait mieux mettre une once de fierté dans la main tendue plutôt que quelques sous : sans elle, comment regagner ce courage dont il est besoin pour monter les marches de l’escalier, une à une, avec détermination, sans précipitation pour ne pas trébucher et risquer de redescendre vers l’enfer ? Ça fait mal de le dire, ça fait plus mal encore de se l‘entendre dire, mais il n’y a pas d’ascenseur pour atteindre les étages du haut : ils se gagnent. Le monde n’est pas dû !

Vous direz à tous ceux qui n’ont pas su, ceux qui n’ont pas voulu, ceux qui n’ont pas pu, ceux qui n’ont pas cru, que la compassion et la solidarité sont faites pour pallier un moment et empêcher, autant que faire se peut, la descente en enfer, sans modération aucune et sans calcul, juste par fraternité.
Mais vous direz aussi à ceux qui se servent de ces difficultés pour prendre la parole, qui s’esclaffent à se tordre le gosier en criant à l’injustice pour réclamer le pouvoir, qui s’indignent en se voilant la face d’un discours impudique opposant les uns à juger les autres, qu’il est temps d‘arrêter de s’apitoyer sur leur sort, mais, en même temps que de leur prêter assistance, de leur donner envie de la fierté d’être soi qui les a rongés jusqu’ici au risque d’être condamnés à l’assistanat à perpétuité ! J’ai du mal à croire qu’il s’agisse d’un projet enviable. En tout état de cause, il n’est pas dû, même pour les insoumis !

Dans la fusée à étage, seuls les deux derniers de la descente sont tributaires de l’argent que l’on gagne, tous les autres sont gratuits ! Arrêtez de faire croire que l’argent règle tout et que sans en gagner autant que les mieux lotis, il n’est aucune issue. Ce qui n’exclut pas qu’il faille que le système revoie sa copie.
Mais, il faut avoir le courage de dire que c’est de monter les marches de la motivation pour être fier et toujours meilleur que soi qui rendent les Hommes heureux, ni le pouvoir, ni l’avidité avec lesquels ils brassent leur discours. C’est de l’énergie, celle de l’effort mêlé de volonté dont il est question, la même qu’il nous a fallu pour apprendre à marcher. C’est donc possible.
Il n’y a pas d’ascenseur pour les étages du haut, le faire croire vaut l’échafaud !

Le disciple

– Pourquoi le malheur nous affecte-t-il tant, Maître ?
– Parce qu’il nous impose une souffrance dont nous sommes souvent le remède, Disciple !
– Mais alors comment trouver et prendre le remède de soi, Maître ?
– Arrêtes de marcher à coté de tes chaussures sur un chemin sans destination, Disciple, vit !

Gérard Leidinger

Posté le 28 juin 2020
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