Billets d'Humeur

Les brèves (pas tant que ça !) de la mouette rieuse

Tournes-toi comme tu voudras, ton dos sera toujours derrière…

Il est comme cela des constats de faits qui ne souffrent d’aucune objection, sauf à vouloir user de la dictature de la pensée pour les assujettir. « Tournes-toi comme tu voudras, ton dos sera toujours derrière » ne déroge pas à la règle et donne une réelle leçon de comportement à ceux qui, comme moi, travaillent à entreprendre le changement pour apprendre à s’adapter au monde qui change. Il en a toujours été comme cela, sauf qu’aujourd’hui, il y a, en plus, cette irrépressible aspiration à la liberté, légitime en soi, mais perverse en groupe, qui fausse la donne semble-t-il.

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager l’anecdote citée par Pierre Rabhi dans son livre « la convergence des consciences » : Gorbatchev imaginait deux planètes se rencontrant dans l’espace. L’une d’elles s’adresse à l’autre en lui disant : « Oh ! ma pauvre, comme tu es dépenaillée ! » Et l’autre de lui réponde : « Ne m’en parles pas, j’ai attrapé l’humanité ! »…

Le paradoxe de la Civilisation.
On ne peut plus parler de méconnaissance pour fustiger les comportements planétaires irresponsables de faire perdurer l’économie sur les fondements d’une consommation illimitée sur ceux de ressources qui ne le sont pas. Pas d’avantage d’entretenir les frustrations de dépendances religieuses pour de sordides névroses lucratives en asservissements déraisonnables et assistés. Pas d’avantage non plus, de s’enorgueillir d’un havre de paix d’où l’on exporte des trésors d’ingéniosité pour servir les avidités de pouvoir et de puissance sur ponctions honteuses colonialistes ou en jeux de guerres expatriés ailleurs pour écouler des machines à tuer de plus en plus perfectionnées. Comme si l’Humanité n’avait rien appris au cours de son odyssée :
– jonchée de cadavres et de pouvoirs défaits, d’artificiels arguments de légitimité au noms de dieux aussi inquisiteurs qu’invisibles qui n’ont eu de cesse d’asservir la Vie qu’à leurs mégalomanies tant et si mal imitées par leurs représentants terrestres autoproclamés : combien de temps devra durer encore la boucherie pour qu’elle serve de leçon ou faut-il aspirer à l’explosion fatale de l’arsenal nucléaire pour ramasser les morceaux encore comestibles pour repartir à zero ou presque?
– bourlinguée de transhumances permanentes fuyant les hordes envahissantes et prédatrices ou luttant avec la dernière barbarie pour préserver les coutumes et les rites jusqu’à les mélanger dans un magma pétris d’incohérentes croyances pour conjurer le sort de sa peur initiale : qu’y a-t-il après la mort ?
– et pourtant épris de cet insatiable appétit de comprendre son existence et la rendre meilleure, à n’importe quel prix souvent, mais toujours à n’importe quel endroit au nom de l’expansion d’une civilisation, pourvu qu’il y ait progrès ou en son nom: de la pensée jusquau concept, de l’outil jusqu’à la prothèse, de l’individu au groupe, de la caverne au petit village fleuri dans l’Univers, en toute légitimité puisque c’est écrit dans la Genèse… comme un décret : « multipliez-vous et dominez…! ». Qui donc est l’infâme ahuri qui a écrit cela ? Et comment, malgré les progrès de nos intelligences et les preuves indélébiles de son absurdité, nous puissions encore nous y référer quelque part ?

Il est une chose qui n’a pas suivi dans ce parcours : la convergence des opinions pour l’optimum collectif. On en est resté effectivement à l’optimum de chacun, comme pour l’instinct intial de la survie, parce qu’on s’accompagne soi toute sa vie, alors il faut bien y « faire gaffe » ! Là où il se comprend. Depuis, on pouvait croire que l’on avait appris que le groupe était plus fort pour la survie, comme le dit si bien le proverbe africain « si tu veux aller vite, vas-y seul. Si tu veux aller loin, vas-y ensemble » : Mais depuis la caverne pour la tribu jusqu’au territoire pour le pays, voire jusqu’au monde pour les GAFA, il est subrepticement un autre appétit qui s’y est installé : le pouvoir de quelques uns et donc leur profit. Ainsi, de l’optimum du collectif pour la survie, on s’en est retourné à l’optimum de chacun, pour un faire un système dont on perçoit les limites et les incohérences, dont on sort à reculons de peur de l’inconnu, certes, mais surtout en l’absence d’un modèle de remplacement puisque l’on est en train de le fabriquer. Mais tant que la dérive de la productivité pour la consommation sera le paradigme explicateur de notre univers pour générer du profit au lieu de générer la disponibilité initiale, telle que nous nous l’étions fabriqué jusqu’en 1974, il n’est aucune chance que les choses puissent changer s’il sert de base de raisonnement pour la conception du suivant. Tournez-vous comme vous voulez, votre dos sera toujours derrière ! Pour ceux qui n’y étaient pas, c’est en 1974 que la courbe entre l’offre et la demande s’est inversée… Et très nombreux sont ceux et parmi les influants qui on cru bon de ne rien devoir changer en injectant tous le artifices pour faire durer le système.

Le paradoxe du système de pensée
En réalité, comment oser prétendre encore que nous sommes « civilisés » ? Baptiser l’immonde dépotoir de déchets plastiques qui erre à la surface des océans de 7ème continent : est-ce de la stupidité ou une vaste mascarade pour le rendre plus acceptable alors que toutes les minutes 18 tonnes s’y déversent et empoisonnent les poissons que nous mangeons ? S’ennorguellir de défricher la forêt à hauteur de 13 millions d’hectare par an alors qu’elles sont le poumon de la planète est-ce de la stupidité ou une vaste mascarade pour la rendre plus acceptable pour le besoin de bois qu’elle assouvi ? Laisser, pour la vanité d’un seul dirigeant , mettre sur les routes de l’exil des milliers de personnes de son peuple ou jouer avec les nerfs des égos aveuglés en courant à la conquête de l’arme nucléaire est-ce de la stupidité ou une vaste mascarade pour rendre cette gouvernance plus acceptable alors qu’elle détruit justement ce que la civilisation a de plus précieux en elle : la survie. Et comment ne pas citer l’asservissement des humains par les humains, même celui que l’on ne veut pas voir quand on accepte de faire fabriquer à moindre coût de salaire qu’ici, un indien ou un chinois et qu’on achète ce qu’il produit ? Quand on subordonne la femme, quand on fait de la force un argument d’éducation ou que l’on honore la violence de la compétition au nom du profit. Le pire c’est que ce n’est rien de le dire, rien de le penser, rien de le juger ou de le décrier, si ce n’est d’y être impliqué. En réalité, je n’ai aucun droit ni aucune légitimité pour m’en offusquer puisque tous les jours j’en suis, j’y fonctionne, j’y contribue. Emporté. Alors, que l’on ne prenne mes propos que comme la marque d’une navrante immaturité devant le paradoxe et d’une désolante incrédulité devant l’ampleur de la dérive. Le pire du pire, c’est que je ne suis pas seul, je crois, loin s’en faut, sans doute. Liés.

S’en sortir !
Si le productivisme qui a fini son travail puisque nous produisons aujourd’hui tant de superflu, ne sait pas, ne peut pas, ne veut pas, s’arrêter, il n’y aucune chance que le système ne produise autre chose que le système. Le monde qui vient ne peut donc que s’affranchir des causes de nos déboires actuels s’il veut répondre à nos attentes et se réenchanter. La croissance est un concept qui a fait son office, certes, mais qui nous montre ses limites et ses dérives. Prenons conscience, justement, qu’il n’existe pas dans la nature et que tout au long de son existence, depuis le premier mouvement de la Vie sur terre, elle s’est auto régulée au point de ne produire aucun déchet tout en se renouvelant. S’il faut donc repenser le monde, c’est à partir des clés de la Nature dont on s’est affranchis, nous l’Humanité, qu’il faudra le faire. Et pour cela, la conscience de notre inconscience devrait être le déclic si tant est que les appétits savent être remplacés par l’équité et/ou la modération comme remplacer le « toujours plus » par le « juste ce qu’il faut », le « toujours mieux » par le « toujours plus de vie vraie avant la mort » !

Observez l’Odyssée : il est à la fois plaisant et réconfortant de constater que ce sont toujours des utopies qui ont fait bouger le monde. Réconfortant d’avoir une nouvelle utopie devant tant de mépris de l’indispensable et d’absurdité dans l’irrespect.

– Comment avoir conscience des choses, Maître ?
– Ce pourrait- être de la connaissance sans croyance, Disciple !
– Auriez-vous un doute sur la science, maître ?
– Non, sur les choses autour du con, Disciple !

Gérard Leidinger

Posté le 20 septembre 2017
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